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Futuroscopie - Les Mooc de recrutement peuvent-ils sauver l'été ? 🔑

Décryptage de Josette Sicsic, Futuroscopie



Même en étant peu attentif à l’actualité, il est une petite musique que tout le monde aura entendue : celle concernant les prévisions touristiques estivales. Eh bien, oui, si tout se passe comme prévu, la France croulera sous des flux de touristes nationaux et internationaux pléthoriques tandis que, revers de la médaille, le personnel viendra à manquer dans les nombreuses branches de ce secteur tentaculaire mais flou qu’est le secteur touristique. A moins que des initiatives innovantes ne parviennent à sauver en dernière minute les petits et grands opérateurs d’ores et déjà désespérés par une situation inédite ? Pour aborder le sujet, nous avons interrogé Claude Bannwarth, cofondateur de Tourism Academy, une entreprise de formation pas comme les autres…


Rédigé par le Lundi 13 Juin 2022

Claude Bannwarth (Tourism Academy) : "La recherche de sens et la tendance à privilégier la qualité de vie sont devenues « mainstream ». Les employeurs devront tenir compte de ce changement d’aspirations qui, selon moi, ne fera que s’amplifier". - DR
Claude Bannwarth (Tourism Academy) : "La recherche de sens et la tendance à privilégier la qualité de vie sont devenues « mainstream ». Les employeurs devront tenir compte de ce changement d’aspirations qui, selon moi, ne fera que s’amplifier". - DR
Futuroscopie : La situation de l’emploi touristique post pandémique est-elle vraiment inédite ou structurelle ?

Claude Bannwarth :
Depuis de nombreuses années déjà, nous savons qu’il y a pénurie de main d’œuvre dans les nombreuses branches tourisme. On parlait de 100 000 postes non pourvus avant la crise, contre 400 000 aujourd’hui.

Mais nul ne sait réellement d’où vient ce chiffre, quasiment impossible à vérifier comme tout ce qui touche à l’emploi dans un secteur aussi vaste où l’on « range » aussi bien les transports que les agents de voyage, les équipes des hôtels, cafés restaurants ou le personnel de l’hôtellerie de plein air… Ainsi, dans une grande région touristique, les chiffres annoncés des emplois à pourvoir varient entre 9000 et 47000 selon les sources ! C’est dire !

Donc, ma réponse est doublement positive : oui, la situation est structurelle et oui elle est inédite. Structurelle, car l’emploi du secteur est largement saisonnier. Prenons les campings : sur 50 000 emplois, 40 000 sont saisonniers.

Par ailleurs, les emplois touristiques correspondent souvent à de faibles niveaux de qualification et donc de rémunération, et troisième raison, ils sont difficiles du point de vue des horaires, laissant peu de place au repos et à la vie privée.

J’ajouterai que les Français sont victimes du « mythe du laquais » (1). Nos compatriotes se sentent trop souvent dévalorisés dans les métiers de l’accueil qu’ils assimilent parfois à de la servitude. Alors que pour les Américains ou en Asie du Sud-Est, servir c’est faire un métier.

Le mieux du monde. Donc, sans rien de dégradant. Et un dernier point : comme pour toute activité saisonnière, tout le monde cherche à recruter au même moment. C’est-à-dire majoritairement maintenant pour cet été !


Futuroscopie : A ces constantes de l’emploi touristique, ajouterez-vous l’impact des deux années de semi-confinement lié au Covid ?

Claude Bannwarth :
Evidemment. Je suis en phase avec les analyses qui ont été faites. Oui, il y a dans notre pays comme ailleurs une « grande démission ».

Un nombre important de salariés ont quitté leurs emplois et se sont inventés une nouvelle vie, à la fois sur de nouveaux territoires et en pratiquant de nouveaux métiers, plus confortables, plus adaptés à leur vie familiale, moins fatigants, même s’ils ne sont pas forcément mieux payés.

Conjugué à l’évolution des attentes des nouvelles génération, c’est une transformation majeure dont on en sentira les effets pendant de nombreuses années. Il y a bien un monde de demain pour l’emploi touristique… et bien d’autres secteurs.

La recherche de sens et la tendance à privilégier la qualité de vie sont devenues « mainstream ». Les employeurs devront tenir compte de ce changement d’aspirations qui, selon moi, ne fera que s’amplifier.


Futuroscopie : puisque le digital learning est votre métier, pensez-vous pouvoir agir et avec quels leviers ?

Claude Bannwarth :
Je voudrais d’abord souligner que dans notre pays, nous n’avons pas la culture de la formation et cela pénalise d’autant plus les secteurs comme le tourisme qui compte beaucoup de très petites entreprises, souvent familiales, qui travaillent dur et n’ont guère de temps à lui consacrer.

A ce premier frein à l’innovation, s’ajoute la question des financements de la formation professionnelle. La loi de 2018 pour « la liberté de choisir son avenir professionnel » a rebattu les cartes.

Les entreprises de plus de 50 salariés n’ont plus accès aux dispositifs de droit commun de la formation professionnelle. Et, pour les entreprises de moins de 50 salariés, les budgets mobilisables sont en réduction, alors que, dans le secteur du tourisme, ils souvent accaparés par les très nombreuses formations obligatoires…

Pour compliquer la situation, la grande majorité des formations dispensées en France vers les salariés ou les demandeurs d’emploi sont des formations en présentiel ou en téléprésentiel (les fameux webinaires où il faut se connecter à heure fixe).

Ces dispositifs prennent beaucoup de temps et sont souvent incompatibles avec les contraintes d’exploitation des entreprises touristiques. Enfin, je vois un autre problème lié au contenu et à la durée de mise en place des dispositifs de formation existants, même quand ils sont de qualité.

Ils sont souvent longs et pas toujours adaptés aux besoins d’un employeur qui cherche avant tout de la rapidité et de l’opérationnalité pour répondre à ses besoins de recrutement à très court terme !

Futuroscopie : vous prêchez donc pour votre paroisse ou je me trompe !

Claude Bannwarth :
Oui, un peu. Depuis 2017, année de notre levée de fonds, nos dispositifs innovants de formation « 100% en ligne et en réseau » ont déjà permis de former en toute liberté plus de 15 000 salariés en activités et plus de 4 000 demandeurs d’emploi et jeunes en insertion se dédiant aux métiers du tourisme.

Nos dispositifs permettent aux apprenants de se connecter 7 jours sur 7 et 24h sur 24 s’ils le veulent. Notre plateforme de formation est ludique et très engageante.

Accompagnés par nos learing community manageuses, nos stagiaires atteignent des taux de réalisation des parcours dépassant régulièrement les 90%, à leur plus grande satisfaction et celle de leurs employeurs.


Futuroscopie : vos clients sont donc satisfaits ?

Claude Bannwarth :
En général oui. Reprenons l’exemple de la Fédération nationale des hébergements de plein air, on en est à la cinquième saison de collaboration.

Et nous avons travaillé pour toutes sortes d’enseignes de Disneyland Paris à Belambra, en passant par les principales chaînes volontaires de l’hôtellerie ou des entreprises du tourisme social…


Futuroscopie : Alors, en quoi ces dispositifs peuvent-ils aider à résoudre le problème conjoncturel de cet été : la pénurie de personnel ?

Claude Bannwarth :
Prenons l’exemple de Provence-Alpes-Côte d’Azur, où une subvention de la Région Sud nous permet de déployer actuellement le 1er MOOC de recrutement du tourisme.

L’opération a été lancée début mai, et nous avons déjà plus de 400 apprenants inscrits au MOOC grâce à une méthode originale de sourcing des bénéficiaires mise en œuvre avec l’appui de Pôle emploi, et complétée par une campagne sur les réseaux sociaux coordonnée avec la campagne de revalorisation des métiers du tourisme soutenue par la Région.

Dès la mi-juin, les lauréats du MOOC - formés en ligne en à peine un mois sur un panier de formations correspondant aux besoins actuels des employeurs - auront la possibilité de participer à des job datings avec des entreprises qui peinent à recruter. Ce MOOC permet de trouver des talents passant « sous les radars » des dispositifs traditionnels, de les qualifier en amont de leur prise de poste, et enfin de raccourcir considérablement les délais entre le repérage des candidats, leur formation et le retour à l’emploi.

Futuroscopie : donc, demain matin, n’importe quelle entreprise peut vous solliciter et vous trouverez de la main d’œuvre ?

Claude Bannwarth :
Oui, c’est cela. Le digital n’a pas d’effet magique. C’est simplement une solution innovante trop peu connue, qui, quand elle est financée, permet d’aller vite, et d’adapter concrètement la formation aux besoins des entreprises.

Alors que ce type de démarche, si elle était faite selon les processus habituels, prendrait des mois et ne permettrait pas d’être aussi précise et directement opérationnelle.


Futuroscopie : donc, tout va bien ?

Claude Bannwarth :
Non, pas forcément. Le cumul des freins naturels à l’innovation, de la complexité de l’organisation de la filière touristique et de la séparation des dispositifs de formation s’adressant aux demandeurs d’emploi (financés par les Régions) des dispositifs de formation des salariés en activité (gérés par les nombreuses Branches professionnelles du tourisme) empêchent trop souvent le « passage à l’échelle » pour nos dispositifs innovants…

Il faudrait donc ouvrir sérieusement ce chantier avec la profession et les Pouvoirs Publics pour devenir plus compétitifs…

C’est un défi intéressant à relever pour l’équipe qui prendra en charge le tourisme au Gouvernement, et qu’il faudra mener en liaison avec le Ministère du Travail et les partenaires du service public de l’emploi. Nous sommes déterminés à y prendre toute notre part !


(1) Le mythe du laquais : Julien Barnu & Amine Hamouche – Presse de l’Ecole des Mines – avril 2014

Créée en 2014 par trois professionnels du tourisme, Thierry Baudier, Marie Richard et Claude Bannwarth, Tourism Academy dédie à 100% son activité à la formation « en ligne et en réseau » des professionnels et futurs professionnels du tourisme.

Son catalogue de formation est actualisé en temps réel en liaison avec les principales Branches professionnels du tourisme, les chaînes volontaires et les grandes entreprises qui structurent la filière. Il couvre l’actualité des besoins de montée en compétences attendus par les employeurs sur les thèmes du management des équipes, de l’excellence de service, de la gestion des conflits, l’accueil des clientèles internationales, les nouveaux comportements post covid, ou encore tout ce qui touche à l’hygiène alimentaire, au handicap ou à l’éco responsabilité…

Tourism Academy accompagne ses clients dans la définition d’un panier de formations adapté, issues de son catalogue ou produites sur-mesure, l’ingénierie de financement du dispositif et le learning community management des sessions de formation.


Josette Sicsic - DR
Josette Sicsic - DR
Journaliste, consultante, conférencière, Josette Sicsic observe depuis plus de 25 ans, les mutations du monde afin d’en analyser les conséquences sur le secteur du tourisme.

Après avoir développé pendant plus de 20 ans le journal Touriscopie, elle est toujours sur le pont de l’actualité où elle décode le présent pour prévoir le futur. Sur le site www.tourmag.com, rubrique Futuroscopie, elle publie plusieurs fois par semaine les articles prospectifs et analytiques.

Contact : 06 14 47 99 04
Mail : touriscopie@gmail.com

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