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EXCLUSIF - Corsair valide un nouveau tour de table de 30 millions d'euros ! 🔑

Trois nouveaux actionnaires au chevet de la Compagnie


Le CIRI avait donnĂ© jusqu'Ă  fin fĂ©vrier pour que Corsair trouve une solution Ă  sa restructuration financiĂšre devenue obligatoire. Les actionnaires ont rĂ©pondu prĂ©sent. D'aprĂšs nos informations, un nouveau tour de table a Ă©tĂ© validĂ©, avec l'arrivĂ©e de 3 nouveaux noms dans l'actionnariat. Dans ces nouveaux arrivants, nous retrouvons notamment un grand patron du tourisme français et apprenons qu'Air France s'avance masquĂ©e dans la consolidation. L'enquĂȘte de Romain Pommier.


Rédigé par le Mardi 28 Février 2023 à 00:05

La restructuration financiÚre de Corsair vient de franchir une nouvelle étape.

Alors que la procédure de conciliation n'a débouché sur aucune solution concrÚte, le Comité interministériel de restructuration industrielle (CIRI) faisait pression sur l'actionnariat de la compagnie, pour qu'il mette la main à poche et rapidement.

A lire : Corsair : le Gouvernement met la pression sur les actionnaires 🔑

Une date limite a été fixée à la fin du mois de février 2023.

"Tout ne repose pas sur nous, il reste Ă  savoir quel acteur privĂ© sera Ă  bord de l'entreprise," nous expliquait-on Ă  Bercy en dĂ©cembre dernier. Ce mĂȘme interlocuteur nous confiait aussi que les actuels propriĂ©taires pourraient faire entrer au moins un nouvel actionnaire.

Bonne nouvelle pour les salariés, les actionnaires ont (en partie) répondu présent et dans les délais impartis.

Nous avons appris qu'un nouveau tour de table avait été validé, avec une majorité de l'actionnariat historique, mais aussi des nouveaux arrivants.

En tout prÚs de 30 millions d'euros ont été trouvés, soit la somme exigée par le Gouvernement aux actionnaires, pour permettre une restructuration financiÚre en bonne et due forme.


Corsair : Qui sont les nouveaux actionnaires ?

Ils sont trois Ă  faire leur apparition dans ce nouveau tour de table.

Sans surprise et comme nous vous l'avions évoqué, fin novembre 2023, Laurent Abitbol via Marietton Développement, fera bel et bien partie de ce tour de table.

Le Lyonnais a tenu parole.

"Nous sommes trÚs présents chez Corsair. Et ça va évoluer, Corsair est une belle compagnie," avait alors déclaré le patron de Marietton Développement, lors d'une conférence de presse en marge du congrÚs Selectour.

Pour rappel, Laurent Abitbol avait jusque-là des obligations convertibles, il a donc décidé de passer à l'action (sans mauvais jeu de mots). Celui qui est aussi président du comité stratégique du transporteur prendrait donc des parts, pour plusieurs millions d'euros.

Il n'est pas le seul à pointer le bout de son nez dans Outre-mer. Outre R-Plane (OMRP), la société propriétaire de la compagnie. il y aurait aussi un membre de la famille Cohen, dirigeant de la Somatrans.

Ce serait une participation individuelle, donc sans engager l'avenir d'une entreprise spécialisée dans le fret aérien. Nous parlons là d'une recrue de choix pour OMRP. La Somatrans emploie 230 collaborateurs.

A noter que le fonds Equerre Capital Partners ramené par le gouvernement, pour étudier une prise de participation, ne fait pas partie de ce tour de table.

AprĂšs la rumeur de l'Ă©tĂ© dernier, sur son intĂ©rĂȘt pour le mariage entre Air Austral et Corsair, l'entreprise spĂ©cialisĂ©e dans le retournement des sociĂ©tĂ©s n'aura finalement jamais concrĂ©tisĂ© dans l'aĂ©rien.

Concernant le 3e investisseur, nous n'avons pas été en mesure de recouper son identité.

Les actionnaires ont fait leur part du travail. Il reste au CIRI à faire la sienne. Contre ces 30 millions, les propriétaires de Corsair s'attendent à ce que l'Etat réduise drastiquement les dettes de la compagnie.

Corsair : A l'Etat de faire un effort !

Sur ce sujet, les actionnaires et le gouvernement vont devoir jouer finement.

"Ce qui est trÚs important pour nous c'est que les acteurs ne se comparent pas l'un et l'autre. Il pourrait y avoir une course à l'échalote, car l'un a obtenu tel ou tel abandon de dettes et, par conséquent, l'autre veut autant," affirmait le cabinet de Bruno Le Maire.

Il évoquait là le cas d'Air Austral.

La compagnie réunionnaise avait vu effacer pas moins de 185 millions de dettes, sur les 250 millions d'euros qui plombaient les comptes de l'entreprise, d'aprÚs nos confrÚres du Monde.

Au sein de l'état-major de Corsair, c'est tout simplement la radiation de 80% des dettes qui était encore espérée en 2022. Ce seuil ne sera sans doute jamais atteint.

Surtout qu'en décembre 2020, la Commission européenne avait déjà statué en faveur de la compagnie dirigée par Pascal de Izaguirre.

"L'aide Ă  la restructuration, d'un montant de 106,7 millions d'euros, est composĂ©e de reports d'imposition ou de taxation (21,9 millions d'euros), d'un crĂ©dit d'impĂŽt (4,8 millions d'euros), d'un prĂȘt Ă  taux rĂ©duit (18 millions d'euros) et d'un prĂȘt participatif (62 millions d'euros)," dĂ©taillait le communiquĂ© de l'instance.

A ce montant global s'ajoutaient 30,2 millions d'euros au titre des indemnités servant à couvrir le préjudice subi par l'entreprise durant la crise sanitaire.

De l'aveu mĂȘme de Bercy, il sera compliquĂ© de convaincre la Commission d'aider Ă  nouveau la compagnie dans de telles proportions. Le passif avoisinait 124 millions d'euros Ă  la fin de l'annĂ©e 2022.

Somme à laquelle il conviendra d'ajouter le trou d'air de l'exercice 2022, plombé par Omicron et la flambée du baril.

Air France a-t-elle entamé des discussions avec Corsair ?

"Les rĂšgles sont strictes : nous ne pouvons pas cumuler plan d'aide sur plan d'aide, c'est une contrainte assez forte sur ce dossier," nous affirme-t-on depuis les bureaux de Bruno Le Maire.

Pour l'heure, nous ne savons pas oĂč en sont les nĂ©gociations, mais le Gouvernement n'a plus les mains libres...

D'oĂč l'arrivĂ©e d'Air France dans cet Ă©pineux dossier ? C'est une Ă©ventualitĂ©.

"Il convient de rappeler que la marge de manƓuvre des Pouvoirs publics pour aider Corsair est faible, donc il pourrait demander à un acteur qui lui est grandement redevable de l'aider dans ce sauvetage," analysait un fin observateur du secteur.

Avec les milliards distribués durant la crise et le cadeau de 1,4 milliard d'euros accordé par l'Etat à Air France, la Compagnie a-t-elle été priée de regarder de prÚs l'avenir du transporteur antillais ?

D'aprÚs nos informations, l'ouverture des négociations sur une possible consolidation dans les outre-mer est assez récente et mÚnerait bien (entre autres) à... Corsair.

Ces pourparlers seraient actuellement menés par Anne Rigail, la directrice générale d'Air France.

Pour l'heure, c'est avant tout l'idée d'un partage de code qui aurait été évoqué,
avant peut-ĂȘtre de regarder plus loin. Une stratĂ©gie d'approche qui peut rappeler celle du mariage entre Air Lib et Air France, mais c'Ă©tait alors une autre Ă©poque.

Depuis, la compagnie nationale est dirigée par Benjamin Smith. Le Canadien, amoureux de l'aérien et ancien PNC, est un pragmatique qui s'est révélé en transformant Air Canada.

La consolidation n'est pas inédite dans l'Úre nouvelle du transporteur. L'été dernier, il était question d'ITA Airways et en ce début d'année du rachat de TAP Air Portugal.

Corsair dans le viseur du groupe Dubreuil ?

Cette stratégie voulue (ou imposée à) par Ben Smith s'explique par le retour en force des destinations asiatiques, mais ce n'est pas tout.

"Air France est en manque de capacité, elle a besoin de coques et de pilotes.

De plus, elle doit croitre pour ne pas perdre sa place, alors que Lufthansa et IAG font leurs emplettes. C'est un deal gagnant-gagnant,
" pense savoir un analyste du secteur.

Dans ce dossier de la consolidation, la dérive tricolore devrait aussi considérer l'autorité de la concurrence, car en cas d'alliance avec Corsair sur les lignes d'outre-mer, sa présence pourrait alors dépasser 60 %.

Pour éviter de se faire retoquer, le transporteur pourrait laisser à Corsair toute la gestion de la région COI, acronyme pour définir les territoires des Caraïbes et de l'Océan Indien.

Elle repositionnerait alors ses avions vers des routes bien plus rĂ©munĂ©ratrices, comme l'Asie et l'Afrique, oĂč Corsair est venue chatouiller son juteux business.

Nous sommes encore loin de tout cela, mais cela reste une piste crédible.

Par contre, il est un acteur qui regarde attentivement cette éventualité : Jean-Paul Dubreuil. La rumeur insistante veut faire accroire à une arrivée du groupe éponyme au sein du capital de Corsair. Qu'en est-il réellement ?

"Il pousse pour que le CIRI lĂąche l'affaire en leur expliquant qu'il va reprendre Ă  la barre du tribunal. Il dit qu'il serait le seul Ă  pouvoir ressusciter la compagnie...

Il souhaite tout simplement supprimer un concurrent,
" nous explique-t-on depuis la Guadeloupe.

En métropole, cette affirmation n'est pas totalement contredite.

En conclusion, si tous les professionnels du secteur s'accordent sur le besoin de consolidation du ciel français, en revanche ils divergent sur la méthode, chacun voyant midi à sa porte...

Romain Pommier Publié par Romain Pommier Journaliste - TourMaG.com
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