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Travelsoft : Orchestra fragilisé par l'IA et la crise du private equity ?

Le nouvel LBO de Travelsoft n'est pas allé à son terme


Travelsoft, la maison mère d'Orchestra, devait finaliser son nouvel LBO, un rachat via une holding. Sauf que les deux fonds d'investissement encore en lice ont finalement jeté l'éponge, arguant que le contexte géopolitique n'était pas propice. Derrière cette excuse ne se cacherait-t-il pas le spectre de la SaaSpocalypse ou d'une crise du private equity ?


Rédigé par le Vendredi 20 Mars 2026 à 06:51

Le nouvel LBO de Travelsoft n'est pas allé à son terme, les fonds d'investissement expliquant cela par la crainte de l'IA - Depositphotos @Foto_vika
Le nouvel LBO de Travelsoft n'est pas allé à son terme, les fonds d'investissement expliquant cela par la crainte de l'IA - Depositphotos @Foto_vika
Les chiffres sont dantesques et pourtant, le leader européen des solutions technologiques dans l'univers du voyage affiche lui aussi quelques limites, putôt conjoncturelles.

En octobre 2025, Travelsoft, la maison mère d'Orchestra, fêtait ses 25 ans en grande pompe.

Un évènement qui permettait de communiquer sur les 45 milliards d’euros de réservations qui transitent via les plateformes du groupe, mais aussi d'afficher de hautes ambitions, comme celle de devenir un géant mondial de la tech.

Et pour cela, le mastodonte français pensait pouvoir s'appuyer sur ce nouvel LBO.

Pour ceux qui ne sont pas des as de la finance, un LBO est une opération financière qui permet d'acquérir une entreprise par de la dette, donc un emprunt, tout en se remboursant ensuite sur les résultats de la société acquise.

Fin 2025, deux acteurs étaient très engagés pour remplacer Capza, qui avait acquis une participation minoritaire dans l'éditeur de logiciel en 2022.

Le deal devait se finaliser en début d'année. Finalement, il n'aura pas lieu.

LBO Travelsoft : ICG (Intermediate Capital Group) et TowerBrook jettent l'éponge !

D'après L'Informé, les fonds d'investissement ICG (Intermediate Capital Group) et TowerBrook avaient avancé sur le dossier. Ils étaient entrés en période d'exclusivité, permettant aux deux acteurs de finaliser le deal.

Sauf que surprise : les deux fonds n'ont finalement pas donné suite.

"La période d'exclusivité dont ils bénéficiaient a touché à son terme, et aucun accord n'a pu être signé en vue d'un deal", poursuit Xavier Delarme, le journaliste du média.

Deux explications ont été avancées pour justifier ce revirement.

Tout d'abord, la guerre en Iran a impacté le secteur du tourisme, qui traverse depuis le début du mois de mars des semaines relativement difficiles.

Entre le coût des milliers de rapatriements, estimé à plus de 6 millions d'euros par le patron du Seto, et la chute des réservations, l'industrie entre dans le dur.

Elle est, en parallèle, confrontée à la peur de prendre l'avion : une partie des voyageurs ne veut plus embarquer sur les compagnies du Golfe.

À cela s'ajoutent la crainte d'une flambée des billets d'avion et celle de fermetures de destinations... un combo qui génère un attentisme qui s'étire dans le temps.

Cette ambiance rend alors les entreprises du secteur un peu moins attrayantes aux yeux des potentiels acquéreurs.

Ce n'est pas tout : toujours selon L'Informé, les deux fonds mettent aussi en avant le rôle de l'IA.

Travelsoft victime de la SaaSpocalypse, orchestrée par l'IA ?

Cet abandon du processus financier serait "largement lié à leurs interrogations sur l'impact que pourraient représenter les progrès de l'intelligence artificielle sur le modèle des éditeurs de logiciels B-to-B", explique le journaliste.

Le développement des agents IA a entraîné une autonomisation des salariés et des entreprises.

Depuis maintenant trois ans, et surtout avec l'émergence d'acteurs comme Claude, certains redoutent la disparition pure et simple de pans entiers du développement logiciel, notamment en BtoC.

A lire : Pourquoi Orchestra est une menace pour les agents de voyages ?

Internet a permis l'essor du modèle SaaS, une suite d'outils basée sur le cloud, donc accessible via une page web, sans avoir à installer un logiciel lourd sur son ordinateur.

Plus fluide et moins énergivore que ses prédécesseurs, le SaaS semble aussi plus facilement remplaçable par des agents IA. Exemple avec Claude Code, qui permet de développer des outils complexes en une poignée d'heures, avec des ressources humaines très limitées.

De plus, ces mêmes agents IA peuvent se connecter à des outils, et les piloter.

Certains parlent même de SaaSpocalypse.

"Anthropic, la maison mère de Claude, est en train de garer ses chars d'assaut sur leur pelouse (celle des sociétés qui développent des logiciels). Vos modèles d'entreprise sont sérieusement menacés...

C'est un défi majeur de trouver des partenariats avec OpenAI ou Anthropic
", a expliqué dans un article de ZD Net, Chris Beauchamp, l'analyste en chef des marchés de IG, une société financière.

L'impact d'une possible crise du private equity ?

Une analyse qui rejoint la prédiction du PDG de Microsoft, qui affirmait que les applications business (pour les professionnels) pourraient s'effondrer, à cause de l'irruption de l'IA.

Toutefois, cette vision apocalyptique n'est pas partagée par tout le monde.

L'impact de cette révolution sur le chiffre d'affaires des sociétés éditrices de logiciels serait plus que modeste. De plus, tous les acteurs ne sont pas voués à disparaître : seraient surtout menacés ceux qui fournissent une simple interface utilisateur pour des tâches relativement standard, explique le site Candriam.

Selon lui, les solutions dédiées à la cybersécurité, la santé, les services financiers ou les administrations publiques ne seront pas nécessairement concernées par la SaaSpocalypse.

D'ailleurs, Travelsoft semble, pour le moment, plutôt épargné, par ce risque.

Certains se sont bien posé la question de développer un substitut à Orchestra, avant de se raviser. Le coût très important a arrêté toute velléité. Reste à savoir si l'IA pourra, demain, concevoir une solution technologique de bout en bout... Cela semble, en l'état, peu probable.

Rares sont les entreprises du secteur du voyage à intégrer des équipes dédiées à la data et à la technologie, capables de recenser tout l'éventail de produits des producteurs, puis de créer un canal de distribution entre cette offre et les distributeurs.

Pour finir, il existe une autre explication à l'abandon du LBO, qui n'est pas citée par nos confrères de L'Informé, à savoir la crise de liquidité qui touche actuellement le private equity.

Depuis quelques années, les distributions versées aux investisseurs baissent.

Les entreprises génèrent moins de valeur dans un contexte géopolitique peu propice à la croissance, entre les attaques permanentes de Trump sur le commerce mondial et l'instabilité internationale.

À cela s'ajoute aussi l'attrait de ces acteurs pour l'IA.

Surtout, la hausse des taux d'intérêt prive les fonds d'investissement de carburant pour investir, puisque leurs acquisitions se font à crédit, et elle les prive par la même occasion aussi d'entrées en Bourse, la poule aux œufs d'or de ce type de structure, selon Le Journal du Net.

La conjoncture pourrait bien affecter le monde du tourisme et sa concentration qui s'était accélérée depuis la fin du covid.


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