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Etat d'urgence Sri Lanka : est-il possible d'y voyager ? 🔑

Retour de Guillaume Linton (Asia) et Pablo Chevalier (Shanti Travel) présents au Sri Lanka



Durement impactĂ© par la crise sanitaire et fortement dĂ©pendant de l'activitĂ© touristique, le Sri Lanka se retrouve dans une situation Ă©conomique plus que critique. Au bord de la faillite, se retrouvant dans une crise sans prĂ©cĂ©dent, le pays fait face Ă  de nombreuses pĂ©nuries. Le Sri Lanka serait mĂȘme menacĂ© par une famine, Ă  en croire les politiques locaux. Retrouvez les tĂ©moignages de Guillaume Linton, PDG d'Asia et Pablo Chevalier, le DG de Shanti Travel Ă  Colombo.


Rédigé par le Mercredi 6 Avril 2022

Pour Guillaume Linton (Asia) présent au Sri Lanka, les conséquences sur le tourisme sont encore minimes - Crédit photo : GL
Pour Guillaume Linton (Asia) présent au Sri Lanka, les conséquences sur le tourisme sont encore minimes - Crédit photo : GL
Deux ans aprĂšs le dĂ©but de la pandĂ©mie, les consĂ©quences commencent Ă  ĂȘtre lourdes, pour certains pays, dont le Sri Lanka.

L'ßle connait un début d'année complexe, en raison d'une importante crise économique se doublant d'une grogne sociale.

Fortement dépendant du tourisme, l'industrie contribuant à hauteur de 11% du PIB, le Sri Lanka a surtout vu ses rentrées de devises étrangÚres se tarir.

Comme le rapporte le ministÚre français de l'Economie et des Finances, la nation est au bord de la faillite.

"L’indisponibilitĂ© des devises caractĂ©rise le dĂ©but de l’annĂ©e 2022, marquĂ©e par l’augmentation des pĂ©nuries, alors que plane le risque de dĂ©faut (de l'Etat). En mars 2022, Sri Lanka a dĂ©cidĂ© d'engager des discussions avec le FMI."

A cela vous ajoutez un contexte gĂ©opolitique peu propice Ă  une reprise soutenue du tourisme, le gouvernement local craint mĂȘme une baisse de frĂ©quentation (la Russie reprĂ©sentant 16,1% de l'activitĂ© et l’Ukraine 7,4%).

Face au manque de devises, les pĂ©nuries de produits importĂ©s commencent Ă  se faire ressentir, comme le gaz, le fuel et l’essence, ainsi que certains produits alimentaires de base. La menace d'une famine Ă  grande Ă©chelle planerait mĂȘme au-dessus du pays.

Alors que diffĂ©rentes manifestations parfois imposantes ont lieu dans plusieurs villes, l'Etat d'urgence a Ă©tĂ© dĂ©crĂ©tĂ© le 1er avril 2022. Le Quai d'Orsay recommande Ă  ce propos aux ressortissants français d’ĂȘtre prudents dans ses dĂ©placements, de se tenir Ă  l’écart de tout rassemblement.

Actuellement présent sur place, Guillaume Linton le PDG d'Asia, nous livre ses impressions.


Voyage Sri Lanka : "Aucune tension visible"

"Il est important de ne pas se contenter d'exposer seulement les aspects économiques de la crise, relayée par les médias nationaux, sans préciser que le pays fait tout pour préserver son attractivité touristique," recadre le patron du tour-opérateur.

Actuellement situé en bonne place dans les meilleures ventes d'Asia, le Sri Lanka est traditionnement une destination importante pour le TO.

Présent sur place pour un voyage professionnel, Guillaume Linton a pu échanger avec les autorités locales et le directeur général d'Interface. Concernant les entrées, rien ne change pour le moment.

Dans ce contexte social tendu, la situation peut assez vite Ă©voluer.

"Les formalités d'accÚs sont simplifiées. Il y a trÚs peu de perte de temps à l'arrivée à la descente de l'avion, le trafic est actuellement trÚs fluide sur l'ßle.

Les hÎtels et resorts internationaux trÚs bien entretenus. Les Européens sont assez peu nombreux sur les sites naturels et culturels, habituellement ultra fréquentés par les touristes asiatiques et russes.
"

Le Raid Amazones qui se tenait autour du Rocher du Lion du 27 mars au 6 avril s'est parfaitement dĂ©roulĂ©, avec mĂȘme une soirĂ©e de clĂŽture loin des problĂ©matiques de la population locale.

AprĂšs s'ĂȘtre rendu Ă  Colombo, le PDG d'Asia tient toujours le mĂȘme discours rassurant.

"Aucune tension visible dans la ville, les lieux de manifestation sont localisés sur des artÚres fermées à la circulation. Et hormis les queues de véhicules devant les stations-service, aucun indice apparent de la crise actuelle en dehors de Colombo," résume-t-il.

AprÚs quelques jours à visiter la destination, ses lieux emblématiques, mais aussi à échanger avec les acteurs locaux, dont les hÎteliers et les équipes du réceptif, Guillaume Linton dresse un bilan plutÎt positif.

Le patron du tour-opérateur ne minimise pas les problÚmes économiques et les difficultés que vivent les Sri lankais, mais se met à la place d'un voyageur européen.

Sri Lanka : "les véhicules transportant des touristes sont prioritaires"

Guillaume Linton (Asia) en compagnie d'agents de voyages au Sri Lanka - DR
Guillaume Linton (Asia) en compagnie d'agents de voyages au Sri Lanka - DR
Alors que les locaux font face à une pénurie d'essence, quelles sont les conséquences pour l'industrie touristique ?

"Les réceptifs connaissent les stations les moins encombrées.

En cas de forte affluence, les vĂ©hicules transportant des touristes sont prioritaires dans les stations-service et n'attendent quasiment pas. Nous l'avons expĂ©rimentĂ© Ă  Habbarana, en plein cƓur du Triangle culturel."


Les coupures de courant ne sont que peu perceptibles pour le moment dans les hÎtels et resorts, surtout ceux luxueux. Les établissements sont tous équipés de générateurs ou groupes électrogÚnes.

"Les interruptions ne durent donc qu'entre 1 et 2 min. Elles ne sont pas si fréquentes.

Elles ne sont gĂȘnantes que quelques instants en soirĂ©e au moment du retour Ă  l'hĂŽtel, puisque le soleil se lĂšve vers 6h et se couche vers 18h30 en ce moment, c'est donc plutĂŽt le soir que ça saute,
" témoigne le PDG d'Asia.

Un couvre-feu avait été instauré par le gouvernement pour contenir les manifestations, du samedi 2 avril 2022 18h au lundi 4 avril 2022 à 6h.

"Les véhicules transportant des touristes étaient les seuls autorisés à circuler. Ce couvre-feu était une réponse du gouvernement suite à un appel à manifester dans toutes les grandes villes du pays.

Vu les derniers rebondissements politiques, peu probables que ces appels se renouvellent de suite.
"

Le patron d'Asia entend aussi rassurer les voyageurs sur les pénuries alimentaires dans les hÎtels. Le président du parlement s'est pourtant alarmé d'un risque de famine pour le pays.

Sri Lanka : "rien ne justifie d'annuler un voyage"

"A ce stade, nous n'avons noté aucune incidence sur la variété et quantité servies aux buffets et repas dans les hÎtels et restaurants de notre voyage.

Nous avons mĂȘme Ă©tĂ© trĂšs agrĂ©ablement surpris.
"

Pour le patron du TO, rien ne justifie d'annuler un voyage au Sri Lanka.

Le pays serait mĂȘme plus accueillant que jamais, avec des initiatives trĂšs apprĂ©ciables du gouvernement dans le contexte actuel pour permettre aux voyageurs de profiter pleinement de leur sĂ©jour sur l'Ăźle.

Pour l'heure aucun hĂŽtel ne serait fermĂ© et il ne serait mĂȘme pas question de procĂ©der de la sorte, tant l'Ă©conomie a besoin du tourisme pour rĂ©Ă©quilibrer sa balance commerciale et soutenir la roupie srilankaise.

"Les rĂ©centes annonces concernant la demande d'aides auprĂšs FMI et le prĂȘt du gouvernement indien, assorties de conditions claires de respect d'un processus dĂ©mocratique en cas d'Ă©lections anticipĂ©es, devraient Ă©galement ĂȘtre de nature Ă  intensifier la pression sur le prĂ©sident sri lankais et Ă  calmer la population," analyse Guillaume Linton.

L'homme au pouvoir est largement décrié sur place, non seulement pour sa gestion de la crise, mais aussi aprÚs le coup d'Etat d'un de ses frÚres pour prendre le pouvoir en 2015.

Si pour l'heure le Sri Lanka paraßt garder un certain calme, il faut espérer qu'une solution soit vite trouvée, alors que les discussions avec le FMI pourraient s'éterniser jusqu'à la fin de l'année.

En attendant, le tourisme (et le touriste) poursuit son activité.

"Le taux de change est favorable pour nous.

Les tensions économiques et politiques qui chahutent actuellement le pays n'ont à ce jour aucune incidence notable sur l'activité touristique du pays,
" conclut-il.

"Le meilleur moyen d’aider le Sri Lanka c’est d’y voyager" Pablo Chevalier (Shanti Travel)

Autre son de cloche, celui de Pablo Chevalier, directeur général de Shanti Travel, basé à Colombo.

"Le meilleur moyen d’aider le Sri Lanka c’est d’y voyager et sur place les voyages se passent bien.

J’habite au Sri Lanka depuis 5 ans, et Shanti Travel y a un bureau en tant qu’agence rĂ©ceptive depuis la fin de la guerre en 2010, la situation sur place rĂ©sulte d’abord d’un manque de devise liĂ©e Ă  la baisse du tourisme. Faire peur aux voyageurs c’est aggravĂ© la crise !

Sur place, nous vivons normalement, il y a eu en effet des manifestations contre le gouvernement, cela arrive réguliÚrement. Puis il y a la démission du gouvernement, et une formation de coalition est en cours.

Le pays est complĂštement dĂ©pendant du tourisme et de l’argent envoyĂ© par la diaspora Sri Lankaise. Avec la pandĂ©mie, ces deux flux se sont arrĂȘtĂ©s pendant 2 ans.

Contrairement Ă  son voisin indien qui a un marchĂ© intĂ©rieur consĂ©quent, le marchĂ© sri lankais est petit, avec 20 millions d’habitant. Il y a beaucoup d’import, et finalement peu d’export Ă  part un peu de textile, quelques pierres.

Le cĂŽtĂ© « plateforme logistique » de l’Asie du Sud est existant, mais les ports sont dĂ©sormais contrĂŽlĂ©s par les chinois. Une des difficultĂ©s pour le pays actuellement c’est qu’il a dĂ©jĂ  vendu ses ports, ses autoroutes Ă  des consortiums chinois. Etrangement les taxes ont baissĂ© pour aider la population, mais le budget est du coup dĂ©sĂ©quilibrĂ©.

Comme en Europe, le pĂ©trol a augmentĂ©, mais sans devises il est complexe pour le Sri Lanka d’en acheter.

Un autre problÚme conjoncturel est que les pluies ont été faibles, et donc les barrages hydroélectriques tournent peu, il faut donc acheter du diesel pour faire tourner les générateurs.

Sur place, concrĂštement l’inflation est forte. Pour vous partager un exemple concret, la biĂšre Ă©tait Ă  215 roupies en dĂ©cembre, Ă  230 il y a 15 jours et Ă  250 cette semaine. Du cĂŽtĂ© de Shanti Travel, sur le bureau de Colombo, on a du augmenter les salaires de 20% ce mois-ci pour que nos employĂ©s sur place puisse tenir.

Le pays coule, mais alors comment l’aider ?

A l’échelle individuelle, le seul moyen de l’aider est de venir en voyage au Sri Lanka.
Cela permet de dĂ©couvrir un pays incroyable avec une diversitĂ© de monuments, de paysages, de nourriture & d’ambiance.

Ne pas y aller c’est la double peine pour les habitants localement. Donc voyagez au Sri Lanka et en plus il y a 2 vols directs de Paris !

Romain Pommier Publié par Romain Pommier Journaliste - TourMaG.com
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