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Voyage solo : tendance de fond ou simple coup marketing ? [ABO]

La France, troisième marché européen le plus favorable au voyage solo derrière l’Allemagne et la Suède


Le voyage solo sort de sa niche. Près d’un Européen sur trois envisage de partir seul dans les douze prochains mois et, en France, l’intention atteint 32,2 %, selon Dertour Group. Face à cette demande, les opérateurs commencent à adapter leurs offres. Mais entre véritable produit pensé pour les solos et simple étiquette marketing, le fossé reste important.


Rédigé par le Jeudi 24 Septembre 2026 à 07:18

Séduire ces voyageuses qui veulent partir seules sans pour autant voyager seules implique de repenser l’hébergement, la taille des groupes, les activités, la mise en relation avant le départ… et jusqu’à la conception des produits. @depositphotos/Syda_Productions
Séduire ces voyageuses qui veulent partir seules sans pour autant voyager seules implique de repenser l’hébergement, la taille des groupes, les activités, la mise en relation avant le départ… et jusqu’à la conception des produits. @depositphotos/Syda_Productions
Partir seul ne signifie pas nécessairement voyager seul.

Derrière la progression du « solo travel » se cachent plusieurs réalités : des clients qui s’inscrivent seuls à un circuit de groupe, des voyageurs qui souhaitent partager leur chambre, des femmes qui recherchent une expérience exclusivement féminine ou encore des randonneurs qui veulent s’élancer en autonomie.

Une diversité de profils qui oblige les opérateurs à dépasser la simple question du supplément individuel.


Le solo, une tendance qui s’installe

Chez Copines de Voyage, le voyage solo n’est pas une nouveauté. L’entreprise, créée en 2016, s’est précisément développée autour de cette envie de partir seule tout en rencontrant d’autres personnes. « On parle souvent de voyage solo, mais nos clientes ne sont pas forcément des femmes seules dans la vie », explique Alexiane Eymard, directrice générale adjointe de Hello Travel.

Parmi les clientes de Copines de Voyage, certaines sont célibataires, d’autres en couple, mariées ou mères de famille. Leur point commun : l’envie de voyager, même lorsque leur entourage n’est pas disponible ou ne partage pas leurs envies de destination.

« Ce sont des social travelers », résumait Alexiane Eymard. Une clientèle qui ne recherche donc pas nécessairement l’isolement, mais au contraire une manière de partir seule tout en étant entourée.

Chez TUI France, la tendance se confirme également, même si elle reste minoritaire dans les ventes. « Le solo représente 3 % de nos ventes 2026, hors familles monoparentales », indique Jean-Baptiste Delsuc. Une proportion à mettre en regard d’une dynamique de croissance : les réservations de voyages individuels progressent d’environ 10 % cette année chez le voyagiste, qui observe une tendance installée depuis près de quatre ans.

L’offre « Partez Solo » de Nouvelles Frontières, proposée sur une large partie de ses circuits, répond à cette demande. Elle permet notamment de voyager sans supplément individuel dans certaines conditions, avec la possibilité de partager sa chambre avec une personne du même sexe.

S’inscrire seul, sans forcément vouloir l’être

Cette distinction entre « partir seul » et « s’inscrire seul » est également centrale chez Allibert Trekking.

« Les voyageurs qui s’inscrivent seuls sur des voyages en groupe constituent une part importante et croissante des voyageurs en groupe », explique Frédéric Giroir, directeur général d’Allibert Trekking. Une évolution qui accompagne, selon lui, l’augmentation de la proportion de personnes seules dans la population française.

Le départ véritablement en solo, notamment sur des voyages en liberté, est en revanche plus récent et reste encore confidentiel. « Mais on sent une demande croissante », précise-t-il.

Le regard porté sur le fait de vivre seul ou de partir seul évolue également. « C’est une très belle aventure de partir seul : ouverture au monde possible tout en ayant des moments pour soi, respecter son propre rythme… », souligne Frédéric Giroir.

La technologie contribue aussi à lever certains freins. « Les roadbooks électroniques équipés d’une navigation GPS hors ligne facilitent et sécurisent notamment la randonnée en autonomie », précise-t-il.

Des profils et des attentes multiples

Chez Allibert Trekking, les profils diffèrent selon le type de séjour. Sur les voyages en groupe, l’âge moyen des personnes inscrites seules ne se distingue pas de la moyenne générale, mais la proportion de femmes est plus élevée.

Sur les voyages en liberté, l’âge moyen est plus bas. L’opérateur observe à la fois des primo-voyageurs et des habitués du solo, ainsi qu’une proportion plus importante de célibataires.

Chez Copines de Voyage, le profil est également loin de se limiter à une catégorie de femmes seules. « Ce ne sont pas forcément des femmes qui voyagent seules dans leur vie. Elles peuvent être en couple, mariées, avoir des enfants », précise Alexiane Eymard.

L’entreprise revendique près de 70 % de voyageuses solo et observe une clientèle attirée autant par les rencontres que par la destination. Les groupes sont volontairement limités, avec un maximum de dix participantes et une moyenne de huit.

L’enjeu est donc moins de vendre une solitude que de proposer une expérience collective à des personnes qui ont choisi de ne pas attendre d’être accompagnées pour partir.

Du supplément single au produit pensé pour les femmes

Pour certains opérateurs, l’adaptation de l’offre part d’un constat très concret : les voyageurs seuls représentent déjà une part significative des ventes.

« Depuis toujours, nous vendons beaucoup de circuits avec des voyageurs en single », explique Olivia Calvin, directrice commerciale du tour-operateur Climats du Monde. Selon son estimation, ces voyageurs représenteraient entre 15 et 20 % des circuits.

L’observation d’une forte présence féminine parmi cette clientèle a conduit son entreprise à faire évoluer ses produits. « Nous avions parfois des cas de conscience : est-ce qu’on fait partir une femme seule sur un tout petit groupe ? », raconte-t-elle. Des clientes demandaient également s’il était possible de partager leur chambre afin d’éviter le supplément individuel.

De cette réflexion sont nés, il y a deux ans, des départs women-only. Le principe : permettre aux participantes de s’inscrire sur la base d’une chambre double à partager, tout en conservant la possibilité de réserver une chambre individuelle à la demande.

« L’idée n’est pas forcément le voyage solo, mais plutôt un voyage pensé pour des femmes », précise Olivia Calvin. Certaines participantes viennent avec leur sœur ou un groupe d’amies, tandis que d’autres s’inscrivent seules et découvrent le groupe sur place.

La chambre, un sujet commercial… et un vrai frein

Le supplément individuel demeure un enjeu important dans la conception des produits. Chez TUI France, l’offre « Partez Solo » de Nouvelles Frontières repose notamment sur l’absence de supplément single dans certaines conditions, avec un partage de chambre proposé entre voyageurs du même sexe.

Mais cette possibilité ne signifie pas que les clients souhaitent systématiquement partager leur hébergement. Selon les données communiquées par TUI, 90 % des personnes qui s’inscrivent dans ce cadre finissent par opter pour une chambre individuelle.

Chez Allibert Trekking, le supplément individuel reste lui aussi très demandé sur les voyages en groupe. En liberté, la chambre individuelle est recherchée, mais son absence n’est pas nécessairement rédhibitoire.

« Si elle est impossible à fournir, comme sur certaines randonnées en montagne quand on arrive en refuge, ce n’est pas forcément bloquant », indique Frédéric Giroir.

Chez Olivia Calvin, le partage de chambre constitue toutefois un levier pour rendre le produit plus accessible. « En principe, quand vous vous inscrivez seule, vous êtes automatiquement en single », rappelle-t-elle. Les départs women-only permettent donc de proposer une alternative au supplément individuel, sans imposer cette formule.

Une offre encore largement à construire

Si la demande progresse, les opérateurs ne sont pas tous au même niveau de maturité. Olivia Calvin regrette ainsi que son entreprise soit encore « l’un des rares tour-opérateurs à proposer ce type d’offre en B2B ».

Son constat : l’accueil est très bon, aussi bien dans les agences de voyages que chez les clientes. « Beaucoup nous disent : “Je ne savais pas que ça existait.” » Pour elle, le développement de l’offre permettrait aussi de mieux faire connaître le concept et d’accélérer son adoption.

L’offre women-only représente aujourd’hui un relais de croissance, même si elle ne couvre pas encore toutes les destinations. Cette année, l’opérateur a surtout augmenté le nombre de dates de départ sur les circuits qui fonctionnaient le mieux, avec notamment des départs spéciaux en Inde pour Holi et Diwali. Le Vietnam et le Japon pourraient également rejoindre la programmation.

Chez Allibert Trekking, la perspective est tout aussi claire. « C’est une tendance de fond de la société : de plus en plus de solos, donc de plus en plus de vacances et voyages en solo. C’est un véritable relais de croissance qui ne peut pas être ignoré », estime Frédéric Giroir.

Mais attention, proposer une chambre individuelle ne suffit pas toujours à répondre aux attentes du voyageur solo. La question est aussi celle de l’expérience, de la sécurité, du rythme, des rencontres et de la possibilité de choisir sa manière de voyager.


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