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FUTUROSCOPIE - Un monde et un tourisme sans contact : réalité éphémère ou durable ?

Décryptage de Josette Sicsic, Futuroscopie



Il n’aura échappé à personne que le monde dans lequel nous sommes forcés de vivre depuis une longue année est un monde dans lequel tout contact physique, qu’il soit corporel ou manuel, a été sommé de rendre les armes. Télétravail, port du masque, gestes barrières, confinement à répétition ont largement contribué à nous isoler les uns des autres, histoire de nous préserver de cet odieux virus qui a bouleversé nos vies. Mais, ce monde va-t-il survivre ou se révéler seulement passager ? La question est d’autant plus prégnante que le « sans contact » n’en est qu’à ses balbutiements et qu’il ne nous fait pas toujours du bien. Au contraire.


Rédigé par Josette Sicsic (Futuroscopie) le Jeudi 11 Mars 2021

Les communications virtuelles ont certes aidé beaucoup d’entre nous à se relier, mais à travers des écrans aux images sautillantes, et aux sons souvent de mauvaise qualité, ces contacts ont-ils été satisfaisants ? Oui, car ils nous ont permis de communiquer. Non, parce qu’une fois l’échange terminé, chacun se retrouve « abandonné » à une solitude non choisie - Depositphotos.com AndreyPopov
Les communications virtuelles ont certes aidé beaucoup d’entre nous à se relier, mais à travers des écrans aux images sautillantes, et aux sons souvent de mauvaise qualité, ces contacts ont-ils été satisfaisants ? Oui, car ils nous ont permis de communiquer. Non, parce qu’une fois l’échange terminé, chacun se retrouve « abandonné » à une solitude non choisie - Depositphotos.com AndreyPopov
Créé en 2018, au Royaume Uni, le mouvement des « Friendly benches » n’est pas qu’une mode. Entreprise sociale à part entière, il a pour vocation de rapprocher ceux qui sont seuls autour d’un mobilier urbain mais aussi autour de loisirs artisanaux comme le jardinage et autres activités sociales. Dans une société qui a pris l’habitude de défaire l’existant pour ensuite le refaire, cette initiative n’a rien d’anodin.

Elle confirme ce que l’on savait : à savoir que nous, vous et moi, jeunes et vieux, ne pouvons vivre sans le regard et le contact avec les autres. C’est ce que l’on appelle la convivialité, la sociabilité, le vivre ensemble, ou tout simplement le lien. Or, le lien ces derniers mois, a été suffisamment malmené pour que psychologues et sociologues en étudient le délitement et ses conséquences sur la société.

Ainsi, l’Observateur de Cetelem lui a consacré sa dernière étude qui révèle que, pour près de la moitié des Européens (46%), la « vie sans contact » est symbolisée avant tout par le Covid-19.



Mieux, toujours selon l’enquête de Cetelem sur le sujet : 8 Européens sur 10 ont le sentiment que les pratiques sans contact font désormais partie de leur quotidien. Mais, et c’est là que se situe le nœud du problème : ils ne sont que 45% à apprécier ce nouveau mode de vie. Les Français surtout figurent parmi ceux qui portent le regard le plus sévère sur cette nouveauté technologique et comportementale imposée par la pandémie ou tout au moins aggravée par celle-ci.

Ils sont 81% à faire preuve d’exaspération, suivis de près par les Espagnols et les Belges (80%) ainsi que les Italiens (79%). En revanche, Allemands et Britanniques sont moins nombreux dans ce cas. Tandis que 44% des Européens considèrent pour leur part que cela ne fonctionne pas si mal.

« Les uns contre les autres »

La vie sans contact n’a donc pas vraiment bonne presse dans nos pays latins. Est-ce une surprise ? Certainement pas. Le nourrisson se laisse dépérir quand seuls des soins fonctionnels lui sont délivrés, rappellent les auteures d’un excellent ouvrage : « Le petit guide de survie psychologique en temps de confinement ».

Toutes deux psychologues, elles confirment le terrible manque de liens de certaines personnes durant le confinement qui, isolées, privées de chaleur humaine, « se sont retrouvées comme des astronautes qui flottent dans l’espace infini ». Et cela, alors que, poursuivent-elles, « le lien nous offre un territoire pour évoluer, apprendre, se développer de façon harmonieuse et cohérente ».

Loin d’être totalement originale, cette réflexion en appelle d’autres : celles émises par Boris Cyrulnik par exemple qui, dans son dernier ouvrage : « Des âmes et des saisons » tire la sonnette d’alarme. Sans compter que les religions et philosophies asiatiques sont elles aussi totalement attachées à l’interdépendance entre les êtres. Le confucianisme pour sa part, ne prône t-il par la nécessité de tisser des liens harmonieux, parents avec enfants, enfants avec maîtres, vieux avec jeunes etc. ?

Mais, à l’inverse, il se trouve que le confinement a été aussi l’occasion pour des familles de vivre ensemble et pour les plus privilégiés de mettre à profit ces moments de retrouvailles. C’est vrai.

L’avenir radieux du sans contact

L’avenir que nous réservent nos technologies et l’usage abusif que l’on en fait, n’est donc pas porteur de bonnes nouvelles. Tandis que certains font effectivement des « bancs », créent des espaces collaboratifs, des lieux de co-working, ouvrent encore cafés et restaurants, organisent bals publics et fêtes pour des lendemains improbables, il se trouve que 8 Européens sur 10 anticipent une société à 10 ans qui fera de plus en plus de place au sans contact. A commencer par le paiement qui, c’est clair, ne va pas disparaître mais au contraire, s’affirmer et continuer de se développer, préfigurant un monde où les échanges d’espèces auront tendance à disparaître au profit de paiements à distance, en ligne, sur téléphones portables et sur réseaux sociaux. Est-ce bien nuisible à la convivialité ? Pas vraiment. Quoique. Parler à la boulangère en attendant sa monnaie est pour certains le seul lien de la journée.

Le télétravail pour sa part, a très vite trouvé sa place. Ne faisant pas que des heureux parmi les travailleurs, il a tout de même eu les faveurs des employeurs prêts à réduire les surfaces de bureaux de leurs sièges afin de faire quelques économies. Est-il pour autant une atteinte à la convivialité ? Oui. Dans un monde du travail où la rivalité, le stress, parfois le harcèlement sont monnaie courante, le télétravail contribue au « chacun pour soi », renforce l’individualisme et dégrade la cohésion nécessaire à la qualité du travail en entreprise. Disparue la machine à café ? Par quoi va-t-elle être remplacée ?

Quant aux communications virtuelles que nous avons tous expérimentées, elles ont certes aidé beaucoup d’entre nous à se relier, mais à travers des écrans aux images sautillantes, et aux sons souvent de mauvaise qualité, ces contacts ont-ils été satisfaisants ? Oui, car ils nous ont permis de communiquer. Non, parce qu’une fois l’échange terminé, chacun se retrouve « abandonné » à une solitude non choisie. Même constat pour les réunions professionnelles d’ailleurs qui, une fois achevées, ne permettent pas de tisser ou renforcer des liens entre participants.

Enfin, la suppression du contact physique entre amis, parents, enfants, augmenté par la disparition de la bouche, de ses sourires et autres émotions derrière des masques laids et uniformes, est totalement contraire aux liens de confiance censés régir nos relations. En revanche, la méfiance prend insensiblement le dessus.

Le terme de « solitude » est le premier enfin à être cité par l’ensemble des interviewés des pays européens où se déroulait l’étude de Cetelem (excepté la Hongrie). Le constat est donc affligeant.

Enfin, si 58% des Européens mobilisent des termes positifs comme la praticité (20%) et la facilité (17%) du sans contact, 80% se résignent. Mais, le niveau d’acceptabilité varie en fonction de l’âge et du niveau de revenus : les jeunes et les foyers aux revenus supérieurs l’acceptent plus facilement tandis qu’à l’opposé des seniors et des foyers aux revenus modestes n’en sont pas satisfaits.

Les Français font aussi partie du pool de pays — avec la Belgique, la Pologne, la Slovaquie et la Bulgarie — les plus sceptiques par rapport à ces outils et modes de vie.

Quel rôle pour le secteur touristique ?

Plus que jamais, on peut donc supposer que la tache principale du secteur touristique sera de réparer les liens distendus, de remédier à la solitude des plus fragiles, de se montrer bienveillants et attentifs à tous les laissés pour compte, les victimes de ce « sans contact » non voulu, ni convoqué au programme de cette quatrième modernité dominée pourtant par un regain d’empathie pour le vivant, dans toute sa diversité. Décidément, outre les virus, le monde de demain aura beaucoup de réparations à assurer et de contacts à renouer.

*Lire : le petit guide de survie psychologique en temps de crise sanitaire. Ariane Calvo et Isabelle Benassouli. Editions First.





Josette Sicsic. FUTUROSCOPIE

Directrice de Futuroscopie (anciennement Touriscopie) que vous retrouvez régulièrement sur le portail de TourMaG.com.
Journaliste consultante, conférencière. Spécialiste des comportements touristiques et de la prospective tourisme.

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