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Arabie Saoudite, futur eldorado du tourisme ? 🔑

L'analyse de David Rigoulet-Roze, chercheur associĂ© Ă  l’IRIS



L'Arabie saoudite souhaite devenir une destination qui compte sur l'échiquier touristique. Le pays s'ouvre peu à peu et s'est fixé l'objectif d'atteindre 100 millions de touristes en 2030. Comment et pourquoi le Royaume prend-il ce nouveau cap ? TourMaG.com décrypte la stratégie du Prince héritier Mohammed ben Salmane.


Rédigé par le Mercredi 16 Février 2022

Plan Vision 2030 : "L'objectif est de crĂ©er de la croissance sur des secteurs Ă  haut potentiel et un de ces vecteurs de croissance rĂ©side dans le dĂ©veloppement du tourisme qui ne soit plus exclusivement Ă  caractĂšre religieux du fait du pĂšlerinage", David Rigoulet-Roze chercheur associĂ© Ă  l’IRIS - DR
Plan Vision 2030 : "L'objectif est de crĂ©er de la croissance sur des secteurs Ă  haut potentiel et un de ces vecteurs de croissance rĂ©side dans le dĂ©veloppement du tourisme qui ne soit plus exclusivement Ă  caractĂšre religieux du fait du pĂšlerinage", David Rigoulet-Roze chercheur associĂ© Ă  l’IRIS - DR
L'Arabie Saoudite, futur eldorado du tourisme ?

C'est en tout cas l'ambition affichée par les autorités saoudiennes qui ont fait du secteur l'un des piliers du plan Vision 2030 présenté en 2016 et imaginé par le Prince héritier Mohammed ben Salmane - dit MBS - pour préparer le pays à un horizon post-pétrolier.


"Le plan Vision 2030 balaie tous les secteurs Ă©conomiques et prĂ©pare le pays Ă  sortir de la dĂ©pendance pĂ©troliĂšre en favorisant notamment l’extension du secteur privĂ© pour diminuer la prĂ©dominance du secteur public.

L'objectif est de créer de la croissance sur des secteurs à haut potentiel et un de ces vecteurs de croissance réside dans le développement du tourisme qui ne soit plus exclusivement à caractÚre religieux du fait du pÚlerinage",
prĂ©cise David Rigoulet-Roze chercheur associĂ© Ă  l’IRIS, spĂ©cialisĂ© sur la rĂ©gion du Moyen-Orient et plus particuliĂšrement la pĂ©ninsule Arabique.

Outre cet avenir post-pétrolier, le prince héritier doit faire face à un autre défi : la montée du chÎmage, notamment celui des jeunes et celui des femmes.

La question de l'emploi passera par les jeunes et les femmes

"Sur quelque 36 millions d'habitants, prĂšs des deux tiers de la population ont moins de 30 ans.

Il demeure que le pays est désormais contraint de sortir d'une économie rentiÚre en développant une nouvelle culture du travail. PrÚs de 85% des employés travaillant dans le secteur privé sont étrangers.

L’enjeu rĂ©side aussi dans la problĂ©matique de la formation car il n’y a encore pas si longtemps, l’essentiel de l'enseignement se concentrait sur l'apprentissage du Coran et secondairement de l'anglais. Il y a donc des tĂ©lescopages importants attendus car il faut revoir l'ensemble du systĂšme avec la question centrale de l’accĂšs Ă  l’emploi.

Le Prince entend s'appuyer sur les jeunes dont le taux de chĂŽmage est aujourd’hui estimĂ© entre 25% et 30% ainsi que sur les femmes dont il veut accroĂźtre la place sur le marchĂ© du travail en le faisant passer Ă  30% contre Ă  peine un cinquiĂšme jusque-lĂ ",
précise encore David Rigoulet-Roze.

Dans cette optique, le pays a entrepris de grandes réformes qui concernent la place de la femme dans la société.

Depuis le 24 juin 2018, les femmes ont le droit de conduire en Arabie Saoudite.

Depuis juin 2021, les femmes majeures cĂ©libataires, divorcĂ©es ou veuves n’ont plus besoin de l’autorisation prĂ©alable d’un tuteur masculin pour pouvoir s’installer seules.

Autre avancée majeure : le port du voile n'est plus obligatoire. "A Djeddah, qui a une longue tradition commerciale, les femmes ont toujours été moins voilées que dans le reste du pays. A Riyad, on commence également à voir réguliÚrement des femmes non voilées.

Mais dans des zones Ă©loignĂ©es comme Al-Ula, site touristique majeur ayant vocation Ă  devenir une vitrine du royaume et oĂč la prĂ©sence Ă©trangĂšre est moins importante, la transition est plus lente et compliquĂ©e",
précise le chercheur de l'Iris.

En revanche, la consommation d'alcool reste interdite. Mais les autoritĂ©s saoudiennes pourraient bien lĂ  aussi faire sauter ce verrou tout au moins dans des sortes de zones franches que pourraient ĂȘtre les grands resorts et les hĂŽtels. Mais la question reste Ă©pineuse pour le pays.

Le tourisme, enjeu stratégique

Le tourisme est donc devenu un enjeu stratégique pour un pays traditionnellement peu enclin à recevoir des visiteurs internationaux tournés essentiellement vers les voyages d'affaires et les pÚlerinages musulmans (à la Mecque ou à Médine).

Les ambitions sont désormais énormes. L'objectif est d'atteindre 100 millions de touristes en 2030 dont 55 millions de visiteurs internationaux contre un objectif de 29,5 millions en 2022.

Les autoritĂ©s saoudiennes souhaitent aller vite, peut-ĂȘtre trop vite ? Le danger serait de heurter les plus traditionnalistes et entrainer un risque sĂ©curitaire.

"Le risque sĂ©curitaire est le problĂšme qui vient d’ĂȘtre posĂ© par le Dakar. MalgrĂ© le dĂ©veloppement d'une surveillance sĂ©curitaire gĂ©nĂ©ralisĂ©e cela demeure un sujet majeur d'inquiĂ©tude", explique le chercheur de l’IRIS.

Le MinistÚre de l'Europe et des Affaires EtrangÚres a classé la majeure partie du pays en vigilance renforcée. La zone proche de la frontiÚre avec le Yémen est notamment formellement déconseillée ou déconseillée sauf raison impérative.

Reste que le pays dont la superficie fait plus de quatre fois celle de la France dispose d'un riche patrimoine culturel, naturel et historique. Destination encore vierge, elle compte s'appuyer sur ses atouts pour développer des projets pharaoniques.

Sur la feuille de route, les autorités prévoient un programme de développement impressionnant qui n'est pas sans rappeler les Emirats voisins.

PrÚs de Riyad, Qiddiya a l'ambition de devenir la capitale du divertissement, à Diriyah, lieu de naissance du Royaume Saoudien situé prÚs de Riayd et Wadi Safar les autorités ont l'ambition de mettre en valeur le patrimoine, de créer des universités et des centres culturels.

A Soudah région montagneuse dans le Sud du Pays et AlUla au nord Est, réputé pour ses tombeaux nabatéens de Hégra, les projets touristiques et de développement sont également nombreux.

La France est partie prenante dans ce dernier projet. NĂ©e d’un accord intergouvernemental signĂ© le 10 avril 2018 au Palais de l’ElysĂ©e, b[l’Agence française Afalula est fondĂ©e en juillet 2018 Ă  Paris pour soutenir l’Arabie Saoudite dans le dĂ©veloppement Ă©conomique, touristique et culturel durable d’AlUla situĂ©e au Nord-Ouest du Royaume.

"Le projet prĂ©voit la crĂ©ation, sur un site de la taille de la Belgique (22 561 kmÂČ), d’un complexe archĂ©ologique, culturel et touristique, aux allures de musĂ©e vivant Ă  ciel ouvert", explique la destination.

LIRE : Arabie saoudite : Al Ula s’ouvre au monde et commence par la France

La Mer Rouge au coeur des développements

Mais c'est sur la Mer rouge, oĂč la cĂŽte est encore vierge, que les projets les plus spectaculaires sont Ă  venir.

Neom est un projet de construction ex-nihilo de "ville intelligente futuriste et de zone Ă©conomique spĂ©ciale d’accueil d’investissements dans les nouvelles technologies", sur une superficie de 26 500 kmÂČ (250 fois la surface de Paris) Ă  la frontiĂšre avec l’Egypte et la Jordanie. Lors de son annonce, le coĂ»t du projet Ă©tait estimĂ© Ă  500 Mds USD.

Entre temps, un projet complémentaire Oxagon, une cité industrielle flottante, a été présenté.

SituĂ© entre les villes d’Umluj et d’al-Wajh le long de la mer Rouge, The Red Sea vise, quant Ă  lui, Ă  crĂ©er une zone Ă©conomique touristique trĂšs haut de gamme, susceptible d’attirer un million de touristes par an d’ici 2035. La premiĂšre phase du projet comprend la construction d’hĂŽtels, d’unitĂ©s rĂ©sidentielles, d’un aĂ©roport et d’une marina.

Enfin Amaala est un projet de dĂ©veloppement touristique de luxe, sur la mer Rouge, situĂ© dans une rĂ©serve naturelle d’une superficie de 3 800 kmÂČ portant le nom du Prince Mohammed bin Salman. Amaala est situĂ© entre Neom au nord et le projet Red Sea au sud.

Des projets à donner le tournis dont on se demande à la fin ce qui sortira réellement de terre. "La problématique de MBS c'est d'attirer les investisseurs et certains observateurs émettent une certaine prudence par rapport à la faisabilité de certains de ces projets, comme le pharaonique projet de ville futuriste de NEOM.

L'annonce par l'Arabie saoudite enjoignant les multinationales Ă  installer, d’ici 2024, leur siĂšge rĂ©gional dans le pays est une façon de mettre la pression sur ces FTN (firme transnationale, ndlr) et de concurrencer DubaĂŻ",
précise David Rigoulet-Roze.

Des projets hĂŽteliers, des nouveaux vols et des croisiĂšres

En attendant l'avancée de ces projets, le Saudi Tourism Authority mÚne de grandes opérations de promotion, en France notamment.

Lire aussi : Fahd Hamidaddin (Saudi Tourism Authority) : "Nous avons d'Ă©normes ambitions pour le tourisme !"

Les opérateurs se positionnent sur la destination. Les hÎteliers annoncent de nombreuses ouvertures à l'image des groupes Habitas, Louvre Hotels, Hyatt ou Accor...

L'armateur MSC CroisiÚres a lancé un itinéraire de croisiÚre qui passe par l'Arabie Saoudite.

Et la Compagnie Saudia propose depuis la fin janvier un vol direct entre Al-Ula et Paris.

Preuve que le pays est bel et bien décidé à tenir sa feuille de route...

Ce que pensent les pros du tourisme d'Al-Ula

Les participants de la convention des agences franchisés Havas Voyages qui s'est déroulée début janvier, ont pu découvrir cette région, notamment le site d'Hegra et ses tombeaux nabatéens, la vieille ville d'AlUla et Elephant Rock. Voici ce qu'ils en ont pensé.

HĂ©lĂšne Desrumaux, TourNord Ă  Marcq-en-BarƓul

"C'est vraiment le genre de destination qui m'impressionne et que j'adore.

Dans le cadre de mon activité, je suis certaine que je vais pouvoir proposer cette destination à des groupes d'architectes, à des groupes de chefs d'entreprises, à des groupes culturels dans un premier temps.

Proposer la destination en loisirs pur me parait un peu prématuré. Mais sur le segment B2B dÚs 2023, je suis certaine de pouvoir faire un groupe."

Françoise, Havas Grande Armée

"Je connaissais l'Arabie Saoudite d'il y a 40 ans. L'évolution est absolument fantastique. Les autorités se donnent les moyens.

C'est un trÚs beau produit et je pense que nous allons trÚs bien vendre la destination à condition de bien informer les clients. Il faut bien que les voyageurs comprennent ce qu'ils vont aller découvrir. Ce n'est pas un tourisme de masse.

Sur la question de l'alcool, je pense qu'ils vont crĂ©er des zones franches, des resorts pour les Ă©trangers, aprĂšs pour le reste du pays je ne pense pas que ce sera un frein. Je suis dĂ©jĂ  persuadĂ©e qu'il est possible de vendre des voyages en Arabie Saoudite : des voyages culturels et des voyages de bien-ĂȘtre".

Christine Leguillette, Voyages Delannoy-Jumez

"Je serai prĂȘte Ă  proposer l'Arabie Saoudite Ă  certains de mes clients, qui ont pas mal voyagĂ©, qui sont dans l'optique de dĂ©couvrir une nouvelle destination.

La destination est époustouflante. Le calme, la sérénité, ce silence c'est surprenant autant que les paysages.

Nous avons été bien accueillis par les habitants, et les professionnels du tourisme. Ils sont élégants dans tout ce qu'ils font.

Le fait qu'il n'y ait pas d'alcool, ce n'est pas gĂȘnant. Les voyageurs doivent s'adapter ! Pour moi c'est une nouvelle destination Ă  Ă©pingler mĂȘme si ce n'est pas ouvert Ă  tous les types de voyageurs".


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