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PGE : pourquoi demander l'étalement est une fausse bonne idée ! 🔑

La déception après l'annonce de l'étalement des remboursements à 10 ans



Fin 2021, le secteur du tourisme montait en créneau pour demander l'étalement du remboursement des Prêts garantis par l'État (PGE), accordé par la Commission européenne. Malheureusement, la transposition à l'échelon national de la décision européenne, est plutôt une douche glaciale pour les entreprises. De la Banque de France à Bercy en passant par les Entreprises du Voyage, nous vous expliquons pourquoi, la demande d'étalement du remboursement doit se faire en dernier, mais vraiment dernier recours.


Rédigé par le Mercredi 9 Février 2022

PGE, après l'annonce de l'étalement des remboursements à 10 ans, la désillusion... - Depositphotos @DesignPicsInc
PGE, après l'annonce de l'étalement des remboursements à 10 ans, la désillusion... - Depositphotos @DesignPicsInc
Pour évaluer les problématiques actuelles, il convient parfois de regarder en arrière.

En décembre dernier, Jean-Virgile Crance, le président du Groupement National des Chaînes hôtelières (GNC) nous alertait sur la situation financière des hôteliers français.

"L'hôtellerie est une filière structurellement très capitalistique. La durée de remboursement des PGE est trop courte, avec des montants trop élevés.

Les entreprises vont être confrontées à un mur de la dette.
"

Les alertes se sont multipliées, le gouvernement a cédé et renégocié avec Bruxelles.

Depuis cette complainte, la Commission Européenne a accordé un étalement exceptionnel des PGE sur 10 ans. Une décision qui paraissait aller dans le bon sens, mais en politique, tout n'est qu'apparence.

"Quand j'entends dire que la solution trouvée est géniale, cela me fait bondir," interpelle alors Jean-Antoine Texier, le directeur général d'Horizons du Monde, et adhérent actif de la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME).

En effet, l'étalement des prêts garantis par l'Etat devrait être comme les antibiotiques, donc pas automatique. Pire même, il est à déconseiller.

Un étalement du PGE induit un placement de l'entreprise en... défaut !

Pour comprendre, il faut revenir sur la solution retenue par l'Etat concernant l'étalement des PGE sur 10 ans.

"Il y a une volonté de compléter la boîte à outils par un dispositif d'exception, par la restructuration à l'amiable des prêts tout en maintenant la garantie de l'Etat.

L'enjeu est de permettre aux entreprises de surmonter une difficulté passagère,
", précise Béatrice Raoult-Texier, la médiatrice nationale déléguée de la Banque de France.

A partir du 15 février 2022, les très petites et les moyennes entreprises (TPE et PME) ayant un octroi de PGE jusqu'à 50 000 euros pourront saisir la Médiation du crédit. Pour les autres, il sera nécessaire de passer par le conseiller départemental à la sortie de crise.

En moyenne, le montant du crédit de trésorerie s'élève à 204 000 euros et dans 85% des cas cela concerne des très petites entreprises (TPE).

''Pour accéder à ces démarches, il faut fournir soit la preuve des difficultés financières de l'entreprise, soit son incapacité à rembourser aussi bien les PGE que ses autres prêts" explique Jean-Pierre Mas.

Cette solution se veut sur mesure, et au cas par cas. Les entreprises souhaitant bénéficier d'une rallonge de temps devront donc saisir l'instance.

Sauf que, saisine entraîne certaines conséquences par ailleurs...


"Toute restructuration de dette place l'entreprise en défaut. Ce classement va dégrader sa note auprès de la Banque de France, et la société se retrouve avec la notation la plus basse," traduit en langage courant le DG d'Horizons du Monde.

La position deviendra alors vite inconfortable pour l'entreprise qui ne pourra plus souscrire de nouveau crédit ni faire de demande de nouvelle ligne de trésorerie, pourtant vitale pour les agences de voyages.

En résumé, "ce n'est pas vraiment reculer pour mieux sauter," mais plutôt tomber dans le vide, imagine Jean-Antoine Texier.

Le placement en défaut peut durer des années !

Les affirmations des professionnels du secteur sont corroborées par la responsable au sein de la Banque de France.

"Ce n'est pas une solution de confort ! Il n'y a pas d'interdiction juridique, mais une alerte sur la fragilité de l'entreprise.

La procédure traduit tout simplement les difficultés de la structure. Après il est clair qu'il faut avoir une réflexion en amont,
" conseille la médiatrice nationale déléguée.

Partant du principe que 95% des 143 milliards de prêts sont accordés avec le concours de Bercy, pour la Banque de France le dispositif doit se limiter à de rares cas.

Sauf que pour les Entreprises du Voyage, les difficultés ne sont pas si exceptionnelles.

"Globalement, nos adhérents n'ont pas remboursé leurs PGE. Certains sont encore en train de les demander...

Il y aura des difficultés à rembourser les prêts, nous percevons déjà quelques tracas. Nous sentons une grande fragilisation du secteur, en raison d'un redémarrage plus lent que prévu de l'activité,
" témoigne le président des EDV.

Et malheureusement, si aucun ajustement n'est fait sur le dispositif, alors un pourcentage significatif du secteur se retrouvera à saisir le médiateur. Derrière s'ensuivront plusieurs années à traîner son spleen dans les agences bancaires.

"Le classement de l'entreprise (en difficulté) se traduit par une période de probation d'une année minimum, et qui peut aller jusqu'à la durée du plan de restructuration.

Les prêts seront alors classés durant tout ce temps, comme prêts non performants,
" poursuit Béatrice Raoult-Texier.

La nouvelle procédure d'étalement des remboursements, vous l'aurez compris, risque de stigmatiser très fortement les sociétés qui en feront la demande auprès du médiateur.

Alors que la restructuration ouvre un dialogue entre les banques sur l'ensemble des prêts de la société et la médiation du crédit, cette dernière peut décider d'aller plus loin.

"Le conseiller de crise ou le médiateur pourront, s'ils le jugent nécessaire, réorienter l'entreprise vers les tribunaux de commerce, c'est-à-dire dresser le constat de la cessation des paiements," déplore Jean-Pierre Mas.

PGE : un crédit de trésorerie, pas un crédit pour investir

Au lieu de se retrouver avec un décalage et une facilité pour rembourser leurs prêts, les patrons vont alors être confrontés à de belles migraines.

D'autant plus que les PGE ne peuvent être utilisés que dans un cas précis : un manque de liquidités.

"Il a été mis en place pour apporter un soutien au moment de la crise, face à une baisse significative du chiffre d'affaires. C'est un crédit de trésorerie qui ne peut être utilisé pour rien d'autre que son usage spécifique," précise la médiatrice nationale.

Les banques sont chargées de contrôler l'usage fait de cette aide, et l'investissement n'en fait malheureusement pas partie. du tout parti.

Il va donc de soi que la solution proposée par l'Etat, outre le fait d'être lourde de conséquences et exigeante, administrativement parlant, ne convient pas à un secteur aussi sinistré que le tourisme.

Elle pourrait même fragiliser davantage l'industrie et faire perdre beaucoup d'argent à une administration qui devra bientôt rendre des comptes... Suivez mon regard (vers les présidentielles).

La transposition des PGE en prêts participatifs, un temps évoqué, a été totalement abandonné par le gouvernement. Il en existe d'autres moyens pour aider les entreprises. Au-delà du report du démarrage du remboursement, il est des points mêmes du dispositif à modifier.

"Nous aimerions que la durée du remboursement soit allongée, sans avoir à passer devant les tribunaux de commerce," demande Jean-Pierre Mas.

Reste à savoir quelle sera la marge de manœuvre du gouvernement aussi bien vis-à-vis de la Commission européenne que des banques. Surtout que ces dernières commencent à regarder d'un mauvais œil cette industrie qui semble scotchée durablement dans les starting-blocks.

Bercy a tenté de dédramatisé, auprès de la rédaction de TourMaG.com, la notation auprès de la Banque de France.

"Pour ces entreprises, personne d'autre que la banque concernée ne sera au courant de la restructuration, qui est donc totalement confidentielle.

Pour les rares entreprises avec une note Banque de France (CA supérieur à 750 000€) qui bénéficieraient de ce dispositif, il y aura en effet une baisse de la note.

Par ailleurs, même pour ces entreprises, leur notation ne passerait pas en défaut,
" nous précise le cabinet de Bruno Le Maire.

PGE : "nous aimerions différer le début du remboursement de 2 ans"

Malgré tout, cela ne passe pas du côté des Entreprises du Voyage.

"La procédure proposée par l'exécutif ne nous satisfait pas du tout ! Le process doit être simple et faisable par tous," souhaite un Jean-Pierre Mas, légèrement agacé par la décision gouvernementale.

Et pour comprendre son agacement, il suffit d'évoquer l'actualité d'un secteur, dont la reprise n'est pas à la hauteur de celle de l'économie française en général.

Alors que le PIB de notre pays s'est accru de 7% en 2021, les agences de voyages et tour-opérateurs, peinaient encore à atteindre les 50% de 2019. Avec 3 milliards d'euros de prêts accordés à ce secteur, sur les 15 milliards dédiés au tourisme, le poids de la dette est devenu lourd trop lourd.

Surtout que l'enjeu du dispositif était de permettre aux entreprises de survivre à des recettes atrophiées, (ce qui est toujours le cas), et de déclencher le remboursement à la reprise, ce qui n'est pas encore le cas.

"Initialement, le remboursement était reporté à 2 ans, autrement dit, à la sortie de la crise. S'il redémarre maintenant, cela ne correspondra pas à la philosophie du PGE," explique le président des EDV.

Il demande donc à différer une nouvelle fois le top départ à deux nouvelles années, soit début 2024, afin que les agences de voyages aient pu reconstituer un peu de trésorerie.

Le message a été passé à de nombreuses reprises au gouvernement, sans réponse pour l'instant. Espérons que l'exécutif réagisse avant le naufrage annoncé...

A venir vendredi 11 février 2022 sur TourMaG.com :

Pour obtenir les 10 ans de remboursement promis par Bruxelles, les PME vont devoir passer par la médiation du crédit ou alors le conseiller départemental de sortie de crise. Quelle est la procédure ? Comment être éligible ? Nous avons demandé à Béatrice Raoult-Texier, médiatrice nationale déléguée auprès de la Banque de France.

Romain Pommier Publié par Romain Pommier Journaliste - TourMaG.com
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