On nâarrĂȘte pas le progrĂšs.
Mis cependant entre parenthĂšses aprĂšs la fin du Concorde, les programmes supersoniques et hypersoniques ont repris et ils aboutiront dâici une petite dizaine dâannĂ©es.
Alors que la communautĂ© du transport aĂ©rien surveillait les projets autour de lâavion supersonique, voilĂ quâune entreprise europĂ©enne, Destinus, travaille sur un avion hypersonique Ă hydrogĂšne et qui pourrait voler dâici 10 ans et relier Paris Ă New York, le temps pour les passagers de prendre un verre Ă bord.
Ă lâorigine de ce projet, Destinus, une sociĂ©tĂ© fondĂ©e il y a quelques annĂ©es en suisse par Mikhail Kokorich dâorigine russe et qui vient de dĂ©finitivement tourner le dos Ă son pays en renonçant a sa nationalitĂ© : « une dĂ©cision consciente motivĂ©e par mon dĂ©saccord fondamental avec lâinvasion russe de lâUkraine et la politique de lâactuel gouvernement Poutine »
Mis cependant entre parenthĂšses aprĂšs la fin du Concorde, les programmes supersoniques et hypersoniques ont repris et ils aboutiront dâici une petite dizaine dâannĂ©es.
Alors que la communautĂ© du transport aĂ©rien surveillait les projets autour de lâavion supersonique, voilĂ quâune entreprise europĂ©enne, Destinus, travaille sur un avion hypersonique Ă hydrogĂšne et qui pourrait voler dâici 10 ans et relier Paris Ă New York, le temps pour les passagers de prendre un verre Ă bord.
Ă lâorigine de ce projet, Destinus, une sociĂ©tĂ© fondĂ©e il y a quelques annĂ©es en suisse par Mikhail Kokorich dâorigine russe et qui vient de dĂ©finitivement tourner le dos Ă son pays en renonçant a sa nationalitĂ© : « une dĂ©cision consciente motivĂ©e par mon dĂ©saccord fondamental avec lâinvasion russe de lâUkraine et la politique de lâactuel gouvernement Poutine »
Destinus : 75 millions dâeuros levĂ©s depuis sa crĂ©ation
Elle maitrise dĂ©jĂ la conception de drones et le magazine Challenges rĂ©vĂ©lait il y a quelques semaines quâelle livrait dans le plus grand secret des centaines de drones Ă lâUkraine depuis 2023.
Avec 75 millions dâeuros levĂ©s depuis sa crĂ©ation, 17 millions dâeuros de chiffre dâaffaires en 2023 et l'arrivĂ©e Ă son conseil dâadministration du gĂ©nĂ©ral Michel Friedling, ancien commandant de lâespace de lâarmĂ©e française, la start-up semble pouvoir donner des gages de sĂ©rieux.
Aussi, le projet civil lancĂ© rĂ©cemment pour faire voler dâici 10 ans un avion se dĂ©plaçant Ă presque trois fois la vitesse du Concorde pour relier la cĂŽte Est des Ătats-Unis en moins de temps quâil ne faut pour traverser Paris en voiture en pleine journĂ©e, suscite bien sĂ»r du scepticisme, mais aussi de la curiositĂ©.
Rendez-vous avait été pris il y a quelques jours à Paris avec Jean-Philippe Giraud, le directeur de la filiale française de Destinus qui porte le projet.
Un premier avion avec une version entre 25 et 30 passagers
TourMaG.com - Avant dâĂ©voquer le projet Destinus, pouvez-vous nous parler de votre parcours ?
Jean-Philippe Girault : Je suis ingĂ©nieur de formation et jâai fait lâessentiel de ma carriĂšre technique Ă la fois en Europe et aux Ătats-Unis sur la propulsion fusĂ©e. Un rocket scientist comme on dit.
Ensuite jâai quittĂ© le domaine technique pour faire de la fusion acquisition pour le compte de Safran. Je suis rentrĂ© dans lâaventure Destinus il y a trois ans quand Mikhail Kokorich mâa contactĂ© pour me rencontrer.
Il mâa convaincu de son projet avec cette vision dâun transport dĂ©carbonĂ© propulsĂ© par lâhydrogĂšne.
TourMaG.com - Mikhail Kokorich est dâorigine russe, un pays rĂ©putĂ© pour ses ingĂ©nieurs aĂ©ronautiques
Jean-Philippe Girault : Oui et vous remarquerez que par exemple Universal Hydrogen, un autre constructeur dâavions dĂ©carbonĂ©s, est prĂ©sidĂ© par Paul Eremenko dâorigine russe.
Si je prends Zeroavia, qui fabrique aussi ce genre dâavion, le prĂ©sident est Val Miftakhov qui fait Ă©galement partie de la crĂšme de la crĂšme des personnalitĂ©s scientifiques russes.
Ils sont en train de changer le monde, car ils ont la volontĂ© dâentreprendre sur quelque chose de diffĂ©rent avec un bagage scientifique exceptionnel qui va leur permettre dâapporter de vraies solutions. Je trouve cela gĂ©nial.
TourMaG.com - Nous Ă©tions jusquâĂ maintenant curieux des projets dâavions qui en quelque sorte voulaient rĂ©inventer le Concorde, un avion supersonique comme le projet Boom par exemple mais ce que vous proposez câest carrĂ©ment un avion qui vole Ă Mach 5, une vitesse hypersonique et donc pour donner un exemple : Paris â New York en 90 minutes...
Jean-Philippe Girault : Absolument. Vous rentrez dans lâavion, vous regardez un film et Ă la fin vous ĂȘtes arrivĂ©. Et quand je parle de cela aux gens, ils me disent tout de suite : « je veux un billet ». Il y a donc un vrai marchĂ© pour cela.
TourMaG.com - Alors bien sur notre question câest quand ? Quand embarque-t on et avec combien de passagers ?
Jean-Philippe Girault : La vision future, câest un avion de 350, 400 places, mais lĂ on parle de 2040.
LâĂ©tape intermĂ©diaire câest un avion commercial pour 25 Ă 30 personnes avec un objectif : un transport transatlantique hyper rapide dâici 10 ans. Paris - New York en 90 minutes, Paris - Cancun en 02h00.
Jean-Philippe Girault : Je suis ingĂ©nieur de formation et jâai fait lâessentiel de ma carriĂšre technique Ă la fois en Europe et aux Ătats-Unis sur la propulsion fusĂ©e. Un rocket scientist comme on dit.
Ensuite jâai quittĂ© le domaine technique pour faire de la fusion acquisition pour le compte de Safran. Je suis rentrĂ© dans lâaventure Destinus il y a trois ans quand Mikhail Kokorich mâa contactĂ© pour me rencontrer.
Il mâa convaincu de son projet avec cette vision dâun transport dĂ©carbonĂ© propulsĂ© par lâhydrogĂšne.
TourMaG.com - Mikhail Kokorich est dâorigine russe, un pays rĂ©putĂ© pour ses ingĂ©nieurs aĂ©ronautiques
Jean-Philippe Girault : Oui et vous remarquerez que par exemple Universal Hydrogen, un autre constructeur dâavions dĂ©carbonĂ©s, est prĂ©sidĂ© par Paul Eremenko dâorigine russe.
Si je prends Zeroavia, qui fabrique aussi ce genre dâavion, le prĂ©sident est Val Miftakhov qui fait Ă©galement partie de la crĂšme de la crĂšme des personnalitĂ©s scientifiques russes.
Ils sont en train de changer le monde, car ils ont la volontĂ© dâentreprendre sur quelque chose de diffĂ©rent avec un bagage scientifique exceptionnel qui va leur permettre dâapporter de vraies solutions. Je trouve cela gĂ©nial.
TourMaG.com - Nous Ă©tions jusquâĂ maintenant curieux des projets dâavions qui en quelque sorte voulaient rĂ©inventer le Concorde, un avion supersonique comme le projet Boom par exemple mais ce que vous proposez câest carrĂ©ment un avion qui vole Ă Mach 5, une vitesse hypersonique et donc pour donner un exemple : Paris â New York en 90 minutes...
Jean-Philippe Girault : Absolument. Vous rentrez dans lâavion, vous regardez un film et Ă la fin vous ĂȘtes arrivĂ©. Et quand je parle de cela aux gens, ils me disent tout de suite : « je veux un billet ». Il y a donc un vrai marchĂ© pour cela.
TourMaG.com - Alors bien sur notre question câest quand ? Quand embarque-t on et avec combien de passagers ?
Jean-Philippe Girault : La vision future, câest un avion de 350, 400 places, mais lĂ on parle de 2040.
LâĂ©tape intermĂ©diaire câest un avion commercial pour 25 Ă 30 personnes avec un objectif : un transport transatlantique hyper rapide dâici 10 ans. Paris - New York en 90 minutes, Paris - Cancun en 02h00.
Un fer Ă repasser volant
TourMaG.com - Lâavion dĂ©collerait des aĂ©roports dĂ©jĂ existants ?
Jean-Philippe Girault : Oui et on volerait Ă 30 kilomĂštres dâaltitude. Pour vous donner une idĂ©e, le Concorde volait Ă 17 kilomĂštres.
Nous discutons actuellement avec Eurocontrol et lâEASA, lâagence europĂ©enne du transport aĂ©rien, dans le cadre du programme Ă©co 2 qui consiste Ă regarder comment les futurs avions trĂšs rapides pourront sâinsĂ©rer dans le trafic aĂ©rien commercial et quelles sont les routes Ă dĂ©finir. Les conclusions seront livrĂ©es en 2026.
TourMaG.com - Quels sont les défis à relever pour pouvoir mettre 25 personnes dans un véhicule qui les emmÚne à New York en 1h30 à Mach 5 ?
Jean-Philippe Girault : Câest un vĂ©hicule qui nâaura pas de hublotsâŠ
TourMaG.com - Je crois quâau dĂ©but du projet Concorde, les ingĂ©nieurs ne voulaient pas mettre de hublots. On leur a dit alors que les gens ne voudraient pas monter dans un avion sans hublotsâŠ
Jean-Philippe Girault : Effectivement, mais nous notre avion nâaura pas de hublots notamment Ă cause de lâĂ©chauffement de la structure. De plus il nây aura rien Ă voir. Ă 30 kilomĂštres le ciel sera presque noir, on ne verra mĂȘme pas les Ă©toiles.
Nous pensons plutÎt à ce que fait Airbus innovation : des cabines virtuelles avec écrans plats qui redonneront un paysage subsonique habituel.
Nous avons effectivement cette difficultĂ© qui concerne lâĂ©chauffement de la structure. Les parties les plus exposĂ©es comme les bords dâattaque des ailes ou les bords des entrĂ©es dâair devront ĂȘtre refroidies et nous le ferons avec lâhydrogĂšne.
Pour le reste nous utilisons des matĂ©riaux normaux et un alliage en acier. Le deuxiĂšme dĂ©fi câest la conception de lâavion. Nous allons utiliser la combustion Ă lâhydrogĂšne. Câest une molĂ©cule trĂšs lĂ©gĂšre, mais qui prend beaucoup de la place.
Pour simplifier si vous voulez embarquer une tonne de kĂ©rosĂšne vous avez besoin dâun mĂštre cube. Une tonne dâhydrogĂšne câest plusieurs mĂštres cubes.
La conception de lâavion est donc Ă revoir. Câest ce que fait Airbus dans ses projets. Ils acceptent de perdre de lâespace normalement rĂ©servĂ© aux siĂšges passagers au profit dâune combustion dĂ©carbonĂ©e.
Nous allons nous, nous inspirer des Ă©tudes menĂ©es par lâagence spatiale europĂ©enne (ESA) et qui a dĂ©fini un avion en forme de fer Ă repasser. Câest Ă cela que ressemblera notre avion.
Jean-Philippe Girault : Oui et on volerait Ă 30 kilomĂštres dâaltitude. Pour vous donner une idĂ©e, le Concorde volait Ă 17 kilomĂštres.
Nous discutons actuellement avec Eurocontrol et lâEASA, lâagence europĂ©enne du transport aĂ©rien, dans le cadre du programme Ă©co 2 qui consiste Ă regarder comment les futurs avions trĂšs rapides pourront sâinsĂ©rer dans le trafic aĂ©rien commercial et quelles sont les routes Ă dĂ©finir. Les conclusions seront livrĂ©es en 2026.
TourMaG.com - Quels sont les défis à relever pour pouvoir mettre 25 personnes dans un véhicule qui les emmÚne à New York en 1h30 à Mach 5 ?
Jean-Philippe Girault : Câest un vĂ©hicule qui nâaura pas de hublotsâŠ
TourMaG.com - Je crois quâau dĂ©but du projet Concorde, les ingĂ©nieurs ne voulaient pas mettre de hublots. On leur a dit alors que les gens ne voudraient pas monter dans un avion sans hublotsâŠ
Jean-Philippe Girault : Effectivement, mais nous notre avion nâaura pas de hublots notamment Ă cause de lâĂ©chauffement de la structure. De plus il nây aura rien Ă voir. Ă 30 kilomĂštres le ciel sera presque noir, on ne verra mĂȘme pas les Ă©toiles.
Nous pensons plutÎt à ce que fait Airbus innovation : des cabines virtuelles avec écrans plats qui redonneront un paysage subsonique habituel.
Nous avons effectivement cette difficultĂ© qui concerne lâĂ©chauffement de la structure. Les parties les plus exposĂ©es comme les bords dâattaque des ailes ou les bords des entrĂ©es dâair devront ĂȘtre refroidies et nous le ferons avec lâhydrogĂšne.
Pour le reste nous utilisons des matĂ©riaux normaux et un alliage en acier. Le deuxiĂšme dĂ©fi câest la conception de lâavion. Nous allons utiliser la combustion Ă lâhydrogĂšne. Câest une molĂ©cule trĂšs lĂ©gĂšre, mais qui prend beaucoup de la place.
Pour simplifier si vous voulez embarquer une tonne de kĂ©rosĂšne vous avez besoin dâun mĂštre cube. Une tonne dâhydrogĂšne câest plusieurs mĂštres cubes.
La conception de lâavion est donc Ă revoir. Câest ce que fait Airbus dans ses projets. Ils acceptent de perdre de lâespace normalement rĂ©servĂ© aux siĂšges passagers au profit dâune combustion dĂ©carbonĂ©e.
Nous allons nous, nous inspirer des Ă©tudes menĂ©es par lâagence spatiale europĂ©enne (ESA) et qui a dĂ©fini un avion en forme de fer Ă repasser. Câest Ă cela que ressemblera notre avion.
Investir maintenant dans lâhydrogĂšne
TourMaG.com - Expliquez-nous une chose. Quand on parle de lâhydrogĂšne pour propulser des avions pour traverser lâatlantique, on parle de projets trĂšs lointains. Le moteur dâailleurs nâexiste pas. Or votre projet, câest de faire voler votre avion dans 5 ou 6 ansâŠ
Jean-Philippe Girault : Câest une question de politique industrielle.
Safran, sur son site industriel de Vernon, fait dĂ©jĂ tourner un moteur CFM avec de lâhydrogĂšne. Moi-mĂȘme Ă la fin des annĂ©es 90, jâai travaillĂ© sur le programme Cryoplane, un Airbus A320 propulsĂ© par hydrogĂšne et dont le maitre dâĆuvre Ă©tait Airbus Allemagne.
Il nây a aucun problĂšme. Câest une question de politique industrielle et dâinvestissements.
Ăvidemment que câest compliquĂ©. Mais en France, nous faisons de lâhydrogĂšne. Depuis 60 ans, la France maitrise lâhydrogĂšne liquide.
A lire aussi : AprĂšs le Concorde, doit-on miser sur lâavion spatial stratosphĂ©rique ?
Il faut investir, mais je pense que les motoristes prĂ©fĂšrent investir sur quelque chose qui rapporte Ă court terme plutĂŽt quâĂ un horizon de 15 ans.
Ils prĂ©fĂšrent investir sur du SAF compatible avec les moteurs actuels plutĂŽt que de faire un saut. Et câest un double saut quâil faut faire. Du point de vue de lâavion, mais aussi du systĂšme aĂ©rien.
Câest un peu comme les voitures. Ici Ă Paris vous avez les taxis « HYPE » qui roulent trĂšs bien Ă lâhydrogĂšne, mais si vous nâavez pas la station-service cela ne sert Ă rien.
Pour lâaĂ©rien cela veut dire quâil faut aussi des aĂ©roports avec de lâhydrogĂšne Ă fournir aux avions. LĂ est la difficultĂ©.
Il faudrait que lâensemble des acteurs : constructeurs, motoristes, aĂ©roports, compagnies aĂ©riennes se disent « on a vu la lumiĂšre », on nây va !
TourMaG.com - Ăa sera peut-ĂȘtre vous la lumiĂšre ?
Jean-Philippe Girault : Nous essayons de jouer « la mouche du coche ». Cependant des choses bougent, le Groupe ADP et Air Liquide viennent de crĂ©er un joint venture : "Hydrogen Airport" qui a pour vision de mettre Ă disposition de lâhydrogĂšne sur les aĂ©roports du monde entier et Vinci fait la mĂȘme chose.
Mais actuellement on sent que ce nâest pas LA prioritĂ©.
TourMaG.com - Le coĂ»t de production de lâhydrogĂšne est aussi une difficultĂ© ?
Jean-Philippe Girault : Oui. Faire de lâhydrogĂšne nĂ©cessite de lâĂ©lectricitĂ©. Cela reste cher. Les industriels disent que nous n'avons pas de visibilitĂ© exacte sur les coĂ»ts et sur les investissements Ă financer. Câest ce que lâon appelle le mixtfeeling en anglais.
Les gens sont persuadĂ©s que câest la solution, mais les mĂ©triques Ă©conomiques sont encore un peu floues Ă la fois sur le coĂ»t de la production et le coĂ»t de lâutilisation. Pour un investisseur ce nâest pas lâidĂ©al !
Jean-Philippe Girault : Câest une question de politique industrielle.
Safran, sur son site industriel de Vernon, fait dĂ©jĂ tourner un moteur CFM avec de lâhydrogĂšne. Moi-mĂȘme Ă la fin des annĂ©es 90, jâai travaillĂ© sur le programme Cryoplane, un Airbus A320 propulsĂ© par hydrogĂšne et dont le maitre dâĆuvre Ă©tait Airbus Allemagne.
Il nây a aucun problĂšme. Câest une question de politique industrielle et dâinvestissements.
Ăvidemment que câest compliquĂ©. Mais en France, nous faisons de lâhydrogĂšne. Depuis 60 ans, la France maitrise lâhydrogĂšne liquide.
A lire aussi : AprĂšs le Concorde, doit-on miser sur lâavion spatial stratosphĂ©rique ?
Il faut investir, mais je pense que les motoristes prĂ©fĂšrent investir sur quelque chose qui rapporte Ă court terme plutĂŽt quâĂ un horizon de 15 ans.
Ils prĂ©fĂšrent investir sur du SAF compatible avec les moteurs actuels plutĂŽt que de faire un saut. Et câest un double saut quâil faut faire. Du point de vue de lâavion, mais aussi du systĂšme aĂ©rien.
Câest un peu comme les voitures. Ici Ă Paris vous avez les taxis « HYPE » qui roulent trĂšs bien Ă lâhydrogĂšne, mais si vous nâavez pas la station-service cela ne sert Ă rien.
Pour lâaĂ©rien cela veut dire quâil faut aussi des aĂ©roports avec de lâhydrogĂšne Ă fournir aux avions. LĂ est la difficultĂ©.
Il faudrait que lâensemble des acteurs : constructeurs, motoristes, aĂ©roports, compagnies aĂ©riennes se disent « on a vu la lumiĂšre », on nây va !
TourMaG.com - Ăa sera peut-ĂȘtre vous la lumiĂšre ?
Jean-Philippe Girault : Nous essayons de jouer « la mouche du coche ». Cependant des choses bougent, le Groupe ADP et Air Liquide viennent de crĂ©er un joint venture : "Hydrogen Airport" qui a pour vision de mettre Ă disposition de lâhydrogĂšne sur les aĂ©roports du monde entier et Vinci fait la mĂȘme chose.
Mais actuellement on sent que ce nâest pas LA prioritĂ©.
TourMaG.com - Le coĂ»t de production de lâhydrogĂšne est aussi une difficultĂ© ?
Jean-Philippe Girault : Oui. Faire de lâhydrogĂšne nĂ©cessite de lâĂ©lectricitĂ©. Cela reste cher. Les industriels disent que nous n'avons pas de visibilitĂ© exacte sur les coĂ»ts et sur les investissements Ă financer. Câest ce que lâon appelle le mixtfeeling en anglais.
Les gens sont persuadĂ©s que câest la solution, mais les mĂ©triques Ă©conomiques sont encore un peu floues Ă la fois sur le coĂ»t de la production et le coĂ»t de lâutilisation. Pour un investisseur ce nâest pas lâidĂ©al !
Passer le mur du son
TourMaG.com - Avec lâhydrogĂšne, lâavion ne polluera pas cependant, il reste le bruit du mur du sonâŠ
Jean-Philippe Girault : Oui lâhydrogĂšne est propre Ă condition que lâĂ©lectricitĂ© que vous utilisez pour lâĂ©lectrolyse* soit dĂ©carbonĂ©e. Si vous utilisez une centrale Ă charbon pour produire lâĂ©lectricitĂ©, ce nâest pas bon.
Par contre effectivement le bruit sonique sera toujours lĂ . Le passage du mur du son devra se faire au-dessus de la mer.
TourMaG.com - Comme avant avec le Concorde ?
Jean-Philippe Girault : Oui, exactement. Par contre, ce que lâon voit câest que 80% des aĂ©roports principaux dans le monde sont proches de la mer.
Donc nos trajets de point à point entre les continents se feront sur ces aéroports.
Jean-Philippe Girault : Oui lâhydrogĂšne est propre Ă condition que lâĂ©lectricitĂ© que vous utilisez pour lâĂ©lectrolyse* soit dĂ©carbonĂ©e. Si vous utilisez une centrale Ă charbon pour produire lâĂ©lectricitĂ©, ce nâest pas bon.
Par contre effectivement le bruit sonique sera toujours lĂ . Le passage du mur du son devra se faire au-dessus de la mer.
TourMaG.com - Comme avant avec le Concorde ?
Jean-Philippe Girault : Oui, exactement. Par contre, ce que lâon voit câest que 80% des aĂ©roports principaux dans le monde sont proches de la mer.
Donc nos trajets de point à point entre les continents se feront sur ces aéroports.
Installation Ă Rochefort
TourMaG.com - ConcrĂštement vous avez le projet de vous installer sur lâaĂ©roport de Rochefort pour commencer Ă faire des essais, câest toujours dâactualitĂ© ?
Jean-Philippe Girault : Tout à fait. Nous allons commencer des premiers essais sur la base militaire de Cazaux pour faire voler notre troisiÚme démonstrateur.
Deux sont dĂ©jĂ testĂ©s. Lâun est de la taille dâune voiture et vole avec de lâhydrogĂšne gazeux, et lâautre Ă la taille dâun petit bus. Ils ne volent pas Ă la vitesse supersonique.
Notre troisiĂšme dĂ©monstrateur fera une dizaine de mĂštres, il sera beaucoup plus lourd (2 tonnes) et a vocation Ă rentrer dans le supersonique avec de lâhydrogĂšne liquide. Et nous le ferons ensuite voler Ă Rochefort.
Ensuite nous ferons encore Ă©voluer des modules que nous Ă©quiperons dâune propulsion proche du moteur du Rafale avec un statorĂ©acteur pour voler Ă Mach 5.
TourMaG.com - Il y aura bien un pilote dans lâavion ?
Jean-Philippe Girault : Oui il y aura un pilote, mais lâautomatisation du vol sera beaucoup plus poussĂ©e quâaujourdâhui. Et avec lâEASA, nous rĂ©flĂ©chissons aussi Ă un vol entiĂšrement automatique.
TourMaG.com - Quand on vole Ă Mach 5, y a-t-il des contraintes physiques pour les passagers ?
Jean-Philippe Girault : Non, cela ne change rien. La difficulté pour les organismes, ce sont les accélérations.
Mais rassurez vous, nous nâirons pas de 0 Ă Mach 5 en une minute. Il y aura dâabord une montĂ©e subsonique progressive pour sâintĂ©grer dans le trafic aĂ©rien classique, et ensuite aller Ă 30 km dâaltitude et Mach 5.
Jean-Philippe Girault : Tout à fait. Nous allons commencer des premiers essais sur la base militaire de Cazaux pour faire voler notre troisiÚme démonstrateur.
Deux sont dĂ©jĂ testĂ©s. Lâun est de la taille dâune voiture et vole avec de lâhydrogĂšne gazeux, et lâautre Ă la taille dâun petit bus. Ils ne volent pas Ă la vitesse supersonique.
Notre troisiĂšme dĂ©monstrateur fera une dizaine de mĂštres, il sera beaucoup plus lourd (2 tonnes) et a vocation Ă rentrer dans le supersonique avec de lâhydrogĂšne liquide. Et nous le ferons ensuite voler Ă Rochefort.
Ensuite nous ferons encore Ă©voluer des modules que nous Ă©quiperons dâune propulsion proche du moteur du Rafale avec un statorĂ©acteur pour voler Ă Mach 5.
TourMaG.com - Il y aura bien un pilote dans lâavion ?
Jean-Philippe Girault : Oui il y aura un pilote, mais lâautomatisation du vol sera beaucoup plus poussĂ©e quâaujourdâhui. Et avec lâEASA, nous rĂ©flĂ©chissons aussi Ă un vol entiĂšrement automatique.
TourMaG.com - Quand on vole Ă Mach 5, y a-t-il des contraintes physiques pour les passagers ?
Jean-Philippe Girault : Non, cela ne change rien. La difficulté pour les organismes, ce sont les accélérations.
Mais rassurez vous, nous nâirons pas de 0 Ă Mach 5 en une minute. Il y aura dâabord une montĂ©e subsonique progressive pour sâintĂ©grer dans le trafic aĂ©rien classique, et ensuite aller Ă 30 km dâaltitude et Mach 5.
Un marché pour les vols hypersoniques ?
TourMaG.com - Vous pensez quâil y a un marchĂ© pour ces vols ?
Jean-Philippe Girault : Il y a un véritable attrait auprÚs du public, cela est certain. Nous travaillons avec des cabinets-conseils qui font des sondages et qui nous ont dit « il n'y a aucun doute sur la maniÚre dont vous capturerez une fraction du marché. »
Il y avait avec les anciens vols supersoniques une difficultĂ©, le dĂ©calage horaire. Dans le sens Paris - New York, câest parfait. On arrive avant dâĂȘtre parti, câest trĂšs bien.
Mais quand on revient dans lâautre sens, câest plus compliquĂ©. Pour Concorde, câĂ©tait un souci. Les passagers disaient : « je prĂ©fĂšre rester jusquâau soir Ă New York et partir avec un vol classique pour arriver le lendemain matin en Europe. Cela me coĂ»te moins cher et je suis mieux recalĂ©. »
Ce que nous allons offrir est diffĂ©rent, car un vol de 01h30, cela change tout. On peut revenir le soir mĂȘme en Ă©tant parti le matin !
TourMaG.com - Pour prendre un calendrier précis, vous prévoyez une certification en 2032 ?
Jean-Philippe Girault : Oui 2031 ou 2032.
TourMaG.com - Donc des vols commerciaux un peu plus tard ?
Jean-Philippe Girault : Oui nous prĂ©voyons lâentrĂ©e en service pour 2035.
TourMaG.com - Lâavion sera donc prĂȘt en 2030. Câest demain !
Jean-Philippe Girault : Oui, absolument. Cependant nous aurons bien sĂ»r besoin des investissements qui vont bien. Aujourdâhui, nous avons une bonne santĂ© financiĂšre qui nous permet de fabriquer nos dĂ©monstrateurs et dâavancer. Nous nâavons pas encore le milliard nĂ©cessaire pour construire lâavion et pour cela nous dĂ©clencherons une levĂ©e de fonds.
TourMaG.com - Avez-vous des concurrents sur ce type de projet ? Aux Ătats-Unis, jâimagine ?
Jean-Philippe Girault : Absolument. Câest un projet similaire : « Hermeus ». Ils sont un peu en avance avec un premier prototype pour faire des essais de roulage au sol et qui devrait commencer Ă voler cette annĂ©e.
Nous avons la mĂȘme feuille de route avec les mĂȘmes objectifs. Une diffĂ©rence cependant, le projet aux Etats Unis est trĂšs soutenu par le DOD (U.S. Department of Defense) avec lequel a dĂ©jĂ Ă©tĂ© passĂ© un contrat plafonnĂ© Ă 950 millions de dollars.
Jean-Philippe Girault : Il y a un véritable attrait auprÚs du public, cela est certain. Nous travaillons avec des cabinets-conseils qui font des sondages et qui nous ont dit « il n'y a aucun doute sur la maniÚre dont vous capturerez une fraction du marché. »
Il y avait avec les anciens vols supersoniques une difficultĂ©, le dĂ©calage horaire. Dans le sens Paris - New York, câest parfait. On arrive avant dâĂȘtre parti, câest trĂšs bien.
Mais quand on revient dans lâautre sens, câest plus compliquĂ©. Pour Concorde, câĂ©tait un souci. Les passagers disaient : « je prĂ©fĂšre rester jusquâau soir Ă New York et partir avec un vol classique pour arriver le lendemain matin en Europe. Cela me coĂ»te moins cher et je suis mieux recalĂ©. »
Ce que nous allons offrir est diffĂ©rent, car un vol de 01h30, cela change tout. On peut revenir le soir mĂȘme en Ă©tant parti le matin !
TourMaG.com - Pour prendre un calendrier précis, vous prévoyez une certification en 2032 ?
Jean-Philippe Girault : Oui 2031 ou 2032.
TourMaG.com - Donc des vols commerciaux un peu plus tard ?
Jean-Philippe Girault : Oui nous prĂ©voyons lâentrĂ©e en service pour 2035.
TourMaG.com - Lâavion sera donc prĂȘt en 2030. Câest demain !
Jean-Philippe Girault : Oui, absolument. Cependant nous aurons bien sĂ»r besoin des investissements qui vont bien. Aujourdâhui, nous avons une bonne santĂ© financiĂšre qui nous permet de fabriquer nos dĂ©monstrateurs et dâavancer. Nous nâavons pas encore le milliard nĂ©cessaire pour construire lâavion et pour cela nous dĂ©clencherons une levĂ©e de fonds.
TourMaG.com - Avez-vous des concurrents sur ce type de projet ? Aux Ătats-Unis, jâimagine ?
Jean-Philippe Girault : Absolument. Câest un projet similaire : « Hermeus ». Ils sont un peu en avance avec un premier prototype pour faire des essais de roulage au sol et qui devrait commencer Ă voler cette annĂ©e.
Nous avons la mĂȘme feuille de route avec les mĂȘmes objectifs. Une diffĂ©rence cependant, le projet aux Etats Unis est trĂšs soutenu par le DOD (U.S. Department of Defense) avec lequel a dĂ©jĂ Ă©tĂ© passĂ© un contrat plafonnĂ© Ă 950 millions de dollars.
Frilosité européenne
TourMaG.com - Et pourquoi de ce coté de l'Atlantique cette frilosité sur de tels projets ?
Jean-Philippe Girault : Je nâai pas la rĂ©ponse. On discute de maniĂšre positive avec les autoritĂ©s françaises, mais il n'y a pas encore de dĂ©clic sur un programme comme celui-ci.
Il n'y a pas non plus les mĂȘmes ressources financiĂšres quâaux Ătats-Unis. Je peux comprendre que les autoritĂ©s sâinterrogent sur le bien-fondĂ© dâun programme de ce type lĂ , mais on y viendra.
Je suis persuadĂ© quâun avion de ce type-lĂ intĂ©ressera le civil et les militaires et quâil sera double usage. Avec ses performances hypersoniques, cet avion fera un excellent intercepteur pour protĂ©ger un pays, etc.
TourMaG.com - Une sacrĂ©e rĂ©volution quand mĂȘme ce projet ?
Jean-Philippe Girault : Oui et si nous nous y mettons il n'y a pas de difficultés insurmontables.
Nous discutons dĂ©jĂ aujourdâhui dans le dĂ©tail avec des aĂ©roports et dans le monde, au Canada par exemple, pour comprendre comment nous pouvons dĂšs Ă prĂ©sent faire partir des projets pilotes en hydrogĂšne.
* La mĂ©thode utilisĂ©e pour la production de lâhydrogĂšne vert est celle de lâĂ©lectrolyse de lâeau. Elle nâest pas la seule technique permettant la production dâhydrogĂšne, mais elle est la seule qui permette une production exempte dâĂ©missions de gaz Ă effet de serre.
Jean-Philippe Girault : Je nâai pas la rĂ©ponse. On discute de maniĂšre positive avec les autoritĂ©s françaises, mais il n'y a pas encore de dĂ©clic sur un programme comme celui-ci.
Il n'y a pas non plus les mĂȘmes ressources financiĂšres quâaux Ătats-Unis. Je peux comprendre que les autoritĂ©s sâinterrogent sur le bien-fondĂ© dâun programme de ce type lĂ , mais on y viendra.
Je suis persuadĂ© quâun avion de ce type-lĂ intĂ©ressera le civil et les militaires et quâil sera double usage. Avec ses performances hypersoniques, cet avion fera un excellent intercepteur pour protĂ©ger un pays, etc.
TourMaG.com - Une sacrĂ©e rĂ©volution quand mĂȘme ce projet ?
Jean-Philippe Girault : Oui et si nous nous y mettons il n'y a pas de difficultés insurmontables.
Nous discutons dĂ©jĂ aujourdâhui dans le dĂ©tail avec des aĂ©roports et dans le monde, au Canada par exemple, pour comprendre comment nous pouvons dĂšs Ă prĂ©sent faire partir des projets pilotes en hydrogĂšne.
* La mĂ©thode utilisĂ©e pour la production de lâhydrogĂšne vert est celle de lâĂ©lectrolyse de lâeau. Elle nâest pas la seule technique permettant la production dâhydrogĂšne, mais elle est la seule qui permette une production exempte dâĂ©missions de gaz Ă effet de serre.
Publié par Christophe Hardin Journaliste AirMaG - TourMaG.com Voir tous les articles de Christophe Hardin

























