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Défaillance d'entreprises : le voyage sous pression malgré une activité encore résistante (Infographie) [ABO]

Baromètre Altarès sur les défaillances d'entreprises


Avec près de 19 000 procédures collectives au premier trimestre et plus de 71 000 défaillances sur 12 mois, le baromètre Altarès confirme une nette dégradation du tissu économique français au premier trimestre 2026. Le secteur du tourisme et du voyage se maintient avec un recul des défaillances sur la période. Retrouvez l'analyse de Thierry Millon, Directeur des études Altarès ainsi que notre infographie dédiée au secteur du voyage et des transports.
Retrouvez notre infographie Voyages & Transports.
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Rédigé par le Mardi 14 Avril 2026 à 07:28

TourMaG - Altarès vient de dévoiler son baromètre des défaillances pour le premier trimestre 2026. Les chiffres globaux ne sont pas bons...

Thierry Millon : Globalement, la situation reste en effet difficile. L’année a mal commencé - pour ne pas dire très mal - avec un mois de janvier décevant. Février n’a montré qu’une légère amélioration, et mars n’a pas permis de renverser la tendance.

Le trimestre est lourd, voire très lourd, atteignant un niveau inédit, non seulement pour un premier trimestre mais aussi par rapport aux trimestres précédents. Nous enregistrons un nouveau record, avec un total de 18 986 procédures collectives ouvertes depuis le début d’année. Quant à la sinistralité, elle atteint un niveau record portant le nombre de défauts à 71 100 sur 12 mois glissants.

Ces chiffres, déjà marquants en eux-mêmes, le sont d’autant plus que nous avions nourri quelques espoirs en fin d’année quant à une amélioration en 2026, notamment dans les secteurs liés au consommateur.

Or, cela ne s’est pas vérifié. Depuis le début de l’année, les progrès observés en fin d’année ont été perdus, ce qui est évidemment décevant.

Le conflit iranien a très fortement bouleversé la situation. J’espérais qu’en 2026, nous serions en mesure de faire sensiblement baisser le nombre de faillites pour revenir autour des 68 000. À ce stade, cela semble mal engagé.

A lire aussi : Défaillances d’entreprises 2025 : le secteur du voyage fait-il mieux que le reste de l'économie ? (Infographie)

TourMaG - Comment expliquer cette situation ?

Thierry Millon :
On peut évoquer ce que l’on veut à propos des Chinois, mais le consommateur ne consomme pas alors même que l’épargne augmente. Cela s’explique de deux façons. D’une part, ceux qui disposent de moyens ne sont pas suffisamment en confiance pour dépenser, notamment pour investir, en particulier dans l’immobilier. D’autre part, ceux qui ont peu ou pas assez de ressources arbitrent encore plus défavorablement leurs dépenses non essentielles.

Cette situation n’est pas près de s’inverser avec la hausse continue des prix de l’énergie.

Dans ce contexte, les secteurs les plus touchés sont notamment ceux considérés comme non essentiels, comme on les qualifiait pendant la période du Covid. Ce sont aussi des secteurs où les prix ont fortement augmenté en raison de la hausse du coût des matières premières.

Cela concerne d’abord l’alimentaire, mais d’autres activités continuent également de souffrir, y compris en dehors de ce secteur, dans le commerce de détail comme dans les services destinés aux consommateurs. Parmi eux, les coiffeurs figurent en première ligne.

Dans les services, certains secteurs, notamment la propreté et les activités administratives, restent en grande difficulté, avec une offre trop abondante et des marges insuffisantes, malgré un besoin qui avait augmenté pendant la période du Covid mais qui s’est depuis essoufflé.

Plus largement, les services techniques, le conseil, les médias, la publicité ou encore l’intérim sont pénalisés par la faiblesse de l’activité économique.

TourMaG - Qu'en est-il du secteur du tourisme ?

Thiery Millon :
Dans les services il y a ceux liés à la mobilité, aux transports et au tourisme. La situation y est pour l’instant très hétérogène, même si l’on peut se demander si tout cela ne risque pas d’évoluer dans le même sens défavorable dans les semaines à venir.

Du côté du transport de voyageurs, les difficultés persistent, en particulier pour les taxis, où les indicateurs continuent de se dégrader, sans perspective d’amélioration, en raison à la fois des coûts d’exploitation et de la concurrence des plateformes numériques comme Uber.

Les transports par autocar se maintiennent, portés par un nombre limité d’acteurs de grande taille. Concernant les voyages, la situation reste globalement stable, voire plutôt satisfaisante sur le premier trimestre. Toutefois, les agences de voyage enregistrent un recul net des défaillances, avec des résultats inférieurs à ceux de 2025 et même de 2024.

TourMaG - Pensez-vous que cela pourrait durer compte tenu du contexte international ?

Thiery Millon :
Il est légitime de s’interroger pour de nombreuses raisons, elles sont même trop nombreuses, tandis que ce qui manque surtout, ce sont des motifs d’espoir. Les acteurs sont aujourd’hui mieux préparés pour identifier, suivre et accompagner leurs clients, et ils sont largement digitalisés depuis longtemps, ce qui leur permet de trouver facilement des produits. Mais désormais, la difficulté réside dans le fait que ce sont les clients qu’il faut aller chercher, ce qui est plus complexe.

Les clients tournés vers l’international sont actuellement dans une forte incertitude, certains ayant déjà renoncé, qu’il s’agisse des particuliers ou des entreprises. Beaucoup d’entreprises ont réduit leurs budgets, notamment pour les voyages d’affaires. Le contexte géopolitique constitue un frein majeur, avec des répercussions sur le tourisme, y compris sur les flux entrants. La crise iranienne entraîne par exemple une hausse des prix du pétrole et des carburants, ce qui influence directement les décisions de déplacement, notamment pour les voyages en voiture.

Le tourisme est donc globalement sous tension, même si la France reste une destination attractive, tout en étant fortement concurrencée.

Les offres les plus sécurisées concernent aujourd’hui des destinations proches, principalement en France ou en Europe, ce qui concentre de nombreux acteurs sur les mêmes segments et clientèles, accentuant la concurrence.

Il faut donc rester attentif à l’évolution de la situation, car le secteur est clairement en difficulté.

En dépit de ce contexte très difficile, il y a un autre sujet qui n'a rien à voir avec la guerre et qui arrive pour les entreprises : c'est la généralisation de la facturation électronique.

Cette réforme concerne toutes les entreprises, y compris les plus petites, et si elles ne s’y préparent pas à temps, elles risquent de se retrouver bloquées dans leurs relations avec leurs fournisseurs, dans un contexte économique déjà tendu qui complique les investissements nécessaires.

TourMaG - Y a t-il des raisons d'être optimistes malgré tout ?

Thierry Millon :
La situation peut évidemment évoluer. Le président américain réserve certaines surprises. Si une détente du conflit dans la région se concrétise, cela ne permettra pas aux pays concernés de retrouver immédiatement le tourisme perdu, mais pour les clients français et européens, une fin du conflit pourrait entraîner une baisse des prix du carburant, ce qui allégerait les coûts, notamment dans le transport aérien.

Cette situation pèse globalement sur l’ensemble des activités, même si le tourisme et les voyages restent des postes sur lesquels les dépenses sont moins rognées que d'autres.

Ce qu'il faut retenir du bilan global du baromètre Altarès

- Les PME de 20 à 99 salariés sont sous tension (+12 %) ;
- 75 000 emplois menacés, du jamais vu depuis la crise de 2009 ;
- Les jeunes entreprises installées depuis moins de 3 ans sont davantage touchées par la sinistralité ;
- Le commerce de détail (habillement, multi-rayons) et les activités de propreté sont à la peine.
- Forte hausse des défauts en Nouvelle-Aquitaine, Bourgogne-Franche-Comté et Centre-Val de Loire.
Mais …
- La construction résiste, portée par le gros oeuvre ;
- Les TPE de 3 à 9 salariés aUichent une meilleure résilience ;
- Une dynamique plus favorable encore pour les PME de 10 à 19 salariés ;
- La restauration pourrait laisser entrevoir une accalmie ;
- Les régions Normandie, Pays de la Loire et Corse favorablement orientées.

Céline Eymery Publié par Céline Eymery Rédactrice en Chef - TourMaG.com
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Tags : altares
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