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Rapatriements : les tour-opérateurs vont-ils faire payer les agences de voyages ? [ABO]

Le coût des rapatriements est estimé à plus de 6 millions d'euros


Il ne reste plus que quelques centaines de voyageurs bloqués, sur les plus de 5 000 recensés quelques jours après le conflit au Moyen-Orient. Les équipes des agences comme des tour-opérateurs mènent de front cette opération épineuse, alors que la défiance envers les compagnies du Golfe s'intensifie, et que l'autre priorité reste de faire partir le plus de monde possible, malgré le contexte. À ce tableau s'ajoute un effondrement des ventes. Faut-il s'inquiéter ? L'été est-il déjà condamné pour les TO ? Ces derniers vont-ils adresser une partie de la facture des rapatriements aux réseaux de distribution ? Patrice Caradec, le président du Seto, répond à nos questions.


Rédigé par le Jeudi 19 Mars 2026 à 07:20

Guerre au Moyen-Orient : le coût des rapatriements est estimé à plus de 6 millions d'euros -  Depositphotos @tarik_vision
Guerre au Moyen-Orient : le coût des rapatriements est estimé à plus de 6 millions d'euros - Depositphotos @tarik_vision
Depuis bientôt trois semaines, le secteur du tourisme est fortement impacté par la guerre qui sévit au Moyen-Orient.

Du côté du SETO, plus de 5 000 voyageurs étaient alors coincés dans plusieurs destinations, notamment en Asie. Ce chiffre a depuis fortement diminué, mais l'opération rapatriement se heurte désormais à la peur des clients.

"Ce n'est pas encore terminé, même si le plus gros du travail est fait. C'était douloureux financièrement, mais presque plus facile au regard des cas qu'il reste à traiter.

Il reste quelques contingents de clients bloqués dans des destinations lointaines
, il nous faut leur trouver les bons vols aux bons prix. Nous avons des arbitrages à faire.

D'autant plus que certains ne veulent pas rentrer sur des vols qui passent par Doha ou Dubaï. Sauf qu'éviter ces plateformes importantes complexifie bien la tâche.

Les capacités aériennes ne sont pas les mêmes, et les prix non plus
", nous explique Patrice Caradec, le président du Seto.


Rapatriements et départs à venir : "La gestion est nerveusement difficile"

Il y aurait donc encore quelques centaines de voyageurs bloqués à destination.

Cela concerne principalement des personnes parties la veille, ou quelques jours avant le conflit, et dont le voyage s'est terminé il y a peu.

"Les équipes de gestion de crise des tour-opérateurs sont sur le pont depuis maintenant 18 jours. Franchement, c'est de la folie. La fatigue commence à se faire sentir.

Actuellement, le principal enjeu est de rapatrier les clients, mais aussi d'en faire partir un maximum, surtout ceux qui ont des billets avec des compagnies du Golfe, mais qui ne souhaitent pas le faire, par peur.

Nous avons de la souplesse jusqu'au 31 mars de la part de certaines compagnies aériennes, sauf que cette facilité ne se retrouve pas toujours à destination. Les réceptifs ne voient pas d'un bon œil les reports et les annulations.

De même, si certaines compagnies aériennes ont fait preuve d'une vraie complicité, d'autres ont été moins présentes : nous nous en souviendrons.

Cette gestion est nerveusement difficile,
" analyse l'ancien patron de Bravo Club.

Le président du Seto appelle à la solidarité et à l'unité de toute la chaîne.

Il n'est pas encore question d'accuser les uns et les autres, mais plutôt de rappeler à l'ordre, pour que cette période se passe de la meilleure des façons possibles, sans trop de casse ni d'animosité.

"J'ai l'impression que tout le monde essaie de trouver des compromis. Il y a des cas difficiles, souvent liés à des tensions du côté du client final.

Je trouve que la relation est plus clean que celle des municipales que nous sommes en train de vivre,
" lance, comme boutade, Patrice Caradec.

Voyages : "Le rythme des ventes a énormément fléchi et cela s'accroît"

À presque 15 jours de la première vague de départs des vacances de printemps, l'ambiance demeure fébrile parmi les équipes des producteurs, faute de visibilité, notamment du côté des compagnies de la région du Moyen-Orient.

Et alors que l'Iran intensifie ses attaques contre ses voisins, le secrétaire américain à l'Énergie a tenté de rassurer, expliquant que la guerre "s'achèverait dans les prochaines semaines."

Mais le mal est fait. Les réservations sont en berne dans les agences de voyages, de l'ordre de -20%, et même -26% sur la journée d'avant-hier. Une baisse qui touche aussi les producteurs.

"En temps de guerre, les gens ne se projettent pas dans leurs vacances. Le rythme des ventes a énormément fléchi et cela s'accroît encore. La première semaine, la baisse était de 15 à 20% ; la deuxième, entre 30 et 35%. Nous croisons les doigts pour que cette pente glissante s'arrête.

L'activité est au ralenti, carrément à l'arrêt sur certains axes, même si quelques-uns tirent leur épingle du jeu. Reste à savoir combien de temps cela va durer...
", s'interroge Patrice Caradec.

Mars est traditionnellement un gros mois de réservations, mais dans ce contexte, il paraît de plus en plus hypothéqué. Et il arrive après un mois de février qui n'a pas été terrible.

Si le conflit perdure, Patrice Caradec craint que l'été des opérateurs ne soit en jeu.

"L'industrie ne peut pas se permettre d'afficher -30% pendant encore de longues semaines, c'est une évidence.

À un moment donné, nous allons rater l'été si cela dure trop longtemps.
Il faudrait que ce conflit cesse le plus rapidement possible, car il est possible de rattraper des ventes qui ne se font pas en mars.

Je veux continuer à être optimiste, car il est dur de voir son avance fondre
", plaide-t-il.

Guerre au Moyen-Orient : "À un moment donné, nous allons rater l'été"

Certaines destinations sont à l'arrêt, ou presque, comme l'Égypte, qui "a décroché complet", la Crète, Rhodes, Chypre, la Turquie, etc.

Les réservations se reportent désormais sur des destinations de repli, comme le Cap-Vert, le Canada, ou encore les Caraïbes et l'Amérique du Sud.

Et rien ne dit qu'un nouveau front ne s'ouvre pas, dans les prochaines jours, alors que Donald Trump donne l'impression que Cuba pourrait être le prochain sur la liste des régimes à faire tomber.

"L'inquiétude que j'ai est aussi liée aux surcharges carburants. L'augmentation des prix, dans un contexte de contrainte budgétaire pour les ménages français, pourrait avoir un impact négatif. Le cours du carburant est monté très vite, je ne suis pas certain qu'il redescende à la même vitesse.

Nous répercuterons les surcharges sur toutes les nouvelles ventes.

Par chance, grâce aux partenariats que nous avons avec les compagnies, nos adhérents bénéficient d'un délai de 30 jours. C'est une grâce pour émettre tous les billets des voyages déjà réservés, donc les régler maintenant
", recadre Patrice Caradec.

Dans ce contexte, la mécanique d'une crise d'ampleur pour la profession se dessine. D'un côté, les réservations plongent ; de l'autre, les tour-opérateurs doivent payer les billets, sans toujours avoir encaissé l'argent des clients.

Au Seto, comme aux EDV, il n'est pas encore question de tirer la sonnette d'alarme, mais bien de rester vigilant.

Rapatriement : "La facture totale devrait dépasser les 6 millions d'euros"

Patrice Caradec, président du SETO  - Photo TB
Patrice Caradec, président du SETO - Photo TB
Et dans cette période trouble, il est important de faire remonter quelques signes d'espoir.

"Je pense que les gens se sont rendus compte de l'importance de passer par une agence de voyages et un tour-opérateur. Si tel n'est pas le cas, c'est à désespérer.

Une fois la crise terminée, il y aura, je l'espère, un élan de reprise des réservations et des voyages"
, essaie de se convaincre le président.

Le sort de l'industrie, au niveau mondial, est maintenant entre les mains de Donald Trump.

En attendant qu'une résolution se dessine, les professionnels (français) ont aussi pu constater une chose : un touriste de passage a moins de valeur qu'un ressortissant qui habite dans une zone de guerre.

Contrairement au Covid, les opérateurs ont dû se charger du rapatriement des voyageurs, et à leurs frais.

"Ce n'est pas un comportement nouveau de l'Etat français, nous constatons juste que cela s'est accentué. Il y a certainement matière à pointer du doigt ce déséquilibre.

Est-ce au Quai d'Orsay de s'occuper des Français qui sont partis en vacances ?
Je ne sais pas.

Après, quand je regarde ce qu'il se passe chez nos voisins européens, tout le monde est un petit peu soumis au même régime
", s'interroge le président du Seto.

Si les comptes de la France expliquent en partie cette approche de l'exécutif, le rapatriement de milliers de voyageurs aurait été une opération très onéreuse, même si l'heure est encore aux estimations.

Alors que celle faite à partir du rapatriement de 1 500 clients via les différents vols affrétés tourne autour de 3 millions d'euros, la facture totale devrait dépasser les 6 millions d'euros.

"Il faut marteler ce chiffre, nous ne pouvons pas laisser cet effort financier sous-médiatisé", lance Patrice Caradec.

A lire : Vols affrétés, clients rapatriés... le point avec Cyrille Fradin (Fram-Promovacances)

Les rapatriements : "le Code du tourisme parle de co-responsabilité"

Ce souhait pourrait bien être partagé entre les agences de voyages et les tour-opérateurs.

"À ma connaissance, un contrat commercial ne remplace pas le Code du tourisme, et mon rôle est de faire en sorte que ce dernier soit respecté.

Après, certains TO choisissent de faire un geste commercial en assumant 100% des coûts : c'est leur choix. Je crois que le Code du tourisme parle de co-responsabilité.

Il y a des discussions entre producteurs et distributeurs. Le jour où cela arrivera de manière formalisée au sein d'un comité exécutif du Seto, nous nous en saisirons, mais ce n'est pas encore le cas
", lâche le président.

Il faudra donc attendre les prochaines échéances du syndicat pour savoir si les tour-opérateurs oseront, un jour, envoyer la facture aux réseaux de distribution.

Le sujet pourrait être abordé au cours du prochain forum du Seto, qui se tiendra la semaine prochaine, même si l'heure n'est pas encore aux (règlements de) comptes.

"Les gens souffrent humainement et financièrement. Ce n'est pas pendant que la guerre est encore en cours qu'il faut s'emparer de ces sujets-là. Quand le conflit sera terminé ou stoppé, nous pourrons peut-être ouvrir ce type de dossiers", conclut le patron des TO.


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