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MyWay, Vialala ou Travelib : une menace pour le métier d’agent de voyages ? [ABO]

Interview de Guillaume Beurdeley, secrétaire général adjoint des EDV


Les initiatives visant à légaliser l’activité des travel planners se multiplient. La dernière en date n’est autre que celle de Travelib, portée par le duo Audrey Labarthe - Caroline Naar. Cette multiplication est-elle de nature à inquiéter les Entreprises du Voyage ? Va-t-on vers une distribution plus anglo-saxonne, donc davantage portée par des travailleurs indépendants ? Réponses avec Guillaume Beurdeley.


Rédigé par le Mercredi 18 Février 2026 à 07:12

Exercice illégal de la profession : 200 dossiers traités en 2025 - Depositphotos @stanciuc1
Exercice illégal de la profession : 200 dossiers traités en 2025 - Depositphotos @stanciuc1
Après Elux Travel, Travelib part à son tour à la conquête des indépendants, des apporteurs d’affaires et, bien sûr, des travel planners.

Rebaptisés "Travel Specialists" par la start-up, le terme "travel planner" étant la propriété d’Havas Voyages, ces acteurs, qui opèrent sans immatriculation ni garantie financière, font l’objet d’une cour assidue de la part de nouvelles solutions ou de tour-opérateurs souhaitant diversifier leur production.

Ils disposent, en outre, d’un avantage sur de nombreux agents de voyages : la maîtrise de la communication et du storytelling propres aux réseaux sociaux.

Ces initiatives, de plus en plus nombreuses et qui ne datent pas d’hier, font-elles craindre un morcellement de la profession et, à terme, un déclassement du métier d’agent de voyages ?

"Ce n’est pas une source d’inquiétude. Notre rôle n’est pas de commenter les modèles existants.

Nous défendons les opérateurs de voyages immatriculés. Dès lors que c’est le cas, il n’y a pas de sujet pour nous. Et nous n’avons pas vocation à interdire le recours à des apporteurs d’affaires.

Concernant des modèles de type "MyWay", nous voyons les projets se développer. Même si nous n’avons pas toujours accès aux comptes, on constate que le capital social est souvent au minimum légal.

Je ne pense pas que nous soyons, aujourd’hui, sur des volumes vraiment significatifs dans l’industrie. Je n’ai pas le sentiment que nous fassions face à une déferlante qui balaie le marché,
" nous explique Guillaume Beurdeley, secrétaire général adjoint des EDV.


Plateforme de légalisation des travel planners : "ça pose un vrai sujet..."

Si ces plateformes sont en règle, elles ne sont pas sans poser de problème à l'industrie.

"C'est un modèle qui fait largement confiance à des apporteurs d'affaires pour monter des voyages et les revendre sous sa propre responsabilité. Si le voyage se passe mal, s'il y a un probléme, c'est bien l'agence immatriculée qui sera responsable.

De plus, il y a la tentation, pour certains entrepreneurs, de s'affilier à l'une de ces agences afin d'afficher un numéro d'immatriculation sur leur site personnel et, en réalité, de faire très peu de dossiers via ces plateformes.

Ainsi, ils développent une activité illégale en parallèle tout en ayant ce numéro d'immatriculation. Là, ça pose un vrai sujet.


Pour l'heure, nous n'avons pas eu de catastrophe, mais je ne peux pas imaginer qu'il n'y ait pas de sujet un jour. Cela représente un risque pour le consommateur, qui pense avoir réservé auprès d'une agence immatriculée.

C'est une crainte, car l'agence serait alors victime de son prestataire, et il n'existe aucun garde-fou,
" nous confie un responsable syndical.

Il y a bien eu le cas de ces voyageurs français qui se sont retrouvés en Tanzanie sans aucune prestation réservée, malgré les 800 euros de commission versée au travel planner, nous en avions parlé dans un précédent article (cliquez-ici).

Qu'à cela ne tienne, plutôt conciliant et philosophe, le couple a acheté sur place ses prestations, entre billets pour un safari sur GetYourGuide, nuits d'hôtel, mais aussi billets pour les vols intérieurs.

La catastrophe n'a pas eu lieu, mais l'expérience fut, pour eux, pénible.

C'est d'ailleurs, une des limites identifiées par Travelib, qui a décidé d'incentiver les indépendants afin de les pousser à faire passer l'intégralité de leur trafic sur la plateforme.

Exercice illégal de la profession : 200 dossiers traités en 2025

Après, faut-il voir dans le développement de ces plateformes une mutation vers une distribution plus à l’anglo-saxonne, avec des agents de voyages travaillant de chez eux ?

"C'est quelque chose qui se développe. Ce n'est pas un sujet, ni un souci.

Cela est récurrent, notamment parmi les nouveaux opérateurs du tourisme : très souvent, il n'y a pas nécessairement de local commercial. On est plutôt sur des activités de niche."


Reste à savoir qui, de Travelib, Vialala ou encore MyWay, se taillera la part du lion dans un business difficile à quantifier.

Et pourtant, le sujet des travel planners, c'est un peu comme la météo : le différentiel entre les températures annoncées et celles ressenties est parfois phénoménal.

Les agents de voyages ressentent comme une déferlante inarrêtable de ces travailleurs, bien souvent illégaux.

"L'exercice illégal de l'activité, avec toutes ses composantes, reste un sujet qui fait l'objet d'un suivi important. Nous avons traité à peu près 200 dossiers en 2025, donc une croissance réelle du nombre de cas traités.

En face, nous avons aussi augmenté les moyens mis sur cette problématique. Ce chiffre ne représente pas nécessairement le volume total, ni l'évolution réelle de l'activité du commerce illégal.


C'est un sujet d'image pour la profession, évidemment, donc cette veille se maintiendra dans le temps,
" s'engage le secrétaire général adjoint des EDV.

Le nombre de dossiers traités, donc d'attaques juridiques contre des personnes ou des entreprises exerçant illégalement l'activité d'agent de voyages, a été multiplié par deux par rapport à la sortie du Covid.

Une croissance qui démontre que les EDV ne restent pas les bras croisés.

Bien souvent, il suffit d'une simple mise en demeure pour régler le sujet, les opérateurs n'étant pas informés de l'obligation de s'immatriculer et d'avoir une garantie financière.

"Les inspecteurs de la DGCCRF sont mieux sensibilisés" sur les travel planners

"Dans la moitié des cas, cette action est suffisante.

Bien souvent, ils ne sont pas au courant de la réglementation. Notre démarche entraîne soit une régularisation, soit un arrêt de l'activité, souvent très accessoire. Ensuite, il y a un travail important effectué auprès de la DGCCRF, la seule autorité en mesure de contrôler et sanctionner l'exercice illégal.

Je rappelle que ni Atout France, ni l'APST ne peuvent le faire.

La relation avec la DGCCRF se passe beaucoup mieux que par le passé. Les inspecteurs sont désormais bien sensibilisés sur le sujet. Nous avons, aux EDV, fait ce travail de sensibilisation, aussi bien au niveau national que départemental,
" tient à préciser Guillaume Beurdeley.

Le tableau, bien que plus positif, n'est pas tout blanc non plus.

Certains dossiers traînent en longueur et les procédures judiciaires peuvent s'étaler sur près de trois ans, permettant à la personne de continuer à exercer illégalement l'activité.

De plus, l'avènement des réseaux sociaux entraîne aussi une démultiplication des escrocs digitaux.

"C'est plus compliqué à pister que par le passé.

Certains organisent des opérations flash. Les escrocs apparaissent et disparaissent aussi vite qu'ils sont arrivés. C'est difficile à combattre dans le voyage comme dans d'autres secteurs.

Après, nous parlons beaucoup du volet répression, mais nous avons aussi tout un volet de sensibilisation des voyageurs,
" recadre le secrétaire général adjoint.

EDV : Un clip en tournage sur le sujet

Et cet autre pilier, pour faire avancer les choses, repose principalement sur la campagne de communication Stop Arnaque Voyage.

Mise en ligne en janvier 2025, elle avait pour but de lutter contre l’exercice illégal de la profession. Le battage sur les réseaux sociaux a rencontré un certain succès, avec plus de 4 millions de vues.

Une initiative qui a fait grand bruit, jusqu'à Bercy.

"Ce site est toujours actif.

Il y a toujours des campagnes sur les réseaux sociaux régulières, qui sont menées avec de l'information factuelle, simplement pour informer les voyageurs, sur les réseaux sociaux notamment, puisque c'est là que les opérateurs illégaux sont le plus présents.

Une formation des consommateurs est indispensable : pour la plupart, ils ne connaissent pas les obligations des agents de voyages, ni ce qu'ils apportent.

Nous sommes en train de finaliser le tournage d'un clip, destiné au grand public, dont l'objectif est d'être diffusé aussi sur les réseaux sociaux. Nous inviterons les agences de voyages à se saisir de cette vidéo,
" conclut Guillaume Beurdeley.

La lutte n'est pas terminée.


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