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Défaillances : faut-il s'attendre à un trou d'air ? [ABO]

L'édito de Céline Eymery


Malgré des comptes record et une APST solide, la crise actuelle qui impacte les carnets de commande, pourrait venir affaiblir les entreprises les plus fragiles. Faut-il s'attendre à un trou d'air à la sortie de l'été ?


Rédigé par le Mardi 26 Mai 2026 à 07:38

Défaillance : faut-il s'attendre à un trou d'air ? Depositphotos.com
Défaillance : faut-il s'attendre à un trou d'air ? Depositphotos.com
L’APST affiche aujourd’hui des comptes solides.

Fonds propres record, trésorerie renforcée, sinistralité maîtrisée : près de sept ans après le choc Thomas Cook, le garant financier du tourisme semble avoir retrouvé des couleurs.

Des indicateurs rassurants, renforcés par le dynamisme des créations d’entreprises et l’arrivée de 306 nouveaux adhérents en 2025.

Pour autant, le risque zéro n’existe pas dans le tourisme. Malgré une gestion plus rigoureuse et des outils de contrôle renforcés, l’APST a dû faire face à 27 défaillances l’an dernier, dont celle de Jacqueson Tourisme, qui a nécessité la prise en charge de près de 500 dossiers, représentant plus de 2 000 clients.

2026 ne fait pas exception, avec la défaillance de Dogan Voyages, considérée comme l’un des dossiers importants de l’année. Malgré les bons résultats financiers du garant, le secteur reste exposé.

Au-delà de cette défaillance, l’inquiétude est bien présente.

« Si 2025 a été une année encore très positive, la prudence reste de mise pour 2026. Les perspectives du tourisme international s’orientent à la baisse, sous l’effet d’une conjoncture internationale incertaine qui impacte fortement notre secteur », rappelle Mumtaz Teker, président de l’APST.

En effet, les frappes américaines et israéliennes contre l’Iran ont replongé le tourisme mondial dans une nouvelle phase d’incertitude.

Après avoir dû gérer en urgence le rapatriement des voyageurs - avec des coûts significatifs pour les professionnels - le secteur fait désormais face à une forme de frilosité des consommateurs.

Les réservations ralentissent : à l'instar de Selectour, dont les ventes tourisme affichent un recul de 24% sur les mois de mars, avril et mai...

« Chaque mois, ça baisse un peu plus. Ce n’est pas une crise économique, mais une crise psychologique », observe Laurent Abitbol, président du directoire de Selectour, qui invite ses adhérents à « faire le dos rond » dans l’attente d’une éventuelle reprise.


Entre inflation persistante, tensions géopolitiques, hausse des carburants et climat anxiogène, beaucoup repoussent leurs décisions de départ.

Et c’est probablement là que réside la principale inquiétude pour les prochains mois.

Si l’été est encore loin d’être joué, les ventes de dernière minute pourraient venir limiter une partie de la casse… à moins que les Français ne privilégient finalement des vacances de proximité, ou des arbitrages budgétaires défavorables aux agences de voyages.

Car si tous les observateurs s’accordent à dire que la crise n’effacera pas le désir de voyager, les consommateurs pourraient temporairement adopter un comportement plus attentiste, préférant sécuriser leur budget dans un contexte international anxiogène.

Le pied sur le frein, relâcheront-ils la pression à l'approche des beaux jours ?

Reste désormais à savoir si les réservations de dernière minute suffiront à sauver une saison estivale qui apparaît encore très incertaine.

Car la principale inquiétude se porte surtout sur la rentrée.

Dans le tourisme, beaucoup d’opérateurs encaissent les ventes aujourd’hui… mais règlent leurs fournisseurs après le départ des clients. Lorsque les réservations ralentissent brutalement, la mécanique peut rapidement gripper le système et fragiliser certains acteurs.

Les charges sociales, les loyers, les remboursements bancaires ou encore les règlements fournisseurs, eux, continuent de tomber chaque mois, indépendamment du niveau des réservations.

Thierry Millon Directeur des études Altarès n'appelait-il pas à rester particulièrement attentif dans les prochains mois ? Il estime que « le secteur est clairement en difficulté », malgré une activité qui reste encore relativement résiliente comparée à d’autres secteurs de services.

Le risque est donc de voir apparaître des entreprises sous tension financière, confrontées à des échéances importantes avec des trésoreries affaiblies...

Les annonces autour du conflit iranien évoluent désormais en permanence, entre menaces d’escalade, cessez-le-feu temporaires, tensions sur le détroit d’Ormuz et déclarations contradictoires des différentes parties.

Une situation “en dent de scie” qui entretient l’incertitude et empêche les voyageurs de se projeter sereinement. Or, sans confiance, pas de visibilité... c’est justement de cela dont le secteur a aujourd’hui le plus besoin.

Céline Eymery Publié par Céline Eymery Rédactrice en Chef - TourMaG.com
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