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Autocaristes : "C’est la crise de trop !" [ABO]

Les autocaristes font face à une vague de liquidations inédite, selon la FNTV


C’est une profession en grande difficulté, qui ne voit plus d’aides venir. Les autocaristes enchaînent les crises et se trouvent dans une situation alarmante, en raison de la baisse d’activité pour ceux qui travaillent dans le tourisme, de la flambée du pétrole et aussi de l’arrêt des BlaBlaBus. À cela s’ajoute la crise budgétaire, qui fait que "les aides de l’État ne sont pas adaptées au secteur", déplore Ingrid Mareschal, déléguée générale de la FNTV. Les autocaristes tirent la sonnette d’alarme.


Rédigé par le Mercredi 30 Septembre 2026 à 07:35

Les autocaristes font face à une vague de liquidations inédite, selon la FNTV - Depositphotos
Les autocaristes font face à une vague de liquidations inédite, selon la FNTV - Depositphotos
Les caméras et les déclarations grandiloquentes ne sont pas vraiment dans les habitudes des autocaristes.

Alors, quand Christophe et Arnaud Seyfritz décident de prendre la parole pour faire part de leur "colère" face à une situation devenue difficile, c’est toute la profession qui alerte. Et, plus largement, tout un secteur qui doit regarder ce qu’il se passe.

Les deux dirigeants de Voyages Seyfritz, dans l’est de la France, déplorent que, malgré les alertes de tout l’écosystème, les réponses apportées par le gouvernement ne suffisent pas. Ils ont le sentiment de ne pas être écoutés.

Et pourtant, la situation apparaît déjà critique. "C’est très compliqué. Car, en plus de la hausse des charges liées aux prix du carburant, nous faisons face à une activité économique qui ralentit, notamment sur le tourisme et l’occasionnel, déplore Ingrid Mareschal, déléguée générale de la FNTV.

À cela s’ajoutent de plus en plus de salariés qui disent ne plus pouvoir remplir leur réservoir pour venir travailler. Résultat, les arrêts maladie se multiplient.

Nous sommes dans une période où les crises succèdent aux crises. Celle du carburant est la crise de trop
".


Autocaristes : "La situation est déjà critique"

Le tableau est d’un noir si profond qu’il aurait pu inspirer une œuvre à Pierre Soulages.

"Pour certaines entreprises, la situation est déjà critique. Elles souffrent beaucoup. Une entreprise est actuellement placée en liquidation judiciaire. C’est une conjonction de facteurs, poursuit Ingrid Mareschal.

En plus de la crise du carburant, il y a l’arrêt des BlaBlaBus et les PGE contractés durant le Covid à rembourser.

Les marges ont fondu, les trésoreries aussi. Là où les dirigeants sont inquiets, c’est qu’au début de la guerre en Iran, ils pensaient que cela allait durer trois ou six mois maximum. Sauf que nous n’en voyons pas la fin.

Maintenant que la crise se prolonge, les perspectives d’avenir se referment et le pessimisme est important dans le secteur. Nous avons des déclarations sur les perspectives d’activité qui chutent de manière significative entre mars et aujourd’hui
", nous partage-t-elle.

A lire : Ingrid Mareschal (FNTV) : "On sent les difficultés économiques arriver"

Face à la hausse des prix à la pompe et à l’inflation en général, mais aussi à un contexte politique très mouvant, en France comme à l’étranger, les Français ont tendance à épargner en prévision de mois difficiles.

Cette baisse des dépenses des ménages affecte donc le tourisme, à commencer par les autocaristes. Comme dans l’aérien, quand le pétrole flambe, l’impact sur les marges est immédiat, puisque le carburant représente le premier poste de dépense de ces acteurs du tourisme. Il pèse autour de 20% dans la structure de coûts.

Et ce n’est pas le seul problème qui maintient les entreprises la tête sous l’eau.

Des autocaristes incapables d’augmenter leurs revenus

Face à des charges qui explosent, pourquoi les autocaristes n’augmentent-ils donc pas leurs prix ?

Tout simplement parce que, comme nous l’avons vu dans l’aérien et le tourisme, toute hausse des billets entraîne une baisse de la demande. Mais ce n’est pas tout.

"Nous faisons face à des difficultés de répercussion des charges plus importantes que dans le transport de marchandises.

Nous sommes soit sur des DSP (délégation de service public, ndlr) ou des marchés publics, donc soumis à un contrat et à la manière dont celui-ci est indexé sur le carburant. Bien souvent, nous avons des clauses de revoyure tous les six mois ou tous les ans, pour répercuter les hausses de coûts
, explique la responsable de la FNTV.

Dans le tourisme, si l’autocariste a été prudent et a prévu ce cas dans ses conditions générales de vente, il peut actualiser la facture. Sinon, c’est difficile, notamment pour les activités occasionnelles avec les associations sportives, les écoles, etc. De plus, il y a beaucoup d’annulations".

Dans l’incapacité, ou presque, d’augmenter leurs revenus, les autocaristes essaient de se diversifier, tant bien que mal.

En revanche, ils n’attendent plus vraiment de solutions de l’État. Jusqu’à maintenant, celles qui ont été proposées n’ont pas été à la hauteur des attentes ni des besoins.

"Des entreprises liquidées de la sorte, c’est du jamais vu"

"Les aides de l’État ne sont pas adaptées à notre secteur. Elles le sont davantage pour le transport routier. Les critères d’éligibilité ne nous conviennent pas.

Nous avons eu des aides de 5 000 euros par entreprise pour le mois d’avril, puis pour mai, puis de nouveau pour juillet et août. Pour en bénéficier, le ratio entre le résultat courant avant impôt et le chiffre d’affaires ne doit pas dépasser 1%. Or, pour les autocaristes, ce taux tourne plutôt autour de 4%.

En plus de ne pas pouvoir en bénéficier, nos charges ont augmenté de façon astronomique. Cela représente plusieurs dizaines, voire plusieurs centaines de milliers d’euros par entreprise.

Ces 5 000 euros, c’est une goutte d’eau
", souffle Ingrid Mareschal.

A lire : À cause du kérosène, des annulations en cascade et des faillites ?

Les critères d’éligibilité auraient-ils été sciemment établis pour éviter de trop élargir l’assiette des bénéficiaires ?

En touts cas, quand la FNTV va frapper à la porte du cabinet de Philippe Tabarot, ministre chargé des Transports, les demandes d’une aide plus large se heurtent au déficit budgétaire de la France et donc à l’absence de marge de manœuvre du gouvernement.

"Les aides reconduites pour les pêcheurs, après leurs manifestations, l’ont été au détriment des transporteurs routiers, car ils ont la possibilité de répercuter les hausses à leurs clients. Nous, nous n’avons pas la possibilité de les répercuter à l’euro près.

Il faut que l’État puisse nous permettre de répercuter ces hausses
", demande la déléguée générale de la FNTV.

Autocaristes : "Des bâtons dans les roues, tous les jours un peu plus"

La fédération demande donc au gouvernement d’offrir aux autocaristes des marges de manœuvre contractuelles, afin de leur permettre de modifier leurs prix.

Pour cela, il faudrait accorder une exemption temporaire aux autocaristes, afin qu’ils puissent répercuter des hausses de charges qui représentent parfois jusqu’à 50%, que ce soit sur les marchés publics ou les contrats privés.

Sauf que cela nécessite inévitablement la publication d’une loi. "Nous devons en parler depuis plusieurs mois avec le gouvernement. Nous avons finalement une réunion fin octobre, alors que le sujet est urgent. Nous les sentons un peu impuissants.

Il est compliqué de parler des aides de l’État au regard de la situation budgétaire de notre pays. Nous voyons qu’il y en a qui sont mises en place, mais elles sont insuffisantes.

Après, ce qu’il se passe actuellement, c'est du jamais vu : des entreprises liquidées de la sorte, pour des raisons économiques externes, qui ne sont pas de leur fait, comme la hausse du carburant
", poursuit la représentante des autocaristes.

Face à pareille situation, les autocaristes veulent se faire entendre.

Il n’est pas question de mourir en silence, mais pas non plus de manifester et de bloquer les routes, à l’image des actions fortes menées par les pêcheurs, notamment dans le sud de la France.

"Manifester, ce n’est pas dans la philosophie de la FNTV. Puis manifester pour demander quoi ?

Les autocaristes essaient de céder leur activité, de partir à la retraite ou de se diversifier car, dans cette conjoncture, nous faisons face à des obligations nouvelles.

Nous venons de découvrir que les entreprises devront obligatoirement réaliser des audits énergétiques courant octobre, alors que cela est très onéreux. Il y a aussi le cumul emploi-retraite, qui va entraîner de nombreux départs chez nos retraités.

Nous avons l’impression que l’on nous met des bâtons dans les roues, tous les jours un peu plus
", conclut Ingrid Mareschal.


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Tags : autocariste, fntv
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