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La guerre des tourismes n’aura pas lieu (Jean Pinard) 🔑

L'humeur de Jean Pinard


Doit on opposer tourisme incoming et tourisme outgoing ? Telle est la question posée par Jean Pinard dans cette derniÚre tribune, sur une problématique de fond qui est la décarbonation du secteur touristique.


Rédigé par le Vendredi 27 Septembre 2024 à 00:05

Incoming, outgoing : le tourisme, c’était deux mondes, qui finalement ne se cĂŽtoyaient que trĂšs peu -Depositphotos.com Auteur 4zeva
Incoming, outgoing : le tourisme, c’était deux mondes, qui finalement ne se cĂŽtoyaient que trĂšs peu -Depositphotos.com Auteur 4zeva
Et puis je suis allĂ© Ă  l’IFTM, et de prime abord, alors que je travaille dans le tourisme depuis longtemps, je ne me suis pas senti Ă  ma place dans ce salon.

Pourtant il s’agissait bien d’un salon du tourisme, mais pour ne frĂ©quenter que les salons BtoB dont la vocation est de sĂ©duire les TO afin qu’ils programment la France, lĂ  j’étais dans l’autre monde du tourisme que je connais finalement assez peu, celui oĂč les pays sĂ©duisent les voyagistes français.

Pour ĂȘtre franc, quand j’ai croisĂ© un ami qui m’a demandĂ© ce que je pensais de ce salon, ma premiĂšre rĂ©ponse a Ă©tĂ© de lui dire que j’avais la sensation d’ĂȘtre dans le salon du voyage carbonĂ©, tant la place du transport aĂ©rien Ă©tait prĂ©gnante. Et en mĂȘme temps que je lui faisais cette remarque je me suis souvenu qu’en avril dernier j’organisais Ă  Toulouse aux cĂŽtĂ©s d’Atout France, les RDV en France, qui finalement est lui aussi un salon du voyage carbonĂ©.

Dans le train qui me ramenait en Auvergne, je me suis dit que le tourisme, c’était deux mondes, qui finalement ne se cĂŽtoyaient que trĂšs peu, alors que les mĂ©tiers sont les mĂȘmes, mais surtout l’objet est le mĂȘme. Accueillir ou faire partir est-ce si diffĂ©rent, est ce opposable, et si je me permets d’écrire ça, c’est que depuis quelque temps se joue une petite musique qui tend Ă  crĂ©er les conditions de mettre Ă  dos, les acteurs du tourisme sur le thĂšme du tourisme durable.


Je ne comprends pas l’intĂ©rĂȘt de faire Ă©merger un index du surtourisme

Il n’y a pas Ă  chercher Ă  pointer du doigts une maniĂšre de voyager pour lĂ©gitimer une autre maniĂšre de passer ses vacances. Et si j’écris ça aujourd’hui dans TourMaG, c’est que j’ai la dĂ©sagrĂ©able impression que depuis quelques temps, on voudrait culpabiliser la masse pour masquer le bilan carbone des voyageurs qui parcourt le monde.

Le bilan des vacances, c’est sur 100 français, 40 qui ne partent pas, entre 40 et 45 qui partent en France et entre 15 et 20 qui partent Ă  l’étranger. Alors on peut faire le bilan carbone de chacun des segments de clientĂšles, mais je ne pense pas que le dĂ©bat pour faire avancer les enjeux de tourisme durable se situe lĂ .

Les 30/35 millions de français qui prennent l’option de passer leurs vacances en France, n’ont pas Ă  ĂȘtre pointĂ©s du doigts au prĂ©texte qu’ils partiraient aux mĂȘmes endroits, et surtout aux mĂȘmes moments, c’est-Ă -dire en juillet - aoĂ»t.

Aussi j’avoue ne pas comprendre l’intĂ©rĂȘt de faire Ă©merger un index du surtourisme, sauf Ă  encourager les voyagistes Ă  ne pas « sur programmer » des destinations dĂ©jĂ  bien frĂ©quentĂ©es, mais il me semble qu’ils sont assez matures et professionnels pour ne pas le faire.

On ne fera pas avancer le sujet du tourisme durable en opposant « les vacances de masse », aux séjours sur mesure

Donc quel intĂ©rĂȘt d’encourager un index qui viendrait pointer du doigt le modĂšle français, sur des bases d’analyses qui posent quand mĂȘme question. Le cabinet Roland Berger mandatĂ© par un voyagiste pour faire Ă©merger cet index, s’appuie sur quatre critĂšres :

â–Ș Le nombre de touristes par habitant,
â–Ș Le nombre de touristes au kilomĂštre carrĂ© sur le territoire touristique,
â–Ș La rĂ©partition des touristes sur chaque trimestre de l'annĂ©e
â–Ș Et la maturitĂ© de la destination en matiĂšre de dĂ©veloppement durable.

Concentrer la frĂ©quentation touristique dans les stations balnĂ©aires françaises, c’est le choix fait par l’État il y a 50 ans pour Ă©viter de miter le littoral et concentrer les services qui permettent de limiter le plus possible l’impact de la frĂ©quentation touristique.

Il faut se fĂ©liciter de cette politique d’amĂ©nagement qui a portĂ© ses fruits, qui a favorisĂ© la dĂ©mocratisation des vacances mĂȘme s’il reste beaucoup de chemin Ă  faire, mais critiquer comme le fait le cabinet Berger dans son index le modĂšle français en Ă©crivant je cite « que plus la concentration touristique est forte, moins la maturitĂ© en matiĂšre de dĂ©veloppement durable est Ă©levĂ©e » est un non-sens, et tant qu’à le dire, une grosse Ăąnerie !

On ne fera pas avancer le sujet du tourisme durable en opposant « les vacances de masse », aux sĂ©jours sur mesure, parce que on opposera Ă  la masse, une Ă©lite qui aurait tous les droits, et dans ce cas on engage un match qui n’aura que des perdants.

Faire du transport ferroviaire LE sujet prioritaire

Quand toutes les destinations françaises se mettent en quatre pour accueillir les clientĂšles françaises et sĂ©duire les TO de programmer la France, elles participent Ă  l’attractivitĂ© de la destination France, et donc Ă  favoriser une Ă©conomie du tourisme en France. Quand des voyagistes français vendent des sĂ©jours au-delĂ  de l’hexagone, ils participent Ă  faire vivre une Ă©conomie du tourisme dans d’autres pays qui ont la mĂȘme lĂ©gitimitĂ© que la France « Ă  vivre du tourisme ».

Mais pour entamer un dialogue, une vision partagĂ©e, il faudrait plus de temps d’échanges entre ces deux mondes du tourisme, qui se croisent trop peu et c’est dommage. Au-delĂ  mĂȘme de l’intĂ©rĂȘt de mieux faire vendre la France par les voyagistes français, il y a des passerelles Ă  avoir entre les entreprises, des carriĂšres dans les mĂ©tiers qui pourraient s’envisager Ă  condition de tendre par exemple vers une seule et mĂȘme convention collective, et puis il y aurait surtout plus de temps d’échanges sur l’épineux sujet de la baisse des Ă©missions de gaz Ă  effet de serre du secteur du tourisme.

De ce point de vue, les organisateurs de l’IFTM avaient fait la part belle dans leur salon Ă  des confĂ©rences sur les enjeux du tourisme et de la mobilitĂ© durable, ces confĂ©rences ont fait le plein et c’est super, mĂȘme si « en mĂȘme temps » la part de l’avion dans les sĂ©jours proposĂ©s restait trĂšs forte.

Mais c’est un dĂ©but, c’est en travaillant ensemble que nous pourrions cibler nos efforts, et parce que le secteur se doit de faire des propositions, je pense que faire du transport ferroviaire LE sujet prioritaire d’une stratĂ©gie portĂ©e par toute la filiĂšre, ferait vraiment un bon dĂ©bat.

Ce n’est pas le surtourisme qui va tuer le tourisme, c'est une sur offre aĂ©rienne

En 2030, nous devons nous fixer l’objectif de remplacer la moitiĂ© des vols low cost europĂ©ens par des voyages en TGV, y compris de nuit. Programmer des Berlin – Barcelone, des Munich -Bordeaux, ou des Londres- Nice, voilĂ  l’avenir ! Rien de plus, rien de moins que ce que les compagnies ferroviaires Ă©taient capable de proposer ensemble en programme d’étĂ©, quand CerbĂšre il y a 40 ans, Ă©tait le terminus de plus de 20 trains de nuit quotidiens qui venaient de l’Europe du Nord.

Ce n’est pas le surtourisme qui va tuer le tourisme comme a pu l’affirmer J.-F. Rial, c’est cette suroffre aĂ©rienne, cette offre low cost qui offre aux europĂ©ens une mobilitĂ© bon marchĂ©, mais la mobilitĂ© ne fait pas le voyage.

J’ai bien compris qu’on ne pourra pas se passer de l’avion pour passer ses vacances au Costa Rica ou en Inde, mais oui on peut se passer de l’avion pour faire venir les Allemands ou les Hollandais en France Ă©tĂ©, comme hiver.

En Ă©crivant ça, je me dis que programmer au mĂȘme endroit et la mĂȘme semaine l’IFMT et les RDV en France dans un temps proche, serait peut-ĂȘtre un bon prĂ©texte pour se faire croiser le monde du tourisme, et engager le dĂ©bat.

Jean Pinard - Mini Bio

Jean Pinard - DR
Jean Pinard - DR
Président de la société de conseils Futourism :

Forestier et géographe de formation, Jean Pinard a toujours travaillé dans le secteur des sports et du tourisme.
Moniteur de kayak, chauffeur de bus, guide, gestionnaire de sites touristiques, directeur de CDT et de CRT (Auvergne et Occitanie), Jean Pinard est redevenu consultant, son premier métier à la SCET, à la fin de ses études.

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Tags : jean pinard
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