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Pouvoir d'achat, canicule, réservations : quelle saison 2026 pour les campings ?

Interview de Nicolas Dayot, président de la FNHPA


Alors que l'inflation et la crise du pouvoir d'achat contraignent les arbitrages budgétaires des vacances, l'hôtellerie de plein air s'impose comme le refuge de proximité des familles françaises. Nicolas Dayot, Président de la Fédération Nationale de l'Hôtellerie de Plein Air (FNHPA) revient pour TourMaG sur la saison à venir et sur les prochains défis du secteur.


Rédigé par Raphaël Cornacchia le Mardi 9 Juin 2026 à 07:28

Nicolas Dayot, président de la FNHPA. (c)T.Beaurepère
Nicolas Dayot, président de la FNHPA. (c)T.Beaurepère
TourMaG - La hausse des prix des carburants et l’inflation étouffent le budget des ménages. Paradoxalement, cela rend les billets d'avion hors de prix, ce qui pourrait bénéficier au tourisme de proximité. Le camping est-il le grand gagnant de cet arbitrage budgétaire ?

Nicolas Dayot : Il n'y a pas d'explosion des tarifs dans les campings français ; nos prix restent stables par rapport à l'année dernière. On ne peut pas en dire autant de nos amis des agences de voyages, qui affichent des hausses de plus de 20 %. La tendance de cette saison se résume clairement à un arbitrage : « moins loin, moins cher ».

Pour autant, on ne peut pas parler d'euphorie, mais plutôt d'une certaine fébrilité chez les clients. Le rythme des réservations est chaotique et les décisions se prennent à la dernière minute, laissant encore des places disponibles pour le cœur de l'été.

Nous anticipons un niveau de fréquentation global (en nombre de nuitées) similaire à celui de l'année dernière. En revanche, le chiffre d'affaires global pourrait être en baisse. La recherche du prix juste est au cœur de tous les comportements : réduction des distances géographiques, sélection d'hébergements de gamme inférieure et baisse des dépenses sur place.

TourMaG - Où en sont précisément les réservations pour cet été par rapport à l'année dernière ?

Nicolas Dayot : Le rythme a subi un fort ralentissement pendant un mois à partir de la mi-mars, en raison du contexte géopolitique mondial qui a incité les clients à la prudence. Heureusement, l'activité a repris des couleurs au cours du mois d'avril.

Aujourd'hui, par rapport à l'année dernière à la même époque, nous enregistrons une hausse de 1 % en volume de nuitées. Toutefois, le chiffre d'affaires recule d'environ 2 %. Cela s'explique par un glissement de la demande : les clients recherchent du moins cher. Ils délaissent les mobil-homes et chalets haut de gamme au profit de locatifs plus modestes, tandis que les emplacements nus (pour tentes, caravanes et camping-cars) progressent fortement.

Actuellement, l'hébergement locatif représente 56 % de la fréquentation contre 40 % pour les emplacements nus. Ces derniers sont plébiscités non seulement par les touristes européens de proximité, mais aussi par les Français qui fractionnent leurs séjours. Plutôt que de louer une semaine entière, ils préfèrent réserver pour 3 ou 4 jours afin de calibrer précisément leur budget vacances.

A lire aussi : Crise géopolitique : les campings français espèrent faire le plein en 2026

Le retour en grâce des campings 3 étoiles

TourMaG - Le prix du plein d'essence ne risque-t-il pas de bloquer les familles les plus modestes, les empêchant même de partir près de chez elles ?

Nicolas Dayot : C'est une véritable étude sociologique en temps réel. La grande chance du camping, comme nous l’avons constaté lors des crises précédentes, qu'il s'agisse du Covid ou des Gilets jaunes, c’est sa proximité. Où que vous habitiez en France, il y a toujours un terrain de camping à quelques kilomètres de chez vous.

Pour les familles modestes au budget serré, notamment celles qui se sentent exclues des prix du littoral, il y a la possibilité de partir tout près. En Bretagne par exemple, si vous résidez dans le nord de la région, vous pouvez très bien descendre passer vos vacances dans le sud de la région. Le dépaysement est total, et le coût du trajet en voiture devient dérisoire.

C’est notre grande force : offrir un vrai cadre de vacances à 40 minutes de la maison, avec des infrastructures de loisirs complètes pour les enfants (toboggans, piscines couvertes, animations).

TourMaG - Ne craignez-vous pas que vos établissements axés sur la nature, souvent situés à l'intérieur des terres, soient pénalisés par rapport aux grands clubs côtiers à cause du coût de ce trajet en voiture ?

Nicolas Dayot : C’est encore un peu tôt pour l'affirmer avec certitude, mais nous constatons qu'une partie des Français qui envisageaient de partir à l'étranger choisissent finalement de rester dans l'Hexagone, et ils s'orientent volontiers vers les territoires verts de l'intérieur.

Le cœur de la population des campeurs se concentre traditionnellement sur les établissements 4 étoiles. Cependant, nous observons cette année un renforcement remarquable des campings 3 étoiles, alors que leur fréquentation baissait continuellement depuis dix ans.

Certes, ils offrent moins d'équipements et de services qu'un 4 ou 5 étoiles, mais ils disposent d'un niveau d'animation et d'infrastructures très satisfaisant pour un prix plus accessible. Ces campings de moyenne gamme sont très présents à l'intérieur des terres, comme dans la vallée de la Loire. Cette dynamique favorise une redistribution territoriale harmonieuse, au plus près du domicile des vacanciers.

Les campings face à la canicule

TourMaG - Outre le pouvoir d'achat, le secteur doit composer avec le changement climatique et les canicules. Comment vous adaptez-vous pour que le camping reste un plaisir et non un supplice lors des pics de chaleur extrême ?

Nicolas Dayot : Plus des deux tiers de la clientèle se dirigent vers la moitié sud du pays et la région Rhône-Alpes. L'ensoleillement y reste un atout majeur, comme on le voit en Espagne où l'activité touristique ne faiblit pas malgré la récurrence des vagues de chaleur. Néanmoins, les campings de la moitié nord de la France progressent plus vite, attirant une clientèle en quête de fraîcheur, y compris des touristes espagnols et italiens.

Pour garantir le confort de nos clients malgré la hausse des températures, la profession déploie des transformations structurelles autour de trois grands axes. Nous menons un vaste plan national de reboisement et d'aménagement paysager. Nous remplaçons certaines essences forestières condamnées à disparaître par des variétés plus résilientes, et nous augmentons massivement l'ombrage (hauteur des haies, densité des arbres), particulièrement dans la moitié nord.

À l'image des pratiques d'Europe du Sud, nous concevons des zones de brumisation et plantons des allées d'arbres spécifiques pour créer des couloirs de vent naturels qui rafraîchissent l'espace. Nous protégeons également les zones d'attente devant les réceptions avec des structures ombragées et installons la climatisation dans les bâtiments d'accueil.

Et en collaboration avec les constructeurs de mobil-homes, nous travaillons sur l'isolation thermique. Nous passons par exemple des toits noirs aux toits blancs pour réfléchir les rayons du soleil. Nous intégrons des systèmes de ventilation naturelle transversale pour faire circuler l'air sans recourir systématiquement à la climatisation, et nous installons des persiennes ou des casquettes en bois devant les baies vitrées pour bloquer la chaleur directe.

TourMaG - Les campings nature ne détiennent-ils pas, grâce à cette végétalisation, la clé de la fraîcheur face à des complexes hôteliers plus modernes très artificialisés ?

Nicolas Dayot : Le retour au vert est dans l'ADN profond du camping. 70 % des terrains français sont situés dans des communes rurales ou des espaces naturels préservés (en lisière de champs, de dunes, de rivières ou de lacs), loin des grands ensembles urbanisés. L'emprise au sol des bâtiments y est extrêmement faible, ne dépassant pas 5 % de la surface totale en moyenne. Le reste est exclusivement composé d'emplacements en herbe et d'espaces arborés.

Nos clients viennent précisément chercher ce contact direct avec les éléments. D'ailleurs, dans nos enquêtes statistiques, la proximité de la nature s'impose comme le troisième critère de choix des Français, juste après la présence d'une piscine. Pour des citadins, cette déconnexion est essentielle.

Depuis vingt ans, la profession a réalisé un effort paysager colossal. La végétalisation ne sert pas seulement à embellir ou à intégrer le camping dans son environnement ; elle permet de casser la promiscuité, de créer des bulles d'intimité pour chaque famille et de lutter efficacement contre les îlots de chaleur.

« Sans adaptation, certains campings disparaîtront » : l'alerte de Nicolas Dayot

TourMaG - Vous avez récemment déposé des propositions au Sénat concernant l'adaptation au changement climatique. Vous y pointez du doigt la rigidité de la loi Littoral et des Plans de Prévention des Risques (PPR) qui freinent vos actions. De quels aménagements réglementaires les campings ont-ils besoin ?

Nicolas Dayot : L'enjeu est vital : il faut éviter que le parc de campings français ne disparaisse sous l'effet de l'intensification des risques naturels (incendies, submersions marines, érosion côtière, inondations). Le problème est que la réglementation française actuelle a été pensée pour figer les situations, et non pour accompagner l'adaptation.

La loi Littoral, par exemple, a été rédigée à la fin des années 80 pour bloquer l’urbanisation sauvage et empêcher la construction de villas dans les espaces vierges. Elle n'a jamais intégré les dynamiques du changement climatique.

Pour réduire la vulnérabilité de nos établissements, nous devons impérativement réaménager l'intérieur de nos parcelles. Cela signifie pouvoir reconstruire des bâtiments d'accueil plus résilients, loger le personnel saisonnier à l'étage pour le protéger des crues, ou encore déplacer des hébergements situés en zone inondable en bord de rivière pour y installer une aire de jeux, tout en repositionnant les couchages sur les hauteurs du terrain.

Or, pour réaliser ces modifications de bon sens, il faut obtenir des permis d'aménager ou de construire. Dans la majorité des cas, le droit de l'urbanisme et les règles strictes de protection de l'environnement nous opposent un refus systématique.

Dans les situations les plus critiques d'érosion côtière, il faudra aller jusqu'à déplacer entièrement des campings à un ou deux kilomètres à l'intérieur des terres. Aujourd'hui, l'empilement des textes législatifs (Loi Climat et Résilience, règlements des PPR, etc.) bloque complètement ces transferts de foncier.

Nous ne demandons pas d'assouplir la protection de la nature, mais de compléter les lois pour permettre ces relocalisations indispensables. Si nous ne faisons rien, l'accès à des vacances abordables pour les familles populaires aura disparu à la fin du XXIe siècle.

TourMaG - Pourriez-vous résumer les principales contraintes que la loi Littoral fait peser sur l'hôtellerie de plein air ?

Nicolas Dayot : La loi Littoral protège efficacement le domaine public maritime en interdisant toute construction dans la bande des 100 mètres. Le problème réside dans son application aux « espaces proches du rivage », qui englobent une part considérable des communes côtières.

Le principe fondamental de cette loi est l'obligation de construire en continuité avec l’urbanisation existante (les agglomérations et les villages). Or, par définition, les deux tiers des campings littoraux sont implantés en pleine nature, à l'écart des zones urbanisées.

De ce fait, nous sommes dans une impasse juridique totale : la loi nous assimile à de l'urbanisation nouvelle et nous interdit d'effectuer la moindre modification ou reconstruction sur nos terrains, alors même que ces travaux visent à rendre le camping plus résilient, plus écologique et mieux adapté aux risques climatiques.

TourMaG - Selon vous, entre l'urgence climatique et la crise du pouvoir d'achat, à quoi ressemblera le camping idéal dans 5 ou 10 ans ?

Nicolas Dayot : Le camping est intrinsèquement le mode d'hébergement le plus agile de l'industrie touristique. Contrairement à l'hôtellerie traditionnelle en dur, nous pouvons faire évoluer nos structures et nos configurations très rapidement.

Dans les dix ans à venir, le camping idéal proposera une offre d'hébergement profondément renouvelée. Il conjuguera un haut niveau de confort, une connectivité numérique optimale pour faciliter la découverte des territoires, et une exemplarité environnementale absolue.

Nous allons réduire drastiquement notre consommation d'eau sans pour autant sacrifier nos espaces aquatiques, optimiser la biodiversité sur nos parcelles et structurer des passerelles fortes avec les filières locales pour valoriser le terroir.

Enfin, notre modèle va intégrer un défi démographique majeur : le vieillissement de la population et le développement de la silver économie. Les seniors de demain voyageront beaucoup à travers la France et exprimeront des attentes très fortes en matière de bien-être, de confort et d'accompagnement.

Nous allons voir se développer des infrastructures de soins et de détente complémentaires, comme des spas ou des saunas de haute qualité. Le camping de demain sera à la fois un refuge de fraîcheur, un modèle d'éco-responsabilité et le garant de la mixité sociale des vacances.

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Tags : camping, fnhpa
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