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Ecologie : peut-on encore prendre l'avion pour voyager ?

La chronique de Christian Orofino



Peut-on s'arrêter de prendre l'avion, au nom de la protection de l'environnement ? Telle est la question posée par Christian Orofino, Co-président de l'objet qui réagit à la pétition baptisée « Restons au Sol » et lancée par une suédoise Maja Rosen.


Rédigé par Christian Orofino le Lundi 3 Décembre 2018

Maja Rosen a lancé une pétition : "A mon sens acheter bio et recycler ne suffit pas. J'ai donc arrêté de manger de la viande, de me déplacer en voiture ainsi qu’en avion" Depositphotos luckybusiness
Maja Rosen a lancé une pétition : "A mon sens acheter bio et recycler ne suffit pas. J'ai donc arrêté de manger de la viande, de me déplacer en voiture ainsi qu’en avion" Depositphotos luckybusiness
Comme dans tout phénomène inquiétant pour lequel ni les professionnels du secteur, ni les médias, ni les autorités ne prennent le temps d’en expliquer les tenants et les aboutissants, certains citoyens, soit parce qu’ils sont convaincus d’un danger ou soit parce que les réseaux sociaux permettent une « vedettisation » à bas coût, s’emparent du sujet et le transforme en peur collective.

C’est ce qui est en train de se passer pour le tourisme.

Un article paru dans Ouest France intitulé « Inquiète pour la planète, elle milite pour qu’on arrête de prendre l’avion » sonnerait, si ce mouvement prend et s’amplifie, la fin des métiers du tourisme.

En effet, Maja Rosen lance une campagne « Restons au Sol ».

Cette citoyenne suédoise a découvert que le fait de ne plus prendre l’avion sauverait la planète. Pour sa part elle a cessé de voyager dit-elle, depuis 10 ans et, ajoute-t-elle « A mon sens acheter bio et recycler ne suffit pas. J'ai donc arrêté de manger de la viande, de me déplacer en voiture ainsi qu’en avion ».

Cette conception personnelle de l’écologie est certes respectable mais caricaturale dans la mesure où, si elle était adoptée par l’ensemble de la population dans l’immédiat, elle impliquerait un bouleversement tel que l’humanité privée de ses modèles de production et de consommation actuels, régresserait à l’état quasi sauvage.

On ne peut pas sauver la planète en figeant les hommes dans leur caverne.

Le tourisme c’est 12% en moyenne du PIB mondial

Par ailleurs ce constat simpliste fait par Maja Rosen sur le transport aérien oublie d’intégrer deux réalités :

• D’une part plus de la moitié des longs courriers réalisés par les voyageurs internationaux se font à une période froide chez eux vers une période chaude à destination, c’est à dire que toutes les consommations génératrices de gaz à effet de serre telles que le chauffage, le déplacement en voiture sont moins importantes que si ils étaient restés chez eux.

En Europe un habitant émet environ 20kg de CO2 par jour dus en grande majorité au déplacement et au chauffage. En partant l’hiver dans un pays chaud il économise 12 kg de CO2 par jour.

Un calcul pourrait être fait précisément sur le milliard et plus de voyageurs dans le monde par an ainsi Madame Rosen, devra prendre en compte les mégatonnes de CO2 économisés grâce aux voyages.

• D’autre part Mme Rosen occulte complètement les équilibres migratoires que permet le tourisme.

En effet le tourisme c’est 12% en moyenne du PIB mondial, ce qui correspond à des millions d’emplois à travers le monde. Ces emplois non délocalisables permettent de fixer les populations dans leurs milieux d’origine, et plus les voyageurs voyageront, surtout dans les pays aux économies fragiles, plus ils contribueront à éviter les flux migratoires pour deux raisons

- C’est le premier droit de l’humanité à ce que les hommes et les femmes vivent avec leur famille dans leur pays et le tourisme le permet.

- La migration économique ou politique, en dehors de la désolation humaine pour ceux qui la vivent, s’accompagne aussi d’émission importante et provoque des déséquilibres sociologiques dans les pays d’accueil.

Sans réactivité, nous serons à la merci des intégristes

Alors, bien entendu, il reste les émissions du transport aérien qui, elles, sont bien réelles et importantes.

Il serait imprudent d’en préciser le pourcentage car il existe plusieurs méthodes de calcul ; mais dans le classement des rejets mondiaux de C02, les émissions du transport aérien viennent bien après la déforestation, les énergies, l’Industrie, le transport routier.

Cependant cet impact n’est pas neutre, surtout si on prend en compte un volume de voyageurs qui s’oriente vers une croissance exponentielle dans les années à venir, et il est urgent que l’industrie aéronautique comme pour le secteur automobile parvienne à trouver des solutions de motorisation neutre en émission carbone.

Mme Rosen a déjà lancé sa pétition et obtient localement un certains succès en Suède, il n’est pas exclu que d’ autres Mme Rosen prolifèrent grâce aux réseaux sociaux.

Le tourisme est une cible idéale pour les coupeurs de tête car ce n’est pas un produit de première nécessité et il y aura peu de mobilisation pour s’opposer en cas de diminution de l’activité.

Afin que cette « petite musique » comme l’appellent certains ne s’amplifie pas avec des discours démagogiques, il est urgent que le secteur du tourisme montre au public une réelle attention à son empreinte carbone et propose à ses clients et aux autorités des solutions et des offres qui prouvent son attachement au respect des peuples, de leur environnements.

Sans réactivité, nous serons à la merci des intégristes et le voyage subira des réglementations telles que peu de voyageurs en bénéficieront ; la profession en subira les conséquences et se réduira en peau de chagrin …….Cette échéance est à moins d’une décennie.

Christian OROFINO
Président de TOURCONSEIL
Co-président d'OBGET
Ex PDG et DG du TO VISIT FRANCE
Ex-Président de la commission Tourisme responsable du SNAV

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1.Posté par Guillaume CROMER le 04/12/2018 08:10 | Alerter
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Christian,

“Quand le dernier arbre sera abattu, la dernière rivière empoisonnée, le dernier poisson capturé, alors l’homme s’apercevra que l’argent ne se mange pas”

Ne peut-on pas remettre en cause certaines réalités parfois. Oui, un vol A/R Paris - NY consomme près d'1 tonne de CO2. Comment peux-tu parler de l'économie de 12 kg par jour si on va dans un pays chaud. L'argument n'est vraiment pas incroyable. Oui, les prévisions de IATA de doubler le nombre de passagers pour 2037 est irresponsable et il va falloir réduire notre croissance touristique lointaine si on veut réduire l'impact de l'homme sur la planète.

J'aimerais bien voir de nouvelles technologies vraiment propres pour les prochaines années mais je ne me fais plus d'illusion. Il va falloir à un moment considéré qu'un voyage lointain reste de l'ordre de l'exceptionnel et non pas de la consommation courante. La recherche de la croissance illimité est un leurre.

2.Posté par Nadja Graf le 04/12/2018 10:19 | Alerter
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Je suis complètement d’accord avec le commentaire de M. Cromer et j’ajouterai, pour ma part, que de menacer les gens en indiquant que la fin du tourisme serait la porte ouverte aux intégrismes et au terrorisme est irresponsable. C’est de l’attentisme. On veut faire peur aux gens pour ne surtout pas remettre en question un système qui nous mène droit à la perte.

3.Posté par Tom le 04/12/2018 11:56 | Alerter
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Ce n'est pas en insultant les écologistes que le secteur du tourisme fera face aux enjeux environnementaux. Ne pas confondre le porteur de nouvelles avec les nouvelles.
Il est clair qu'une page se tourne et que le "tourisme durable", les chartes qui n'engagent rien et ne donnent même pas bonne conscience sont en bout de course.
L'avion est le principal accusé car dans le bilan global, il est le plus polluant. On sait que l'accroissement du trafic aérien efface les réductions de carburants et les émissions de gaz à effet de serre. Autant regarder les faits en face et anticiper.
Le métier a une solution immédiatement efficace pour réduire ses émissions et ses nuisances, c'est le train. Il y a un écart considérable entre le mode ferroviaire et aérien. Si on veut garder le bout du monde en stock, il faut comprimer drastiquement les nuisances sur les trajets plus courts. Réinventons le train de nuit, redonnons lui son confort, faisons rêver. Il y a le TGV. Les Intercités qui parcourent nos campagnes et nos montagnes. Et au bout le vélo.
Les diatribes ne serviront à rien. La taxation de l'avion est inéluctable. Anticipons pour éviter le pire pour le métier et la planète.

4.Posté par B. Slash le 04/12/2018 12:05 | Alerter
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Nadja, les gens qui font peur au sens propre comme au sens figuré, ne sont pas du coté des professionnels du tourisme. L'écologie est en train de devenir une religion avec ses prêcheurs d'apocalypse, ses croyants, ses apôtres, ses dogmes, bientôt ses hérétiques.

De science globale, on est passé à des calculs d'apothicaire sur la seule base des émissions carbones conduisant par exemple à comparer les émissions d'un enfant supplémentaire à celles d'un vol Paris NY. Tout cela n'est pas raisonnable, mais sert bientôt de base politique, de mode de gouvernance, surtout très cyniquement de base de taxation.

Pour donner un exemple concret, dans ma région les mines de charbons ont été fermées. Le charbon est extrait dans des pays moins regardant sur l'environnement et le social, puis traverse la planète. C'est mieux pour notre bilan carbone, moins bon pour celui des pays pauvres (faut les faire payer) et au final désastreux au global. Les emplois n'ont pas été recréés, car c'est pareil pour la sidérurgie, le textile, les biens de consommation, etc.

Le tourisme permet effectivement de fixer les emplois et donc limiter les migrations mais pas seulement. Le jour ou il n'y aura plus de touristes aux Maldives par exemple, le sable sera exporté pour la construction, et les puits de pétrole apparaitront dans les lagons. Ce serait naïf de penser que la suppression du tourisme serait un plus environnemental.

Les pros du tourisme pourront vous dire mieux que moi le nombre d'emplois générés directement et indirectement par ce secteur en France. Les gilets jaunes qui individuellement sont sensibles à l'écologie, se préoccupent plus de la fin du mois que de la fin du monde. Supprimer plus d'emplois ne sera pas un plus pour l'environnement non plus.

Ce qui est irresponsable c'est de regarder la vie par le petit bout de la lorgnette et de penser comme la télé.

5.Posté par Bill le 06/12/2018 11:15 | Alerter
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Il faut évidemment mettre tout dans la balance, globalement moins consommer serait aussi salvateur pour la planète mais ça créé de la récession économique, chômage, etc. bref pas simple. Il va falloir choisir entre la peste et le choléra : soit on rentre dans la sobriété (y compris avion) avec un risque pour l'économie soit on continue comme ça ce qui entraîne des dérèglements à l'échelle planétaire qui pourraient être d'un ordre bien supérieur (migrations par millions, crise alimentaire, eau potable, risque de guerre accrue par tension géopolitique, etc. Et nos Maldives n'auront cure d'avoir moins de tourisme si elles sont de toutes les façons submergées...
Espérons qu'on invente vite les avions à pile à combustible hydrogène ou que plus globalement on arrive à faire basculer les industries (et donc les emplois) vers des stratégies bas carbone. En attendant, informons-nous et agissons en conséquence !

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