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Promotion touristique : comment faire mieux avec moins ? [ABO]

L'édito de Paula Boyer


Alors que les déficits publics -et son corollaire, la dette- de la France, ne cessent d'augmenter, une révision de nos comportements individuels comme collectifs, y compris de nos pratiques dans le domaine du tourisme, pourra difficilement être évitée. Sauf à courir davantage vers la catastrophe...


Rédigé par le Lundi 13 Avril 2026 à 07:23

La gestion des budgets de l'Etat et des organismes publics, un vrai casse-tête © Deposit Photos
La gestion des budgets de l'Etat et des organismes publics, un vrai casse-tête © Deposit Photos
De plus en plus, des instances de promotion du tourisme français déplorent la baisse de leurs financements.

L'argent public, en effet, commence à se faire rare. Pourtant, malgré quelques méritoires coupes budgétaires ici et là, les dépenses publiques sont guère contenues. A preuve, la dette publique de la France a atteint les 3500 milliards d'euros à la fin 2025. Cependant, ce mal n'est pas seulement français.

Pourtant, à quelques exceptions près, peu de pays ont déjà réussi à sabrer vraiment dans leurs dépenses publiques. Et ceux qui s'y sont essayé, l'ont parfois payé très cher, tant la rigueur budgétaire est impopulaire. En France, on a vu ce qu'il en a coûté à François Bayrou, éphémère Premier ministre, d'avoir voulu imposer une quarantaine de milliards d'euros d'économies budgétaires.

A ce propos, Nicolas Baverez faisait récemment le constat suivant dans Le Club Le Figaro : "57% des ménages dépendent des aides sociales. C’est pour ça que, politiquement, il est difficile d’infléchir ces dépenses publiques". Et il ajoutait : "mais ça nous mène à l’étranglement financier. Si on continue comme ça, on va être sous la tutelle du FMI comme l’Italie auparavant".

Peut-être l'essayiste français force-t-il un peu le trait dans l'espoir d'éveiller les consciences. Restent que les hôpitaux se plaignent déjà de manquer de moyens, les écoles et les lycées de profs remplaçants, les départements, les communes et même les offices de tourisme de crédits et ainsi de suite.

Si l'on ajoute à cela le contexte géopolitique et énergétique pour le moins tendu, toutes les conditions sont réunies pour que les plaidoyers en faveur de la rigueur aient du mal à s'imposer.


Taxer plus ?

Pour autant, peut-on sérieusement, sans verser dans la démagogie ou pire, la paresse intellectuelle, suggérer, comme le fait la gauche la plus radicale, qu'il suffirait de taxer davantage les entreprises et les ménages les plus aisés pour régler une bonne partie des problèmes ?

Certes, un examen sérieux de la répartition et de l'équité de l'impôt ne pourrait qu'être utile et pédagogique.

Mais, peut-on augmenter encore les prélèvements obligatoires -c'est à dire impôts et cotisations sociales- payés par les Français alors que ceux-ci atteignaient 45,3 % du PIB de la France, à la fin 2024 (chiffres Eurostat), ce qui fait de notre pays, le numéro 2 européen de la pression fiscale, juste derrière le Danemark ?

Au vrai, il est plus que temps de se mettre aussi à évaluer sérieusement l'efficacité des dépenses publiques engagées, dans tous les domaines. Afin de supprimer les dispositifs qui ne produisent pas les effets escomptés et, éventuellement, les remplacer par d'autres, plus efficients. En parallèle, s'imposera la chasse aux dépenses superflues.

D'évidence, aucun secteur, tourisme y compris, ne pourra y échapper.

Mieux vaut donc prendre les devants pour réfléchir à l’avenir]b, s'interroger sur les projets vraiment stratégiques, sur les organismes qui pourraient être regroupés, les taches qui pourraient être mutualisées, suggérait, à la fin mars, sur son blog, le consultant en Innovation touristique belge Denis Genevois. Il invitait, à raison, à sortir de la logique du "toujours plus".

Ou dépenser moins et surtout mieux ?

Le résultat pour le moins mitigé sur le plan financier des grandes régions créées en France , montre que la tache est ardue. Il n'est pas si simple, en effet, de mutualiser dans l'espoir de faire mieux et moins cher.

Dans le monde du tourisme, comme dans tous les autres, il faudra pourtant moins se disperser, mieux prioriser, innover dans les méthodes à l'heure où les outils numériques et l'IA s'imposent, où les prestataires savent communiquer efficacement via les réseaux sociaux.

Dans ce contexte, pourquoi ne pas aller carrément jusqu'à se demander ce qui, à l'avenir, pourra encore justifier l'existence d'organismes publics de promotion touristique ?

Parvenir à une dépense publique plus ajustée à nos moyens réels et surtout plus efficiente, quel qu'en soit le domaine, sera un exercice compliqué. Cela fait plus de cinquante ans que la France n'a pas bouclé un budget en équilibre et vit par conséquent au dessus de ses moyens sans que personne ne s'en émeuve vraiment.

La dépense publique est une drogue dure dont il est difficile de se déprendre. Sortir de la facilité du "toujours plus" demandera beaucoup de cohérence et de courage politique.

Pas sûr que, toutes tendances politiques confondues, la classe politique -française notamment mais pas seulement- soit capable d'avoir suffisamment de courage pour convaincre les Français du bien fondé des remises en questions et des nécessaires -mais ô combien difficiles- arbitrages.

L'avenir, pourtant, est à ce prix.

PAULA BOYER Publié par Paula Boyer Responsable rubrique LuxuryTravelMaG - TourMaG.com
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