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La lente agonie d'Alitalia : vers une opération de la dernière chance ?

La chronique de Jean-Louis Baroux



Jean-Louis Baroux, expert aérien, revient pour TourMaG.com sur la fin de la période probatoire consentie à Alitalia... Quelle sera l'issue ? La compagnie va-t-elle trouver une solution à sa recapitalisation ? Pour l'ancien président d'APG, les 15 prochains jours vont se révéler décisifs...


Rédigé par Jean-Louis Baroux le Jeudi 2 Mai 2019

Alitalia s’est enfoncée et personne ne peut prédire qu’elle ne va pas terminer son existence dans très peu de temps. - ©Alitalia
Alitalia s’est enfoncée et personne ne peut prédire qu’elle ne va pas terminer son existence dans très peu de temps. - ©Alitalia
Le lundi 29 avril 2019 marquait normalement la fin de la période probatoire consentie à Alitalia pour retrouver une recapitalisation.

Comme d’habitude, oserais-je dire, la date n’a pas pu être tenue et la société autour de laquelle le nouveau capital devait s’organiser, la « Ferroviere dello Stato », en clair la société nationale des chemins de fer italiens, a été conduite à demander un nouveau délai pour soumettre son plan de sauvetage.

Mais celui-ci ne peut, normalement, excéder 15 jours. Est-ce suffisant pour trouver une solution pérenne ?

Petit à petit, plus personne n’y croit et bien malin celui qui pourra boucler le tour de table sans faire les habituels tours de « passe-passe ».

Après avoir fait le tour des transporteurs de référence européens, Air France/KLM, Aeroflot, voire Lufthansa et même easyJet, les yeux se tournent maintenant vers les Américains de Delta Air Lines, voire les Chinois de China Eastern. Y a-t-il une chance pour que cela réussisse ?

En fait, tous les grands transporteurs s’intéressent au marché italien, mais aucun de veut de la compagnie. Et cela ne fait pas les affaires des quelque 12 000 salariés encore employés par le transporteur national.

Il faut d’ailleurs dire que les syndicats ont, avec une grande constance, refusé tous les plans de restructuration qui leur ont été soumis depuis 20 ans maintenant. Alors il ne faut pas s’étonner de la méfiance des éventuels investisseurs.

Un manque de stabilité

Il ne manque à Alitalia ni un marché puissant, ni un savoir-faire éprouvé, ni même un outil industriel performant. Non, il manque de la stabilité sans laquelle aucune compagnie ne peut survivre.

Seulement, en Italie, comme d’ailleurs dans beaucoup de pays, les gouvernements veulent mettre la main sur la gestion. Mais ils n’ont aucune capacité managériale.

Seulement la position des présidents est importante pour faire plaisir à des amis, voire à rendre des services à certains ayant-droits.

Or l’instabilité gouvernementale est une des caractéristiques de la démocratie italienne. On se perd d’ailleurs à faire la liste des dirigeants d’Alitalia.

Rien qu’entre 1996 et 2009, c’est-à-dire 13 ans, j’en ai compté 8. Après, la rotation s’est encore accélérée et j’ai perdu le fil.

Et chacun d’entre eux arrive avec la solution miracle et bien évidemment le changement de stratégie par rapport à la direction précédente.

Alors la société s’enfonce inexorablement, même si c’est avec une certaine lenteur. Le nombre de passagers diminue d’année en année, alors que le transport aérien est en croissance régulière. Cela signifie que la compagnie perd des parts de marché de manière constante.

Il faut tout de même dire que les personnels et d’abord leurs représentants, les syndicats, n’ont pas vraiment fait le nécessaire pour que la situation s’améliore. Arc-boutés sur leurs privilèges et très fiers de leur marque, ils ont bloqué toutes les initiatives.

Une opération de la dernière chance ?

Rappelons, si besoin était, que lors du rapprochement avec Air France, lequel avait été jugé stratégique par les deux parties et qui a duré pas loin de dix ans, il n’a pas été possible d’unifier les outils de réservation et d’enregistrement, chacun défendant bec et ongles sa propre solution.

A ne pas vouloir changer ni de mode de gestion sociale, ni de système de nomination des dirigeants, alors que le transport aérien européen a subi une transformation considérable avec l'open sky et l’arrivée des compagnies low cost, Alitalia s’est enfoncée et personne ne peut prédire qu’elle ne va pas terminer son existence dans très peu de temps.

Cela est très triste. Perdre une marque comme Alitalia, c’est perdre un morceau d’un pays auquel nous sommes si attachés. Mais les compagnies sont mortelles.

Le cimetière des éléphants du transport aérien risque de voir arriver un nouvel occupant après Sabena, Swissair, Olympic, Malev, AOM et d’autres de moindre importance pour ne parler que des compagnies européennes.

Il reste 15 jours pour trouver une solution fiable et trouver les deux milliards d’euros nécessaires. Qui peut parier sur le succès de cette opération de la dernière chance ?

Jean-Louis Baroux - DR
Jean-Louis Baroux - DR
Jean-Louis Baroux est l'ancien président d'APG (Air Promotion Group) et le créateur du CAF (Cannes Airlines Forum) devenu le World Air Forum.

Grand spécialiste de l'aérien, il a signé aux éditions L'Archipel ''Compagnies Aériennes : la faillite du modèle'', un ouvrage que tous les professionnels du tourisme devraient avoir lu.

Les droits d'auteur de l'ouvrage seront reversés à une association caritative. On peut l'acquérir à cette adresse : www.editionsarchipel.com.

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Tags : alitalia, baroux
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1.Posté par lolo boyer le 04/05/2019 00:00 | Alerter
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En 2012, la compagnie hongroise a cessé ses opérations faute de liquidités, après avoir été obligée par l'UE à rembourser à l'Etat une aide financière jugée indue.... mais pour Alitalia, pas de problème...

2.Posté par westar le 06/05/2019 15:46 | Alerter
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Bonjour


Voila le resultat de l'open-sky, quelle immonde connerie !!!


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