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Défaillances d’entreprises 2025 : le secteur du voyage fait-il mieux que le reste de l'économie ? (Infographie) [ABO]

L'interview exclusive pour les abonnés Premium de Thierry Millon, directeur des études Altares


Alors que la France franchit le seuil historique des 70 000 défaillances d’entreprises en 2025, le secteur du tourisme affiche une certaine stabilité. Thierry Millon, directeur des études chez Altares, décrypte pour TourMaG les paradoxes de ce marché et livre ses perspectives pour 2026.


Rédigé par le Mardi 20 Janvier 2026

Défaillances d’entreprises 2025 : le secteur du voyage fait-il mieux que le reste de l'économie ? (Infographie) - Photo générée par IA (Gemini)
Défaillances d’entreprises 2025 : le secteur du voyage fait-il mieux que le reste de l'économie ? (Infographie) - Photo générée par IA (Gemini)
TourMaG - Altares vient de dévoiler les chiffres des défaillances d’entreprises en France pour 2025. L’année se conclut sur des seuils de défaillances encore records avec près de 70 000 entreprises en sauvegarde, redressement et liquidation judiciaire. Dans ce contexte comment se situe le secteur des agences de voyages et voyagistes ?

Thierry Millon : En effet nous sommes à près de 70 000 défaillances en 2025. Ce chiffre si nous l'avions évoqué en 2018 ou 2019, je vous aurais dit, que c'est juste surréaliste. Ces chiffres sont tellement énormes et pourtant aujourd'hui nous y sommes.

Dans ce contexte, le secteur du voyage affiche des chiffres assez stables : en 2025 on dénombre 104 défaillances contre 120 l'an dernier (voire infographie ci-dessous). Une grosse vingtaine de défaillances est enregistré chaque trimestre sur ce secteur. Nous sommes une terre de tourisme, et les gérants ont ce savoir-faire là.


A voir : l'infographie sur les défaillances d'entreprises dans le secteur du voyage et du transport

Il apparaît également que les clients de ces structures ne semblent pas disposés à restreindre leurs dépenses de loisirs. Peut-être éprouve-t-on ce besoin permanent de s'évader. En effet, lorsque nous sommes au travail, nous nous y consacrons pleinement - parfois trop - et il devient alors nécessaire de savoir souffler.

Le constat global sur la période la plus récente, celle de Noël, montre que malgré des conditions inégales selon les stations, les Français s'y sont rendus. En définitive, les acteurs de l'économie ont plutôt été rassurés.

C'est comme si on voulait s'exonérer et se défaire des difficultés qu'on nous rabâche à longueur de temps - à commencer par l'actualité de ce début d'année. L'idée est de dire : "Non, je ne vais pas faire l'impasse sur ce temps de famille, et de loisir". C'est un phénomène que l'on observe depuis longtemps, et qui était déjà présent même durant la phase Covid.


TourMaG - Le secteur du voyage paraît une nouvelle fois résilient ?

Thierry Millon :
Ce secteur a compris depuis longtemps, bien avant beaucoup d'autres, à quel point il était indispensable de s'orienter vers la digitalisation des affaires. Si des domaines comme le retail ou l'habillement sont aujourd'hui encore sous tension, c'est précisément parce que l'équipement numérique et la digitalisation ne sont pas encore au rendez-vous.

Il faut ensuite disposer de l'offre adéquate, et l'enjeu de cette offre est de ne pas trahir le client, car, dans ce cas précis, vous ne le récupérez jamais. Ne pas le trahir signifie avoir la capacité de proposer une offre de service tout en sachant entendre l'évolution du marché, notamment pour les familles ou les jeunes qui recherchent désormais des offres de voyage ciblées, à thème ou confortables - peu importe leurs attentes spécifiques. Je pense que le secteur des voyages possède cette discipline-là.


A lire aussi : Défaillances d'entreprises : le voyage surnage dans un climat inquiétant !

Voyage : plus de 80% des entreprises défaillantes ont moins de 3 salariés

TourMaG - Y a t-il un profil particulier qui ressort des entreprises du voyage défaillantes ?

Thierry Millon :
Ce sont plutôt des petites entreprises. Plus de 80% ont moins de 3 salariés, et la majorité moins de 20.

Quant à leur ancienneté, on note que 20% des entreprises du secteur qui sont tombées ont moins de 5 ans et 20% ont aussi plus de 20 ans.

Cela ne doit pas traduire l'idée que parce que l'entreprise a plus de 20 ans, elle serait moins agile ou moins capable d'innover. C'est simplement que, d'une façon générale, avec plus de 20 ans d'existence, la structure a davantage d'effectifs, de dettes... Souvent, dans tous les métiers, les entreprises installées et connues, avec des clients fidèles, se considèrent peut-être comme moins vulnérables. Or, il suffit de pas grand-chose pour enrayer la machine. Ce "pas grand-chose", cela peut être des clients qui payent mal, un procès qui s'éternise ou des conflits commerciaux qui ne se règlent pas.

Enfin pour résumer, on constate également que la moitié des défauts concerne des entreprises de plus de 10 ans et l'autre moitié des structures de moins de 10 ans.

Les entreprises du voyage se présentent devant le tribunal trop tardivement

TourMaG - Sauvegardes, redressements et liquidations judiciaires... les entreprises du voyages ont elles la capacité à se redresser lorsqu'elles se présentent devant le tribunal de commerce ?

Thierry Millon :
À l'ouverture de la procédure collective, on remarque que le secteur du voyage présente un point de faiblesse supérieur à celui observé dans l'ensemble de l'activité. Même s'il faut se méfier des moyennes, 80 % des entreprises de voyage passées devant le tribunal de commerce ont été immédiatement liquidées, contre deux tiers (66-67 %) dans le reste de l'économie.

Cela signifie que, dans votre métier, les entreprises se présentent devant le tribunal trop tardivement, avec un passif trop lourd pour permettre une période d'observation ou un temps de rebond.


A lire aussi : Altares : hausse des défaillances chez les voyagistes en 2024

TourMaG - Le contexte international et géopolitique évolue très vite actuellement. Pourrait-il impacter les entreprises de voyages ?

Thierry Millon :
Je pense qu’il reste possible, malgré tout, de développer des affaires à l'international. Chez Altares, notre métier consiste à fournir des informations sur les entreprises pour sécuriser ou développer leurs échanges. Durant les années post-Covid, l'attention était portée sur la sécurisation et le pilotage : s'assurer que les clients et fournisseurs allaient tenir. Or, depuis quelques mois, on observe une évolution : les demandes sont davantage tournées vers la croissance et le développement des affaires.

Pourtant, avec 70 000 faillites, on pourrait penser qu’il faut rester focalisé sur la sécurisation du poste client. Mais cela ne suffit plus car la croissance est "molle" : environ 1 % en France et une Europe coincée entre des croissances américaine et chinoise quatre à cinq fois plus rapides. Pour tenir, il devient indispensable de sortir des frontières.

Il s'agit alors de sécuriser l’offre proposée. C’est une sorte de "tectonique des plaques" : certaines zones deviennent inaccessibles pour des raisons de sécurité, tandis que d’autres destinations, parfois délaissées car jugées trop coûteuses, sont à redécouvrir. Il y a encore de réelles opportunités à l'international car il y a une clientèle variée qui souhaite continuer de parcourir le monde. Les destinations vont simplement changer.

TourMaG - Dans le baromètre Altarès, un secteur souffre particulièrement c'est celui de la restauration.

Thierry Millon :
Parmi les activités qui souffrent terriblement depuis longtemps au sein du tourisme, la restauration est en première ligne. Si l'hébergement* a fait des efforts, la restauration doit encore progresser. Il est nécessaire de proposer une offre globale et de ne plus se contenter de notre statut de première destination mondiale. Nous nous sommes trop longtemps retranchés derrière nos habitudes ; il est temps de faire bouger les lignes.

C'est un constat valable pour tous les métiers. Prenez l'exemple de la viticulture, qui est aussi liée au tourisme : elle souffre énormément, notamment en Gironde. On y trouve des produits de qualité sur des zones géographiques fortes, mais certains acteurs se sont peut-être contentés de leurs acquis pendant trop longtemps. Ils n'ont pas suffisamment anticipé la stratégie nécessaire pour répondre à la clientèle de demain. La clientèle d'aujourd'hui n'est plus la même, et cela représente un défi majeur, notamment pour les restaurateurs face à l'évolution de leurs charges.

La restauration est aujourd'hui doublement en panne : elle souffre d'une pénurie de ressources humaines et de salariés, tout en étant confrontée à une désertion des clients, notamment en raison de l'explosion des prix.


*L’hébergement (+5 %) tient en hôtellerie (-19 %) mais souGre en hébergement touristique de courte durée
(+36 %).

Pour 2026, on peut espérer un recul des défaillances de 4 à 5 %

TourMaG - Comment anticipez-vous 2026 ?

Thierry Millon :
Concernant les chiffres, les défauts de paiement suivent le rythme prévu : la situation est globalement stable, sans baisse pour l'instant. Nous anticipons une trajectoire descendante pour la seconde moitié de l'année, une fois passées certaines échéances encore complexes. Pour 2026, on peut espérer un recul des défaillances de 4 à 5 %. Un recul de 5 % serait un beau challenge, mais restons prudents en tablant plutôt sur -4 %.

Même avec cette baisse, nous resterons à des niveaux très élevés, bien au-dessus des périodes de fortes crises passées. Si l'on exclut la parenthèse artificielle du Covid, notre dernier point de référence en matière de défauts massifs était la crise des dettes souveraines (2012-2015).

À cette époque, la panne de consommation et la méfiance entre prêteurs européens avaient entraîné la chute de nombreux petits acteurs, pour atteindre un pic de 63 000 faillites. Malheureusement, en 2026, nous serons encore au-dessus de ce seuil des 63 000. La tendance s'améliore, mais nous restons très loin des niveaux exceptionnellement bas observés durant la crise sanitaire.

SOURCE : ALTARES

DÉFAILLANCES D'ENTREPRISES

Secteurs Tourisme & Transport | 2017-2025
SECTEUR VOYAGE 2025
104
↓ -13.3%
vs 2024
TRANSPORT VOYAGEURS 2025
930
↑ +28.1%
vs 2024
TOTAL 2025
1,034
↑ +12.5%
vs 2024

ÉVOLUTION 2017-2025

ÉVOLUTION TRIMESTRIELLE SECTEUR VOYAGE (T1 2024 - T4 2025)

ÉVOLUTIONS 2024→2025

RÉPARTITION 2025

ANALYSE PAR SECTEUR

🏖️ SECTEUR VOYAGE
Agences de voyage 59 (-10.6%)
Voyagistes 16 (-23.8%)
Services réservation 29 (-12.1%)
🚖 TRANSPORT VOYAGEURS
Taxis 862 (+33.0%)
Transports routiers 26 (+30.0%)
Autres transports 37 (-27.5%)

📊 POINTS CLÉS

⚠️ FORTE HAUSSE

Les taxis représentent 83% des défaillances transport en 2025 avec +33% vs 2024

✓ AMÉLIORATION

Le secteur voyage s'améliore avec -13.3% en 2025, notamment les voyagistes (-23.8%)

📈 NIVEAU RECORD

Après la crise COVID, les défaillances totales atteignent 1,034 en 2025, leur plus haut niveau

⚡ VOLATILITÉ

Les transports routiers montrent une forte volatilité : +30% en 2025 après plusieurs baisses

📊 Source : DATA ALTARES
Défaillances = Ouvertures de sauvegardes + Redressements judiciaires + Liquidations judiciaires directes

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