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Métavers et tourisme : destin croisé ou commun ? 🔑

Le métavers pourrait être la nouvelle étape d'Internet



Méta quoi ? Métavers ? Pour ceux qui n'ont jamais entendu, ni vu passer ce mot, alors les vacances étaient longues ou vous devriez peut-être appeler votre fournisseur internet. Le métavers est devenu le buzz word de l'année 2022. Après la volonté de Facebook d'investir massivement dans cette nouvelle révolution, tous les médias, réseaux sociaux et experts en ont parlé. Mais concrètement qu'est ce que le métavers ? En quoi, va-t-il révolutionner nos modes de vie et surtout le tourisme ? Voici les enseignements de Sophie Lacour, lors de sa conférence organisée par le Welcome City Lab.


Rédigé par le Jeudi 3 Mars 2022

Le métavers pourrait être la nouvelle étape d'internet et donc être un support pour le tourisme - Depositphotos @ks.gromoff
Le métavers pourrait être la nouvelle étape d'internet et donc être un support pour le tourisme - Depositphotos @ks.gromoff
Notre pays a parfois la faculté à faire l'autruche face à l'émergence d'une révolution technologique.

Au début du nouveau siècle en France, certaines personnes ne croyaient pas qu'internet puisse supplanter dans notre quotidien la boite marron en plastique qui trônait à côté des téléphones, à savoir le Minitel.

Deux décennies plus tard, le web a totalement révolutionné nos vies. Allons-nous vivre la même ignorance avec le Métavers ?

Pour Sophie Lacour, la DG d'Advanced Tourism, le métavers a passé un cap, celui du buzz.

"Il ne s'essouffle pas depuis le début de l'année, l'attention ne s'est pas relâchée. C'est un vrai sujet," explique la docteur en sciences de l'information et de la communication.

Ainsi, le métavers pourrait bien être la prochaine révolution du web, pour ceux qui ignorent de quoi nous parlons, revenons aux origines.

Métavers : quelles origines et histoire ?

Le mot métavers fait son apparition pour la 1ère fois dans le livre Snow crash publié en 1992 et écrit par Neil Stephenson.

"C'est un environnement virtuel, persistant, décentralisé, collaboratif, interopérable et indexé au monde physique. Un peu comme l'intelligence artificielle, le métavers déchaine tous les fantasmes," nous précise Sophie Lacour.

A mesure que les entreprises s'approprient cette nouvelle révolution, chacun y va de sa définition et de sa vision sur le sujet.

A l'heure actuelle, il n'est pas évident de savoir ce qu'il sera, ni même ce qu'il est vraiment. Nous parlons d'une innovation combinatoire, aussi bien au niveau technologique que sociologique.

D'ailleurs il puise son étymologie dans le mot grec "meta" qui signifie "au-delà" et de "vers" pour symboliser l'univers. Donc le métavers signifierait "au-delà de l'univers", plus simplement il fait référence à un monde virtuel.

Et détrompez-vous, les précurseurs en la matière ne sont ni Facebook ni Second life. L'une des premières tentatives serait Française et viendrait des bureaux de recherche et développement de...Canal Plus.

La chaîne cryptée lance en 1997 son jeu vidéo baptisé "Deuxième Monde" (voir vidéo). Les joueurs se baladaient à l'aide d'avatar dans un Paris reconstitué et pouvaient même tchater avec d'autres participants.

"Malheureusement pour le groupe télévisuel, internet n'était qu'à ses balbutiements, il était insuffisant pour répondre aux besoins des joueurs. Le projet était presque mort-né.

Dès 2003, Second Life prend le relais, avec même une partie de la campagne
présidentielle de 2007 qui aura lieu sur ce média."

Depuis, Facebook a fait son coming out sur la question en devenant Meta.

Plus récemment et au-delà du buzz, des entreprises sont passées à l'offensive, en investissant dans le métavers, achetant des terrains, boutiques ou encore des oeuvres totalement virtuelles.

"Nike vend des produits aussi bien réels que digitaux dans une boutique virtuelle présente dans Roblox. Il existe différents catalyseurs expliquant la concrétisation du métavers," affirme la DG d'Advanced Tourism.

Le métavers peut-il vraiment percer ?

Depuis l'avènement d'internet et surtout du smartphone, le monde a changé. Nous avons tous acquis un comportement hybride.

Les enfants ne sont plus seulement digital native, mais phygital native, donc l'interaction entre les deux mondes. Vous n'y croyez pas ? En additionnant les utilisateurs de Fortnite, Roblox et Minecraft, nous obtenons un total de 300 millions d'utilisateurs mensuels.

"Ils ne font plus de différence entre le monde virtuel et réel. Ce n'est pas tant un problème cognitif, c'est surtout que les outils permettent d'aller d'un monde à un autre."

Le deuxième catalyseur se trouve au niveau de la technologie.

Cette dernière est désormais prête pour passer le cap, avec aussi bien les terminaux, comme les extensions de notre corps, permettant de ressentir le vent, la chaleur ou d'autres sensations et celles permettant d'accéder à un monde virtuel.

A cela vous ajoutez l'arrivée de la 5G, et celle de la 6G qui deviendra indispensable pour permettre la réelle éclosion du métavers.

"Le 3e catalyseur capital s'appelle la décentralisation. Les choses ne sont pas tenues par un gouvernement, une marque ou une entreprise. C'est ce qui permettra un essor économique au métavers et au tourisme dans ce monde," pense savoir Sophie Lacour.

L'une des applications, les plus à la mode en ce moment de la décentralisation et du monde virtuel, n'est autre que les NFT (jeton non fongible). Ce sont des fichiers numériques adjoints à un certificat attestant de l'unicité de l'objet.

Avec la numérisation de nos vies, le NFT deviendra le tiers de confiance prouvant l'authenticité de la propriété de nos identités et actifs numériques.

Cette décentralisation repose exclusivement sur la blockchain, celle-ci offre le pouvoir aux communautés de créer indépendamment de toute organisation.

Sans communauté, donc décentralisation, le métavers n'existe pas.


Vous avez, dans cet exposé, le cocktail parfait pour voir émerger cette révolution.

Métavers : le tourisme pourrait y voir une opportunité !

Le terreau est bien là, il ne reste plus qu'à l'utiliser.

Si le métavers existe déjà plus ou moins, il n'existe pas encore d'application touristique. Le tourisme est une industrie du présent qui regarde rarement devant. C'est donc logique que les entreprises du secteur ne se soient pas encore approprié le sujet.

"Il est bien prêt pour être notre monde, car nous y avons des monnaies, des transactions, des mariages, des cimetières et des manifestations. Nous y trouvons aussi des villes, un point important pour le tourisme.

Séoul y sera présente et entend utiliser le métavers pour le tourisme, avec la reconstitution de lieux existants,
" explique Sophie Lacour.

L'Europe n'est pas en reste, avec l'office de tourisme d'Helsinki qui construit toutes les briques pour avoir une offre touristique dans le monde virtuel.

Nvidia a l'ambition de créer un clone numérique de notre monde dans son propre métavers. La Barbade va y créer son ambassade, au-delà du buzz, peut-être qu'à l'avenir les visas seront à aller chercher dans ce Nouveau Monde.

Après les boutiques, les grandes surfaces comme Carrefour, les pays, les installations diplomatiques, nous y trouverons des... infrastructures.

"Avoir un hôtel dans le métavers, c'est intéressant. Cela permettra de visiter et visualiser dans le virtuel ce qu'offre le lieu dans le réel. Finalement, ce sera peut être aussi intéressant que d'avoir une bonne place sur Google, à l'avenir," analyse la chairwoman de la Chaire Tourisme et Innovation de l'ESTHUA.

Ce n'est pas le seul intérêt du tourisme pour cette technologie.

Sur Second Life, il est possible d'être guide en faisant visiter une ville entièrement créée dans le jeu, par l'artiste plasticien Patrick Moya. L'engouement est tel que Moya Land a participé aux dernières journées du patrimoine.

"C'est un exemple pour montrer que le métavers ce n'est pas que du jeu, mais qu'il y a vraiment un pont à construire avec le tourisme. Tout est à inventer, il n'y a pas de limite," explique la docteur.

"Le métavers ne sera pas un substitut au tourisme, mais un support"

Et si actuellement, il n'y a pas encore d'usages BtoB, puisque les mondes virtuels s'adressent en grande partie aux joueurs, il faut bien comprendre qu'une économie est en train de se créer.

Une robe a été vendue 200 000 dollars, Gucci a réussi à écouler des sacs plus chers que dans la vraie vie, des enchères pour de véritables oeuvres d'art s'y tiennent aussi.

"Vous vous demandez sans doute : Pourquoi acheter des choses qui n'existent pas ? Tout simplement, car l'avatar devient une extension de nous-même, un compagnon numérique.

Etant donné que c'est votre représentation digitale, les gens sont prèts à payer pour qu'il ressemble le plus possible.
"

Une économie de l'avatar née actuellement, avec même une marque comme Esther Lauder qui planche même sur un maquillage pour les clones virtuels.

Pour ceux qui commencent à flancher et croire en une immersion totale de nos vies dans le virtuel, pas de panique. Nous n'allons pas basculer intégralement dans une autre dimension, le métavers pourrait surtout être notre nouveau... web.

"Il est possible d'imaginer qu'à l'avenir, il n'y aura plus vraiment de site internet, mais un emplacement dans le métavers. Il sera une nouvelle étape d'internet.

Avant d'imaginer ce qu'il sera, il faudra régler le problème très important de la propriété intellectuelle. Paris Hilton a créé son monde, nommé Paris, est-ce que la capitale française s'est penchée sur le sujet ?
" questionne Sophie Lacour.

Sans doute personne, même si Margrethe Vestager a annoncé vouloir réguler les métavers avant qu’ils existent.

Au-delà du droit, il existe aussi des contraintes techniques avant de voir émerger réellement le métavers, à commencer par les capacités de stockage des serveurs.

N'oublions pas que le digital émet 4% des gaz à effet de serre du monde.

Les mondes virtuels nécessiteront une architecture très complexe, en plus d'utiliser la très énergivore blockchain, en plus de cela vous ajoutez l'usage de la 5G et vous comprendrez bien que la pollution engendrée sera conséquente.


En attendant que des solutions à ces problématiques soient trouvées, les professionnels doivent comprendre que les mondes virtuels ne remplaceront pas l'industrie.

"L'expérience touristique est intrinsèquement dépendante de l'émotion, le métavers ne sera pas un substitut au tourisme, mais un support," tient à préciser la DG d'Advanced Tourism.

Romain Pommier Publié par Romain Pommier Journaliste - TourMaG.com
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