Badr Mohammed Al Meer aux commandes de Qatar Airways : "une culture de confiance et de responsabilisation sera le fondement de notre réussite commune". Crédit : Qatar Airways
Pour beaucoup, le départ de Son Excellence M. Akbar Al Baker a été une surprise.
A 62 ans, soit 12 ans de moins que Tim Clark qui dirige Emirates, lâiconique patron de la compagnie qatarie qui dĂ©clarait en septembre dernier : « nous souhaitons continuer Ă dĂ©passer toutes les attentes pour Qatar Airways dans les annĂ©es Ă venir », semblait rĂ©gner en maitre et pour encore longtemps au sein de la compagnie.
Cependant, à y regarder de plus prÚs, on peut émettre quelques hypothÚses sur les causes de son départ soudain, simplement notifié par un simple communiqué.
A 62 ans, soit 12 ans de moins que Tim Clark qui dirige Emirates, lâiconique patron de la compagnie qatarie qui dĂ©clarait en septembre dernier : « nous souhaitons continuer Ă dĂ©passer toutes les attentes pour Qatar Airways dans les annĂ©es Ă venir », semblait rĂ©gner en maitre et pour encore longtemps au sein de la compagnie.
Cependant, à y regarder de plus prÚs, on peut émettre quelques hypothÚses sur les causes de son départ soudain, simplement notifié par un simple communiqué.
Al Baker, un caractĂšre particulier
La forte croissance et la rapide notoriĂ©tĂ© de la compagnie que lâon doit mettre Ă son actif, les moyens presque illimitĂ©s pour acheter des avions lui confĂ©raient une sorte dâimmunitĂ©.
Ses colĂšres, ses critiques trĂšs acerbes envers les constructeurs, les institutions du transport aĂ©rien et les concurrents Ă©taient connues et chacun « faisait avec » pour Ă©viter de se mettre Ă dos, ce gros client, cet important adhĂ©rent, ce puissant collĂšgue ou patronâŠ
JusquâĂ ce que nâĂ©clate lâaffaire de la peinture des A350.
Une étoile qui pùlit
Constatant que la peinture de ses A350 sâĂ©caillait prĂ©maturĂ©ment, le PDG les avait clouĂ©s au sol en 2021, Ă©voquant la sĂ©curitĂ© et exigeant d'Airbus des indemnisations dĂ©passant le milliard de dollars. Une erreur qui a commencĂ© Ă faire pĂąlir lâĂ©toile dâAkbar Al Baker.
Airbus Ă lâĂ©poque et contrairement Ă ce quâon lâon pouvait attendre nâavait pas acceptĂ© les mises en cause de son appareil.
PlutĂŽt que de faire le dos rond, dans la perspective dâun trĂšs gros contrat Ă venir, le constructeur avait vigoureusement rĂ©agi et parlĂ© publiquement de « dĂ©clarations inexactes », de « mauvaises interprĂ©tations », et surtout de « menaces sur les protocoles internationaux de sĂ©curitĂ© ».
AprĂšs une bataille juridique devant les tribunaux anglais, Akbar Al Baker avait dĂ» renoncer aux indemnisations, et se rĂ©soudre Ă un accord Ă lâamiable.
Plus grave, Airbus, durant cette bataille juridique de plusieurs mois, avait tout bonnement annulĂ© la commande de Qatar Airways de 50 A321neo, privant la compagnie dâun avion clĂ© dans son dĂ©veloppement et pour sa rentabilitĂ©.
Ce « mauvais procÚs » intenté contre le constructeur européen aura finalement nui à la compétitivité de Qatar et terni son image.
Au plus fort de cette crise et selon lâagence Reuters, le PrĂ©sident Emmanuel Macron, sans doute un peu agacĂ©, avait directement Ă©voquĂ© cette affaire avec son homologue lâĂ©mir qatari Cheikh Tamim ben Hamad al-Thani.
Rappelons que la compagnie aérienne est entiÚrement détenue par le gouvernement qatari.
Autre « sortie » remarquĂ©e de lâex-PDG de Qatar, lorsquâil a exprimĂ© publiquement sa totale incrĂ©dulitĂ© quant aux objectifs fixĂ©s par lâOACI* de supprimer les Ă©missions de carbone d'ici Ă 2050 au sein du secteur aĂ©rien.
Certes, tout dirigeant peut avoir de trĂšs bonnes raisons de douter quant Ă la rĂ©alisation de cet objectif trĂšs ambitieux et Akbar Al Baker est loin dâĂȘtre le seul Ă ĂȘtre pessimiste Ă ce sujet.
Cependant, alors mĂȘme que le site internet de la compagnie indique « Nous nous engageons Ă atteindre zĂ©ro Ă©mission carbone d'ici Ă 2050 en tant que compagnie aĂ©rienne » et que sur le site du gouvernement qatari on peut lire que « le Qatar est engagĂ© depuis longtemps Ă relever les dĂ©fis environnementaux mondiaux. Le Qatar est un partenaire actif dans la campagne de la communautĂ© internationale pour faire face Ă la crise climatique. », les dĂ©clarations publiques dâAkbar Al Baker ont fait tache et finalement brouillĂ© les messages de la compagnie et du gouvernement.
Airbus Ă lâĂ©poque et contrairement Ă ce quâon lâon pouvait attendre nâavait pas acceptĂ© les mises en cause de son appareil.
PlutĂŽt que de faire le dos rond, dans la perspective dâun trĂšs gros contrat Ă venir, le constructeur avait vigoureusement rĂ©agi et parlĂ© publiquement de « dĂ©clarations inexactes », de « mauvaises interprĂ©tations », et surtout de « menaces sur les protocoles internationaux de sĂ©curitĂ© ».
AprĂšs une bataille juridique devant les tribunaux anglais, Akbar Al Baker avait dĂ» renoncer aux indemnisations, et se rĂ©soudre Ă un accord Ă lâamiable.
Plus grave, Airbus, durant cette bataille juridique de plusieurs mois, avait tout bonnement annulĂ© la commande de Qatar Airways de 50 A321neo, privant la compagnie dâun avion clĂ© dans son dĂ©veloppement et pour sa rentabilitĂ©.
Ce « mauvais procÚs » intenté contre le constructeur européen aura finalement nui à la compétitivité de Qatar et terni son image.
Au plus fort de cette crise et selon lâagence Reuters, le PrĂ©sident Emmanuel Macron, sans doute un peu agacĂ©, avait directement Ă©voquĂ© cette affaire avec son homologue lâĂ©mir qatari Cheikh Tamim ben Hamad al-Thani.
Rappelons que la compagnie aérienne est entiÚrement détenue par le gouvernement qatari.
Autre « sortie » remarquĂ©e de lâex-PDG de Qatar, lorsquâil a exprimĂ© publiquement sa totale incrĂ©dulitĂ© quant aux objectifs fixĂ©s par lâOACI* de supprimer les Ă©missions de carbone d'ici Ă 2050 au sein du secteur aĂ©rien.
Certes, tout dirigeant peut avoir de trĂšs bonnes raisons de douter quant Ă la rĂ©alisation de cet objectif trĂšs ambitieux et Akbar Al Baker est loin dâĂȘtre le seul Ă ĂȘtre pessimiste Ă ce sujet.
Cependant, alors mĂȘme que le site internet de la compagnie indique « Nous nous engageons Ă atteindre zĂ©ro Ă©mission carbone d'ici Ă 2050 en tant que compagnie aĂ©rienne » et que sur le site du gouvernement qatari on peut lire que « le Qatar est engagĂ© depuis longtemps Ă relever les dĂ©fis environnementaux mondiaux. Le Qatar est un partenaire actif dans la campagne de la communautĂ© internationale pour faire face Ă la crise climatique. », les dĂ©clarations publiques dâAkbar Al Baker ont fait tache et finalement brouillĂ© les messages de la compagnie et du gouvernement.
Badr Mohammed Al Meer, une nouvelle génération
A lâheure oĂč une nouvelle gĂ©nĂ©ration regarde de trĂšs prĂšs les questions dâenvironnement, les doutes exprimĂ©s par lâex-dirigeant de Qatar Airways Ă ce sujet ont surement pesĂ© dans la dĂ©cision du gouvernement qatari de nommer Ă la tĂȘte de la compagnie un dirigeant plus jeune, plus enthousiaste et affichant plus dâoptimisme face aux enjeux de lâenvironnement.
Câest le cas du nouveau PDG, Badr Mohammed Al Meer qui, Ă peine nommĂ©, sâest empressĂ© de dĂ©clarer : « Dans cette industrie du voyage dynamique et en constante Ă©volution, je prĂ©vois d'investir dans les prioritĂ©s et les prĂ©occupations de ma gĂ©nĂ©ration, et je mettrai un accent renouvelĂ© sur l'exploitation des technologies Ă©mergentes, le dĂ©veloppement et la mise en Ćuvre de solutions d'aviation durables ».
Titulaire de diplÎmes d'ingénieur de l'Université américaine de Beyrouth et de l'Université du Colorado, Badr Mohammed Al Meer occupait précédemment le poste de Directeur des Opérations de l'Aéroport international Hamad.
CrĂ©ditĂ© dâun bon leadership et ayant bien rĂ©ussi le dĂ©fi historique de la Coupe du monde de la FIFA 2022 qui a permis Ă l'aĂ©roport d'accueillir plus d'un million de visiteurs, ce nouveau PDG incarne bien la volontĂ© du Qatar Ă mettre en place une nouvelle gĂ©nĂ©ration de dirigeants.
Tout indique au travers de ses premiÚres déclarations que son style sera surement plus policé que celui de son prédécesseur.
Câest le cas du nouveau PDG, Badr Mohammed Al Meer qui, Ă peine nommĂ©, sâest empressĂ© de dĂ©clarer : « Dans cette industrie du voyage dynamique et en constante Ă©volution, je prĂ©vois d'investir dans les prioritĂ©s et les prĂ©occupations de ma gĂ©nĂ©ration, et je mettrai un accent renouvelĂ© sur l'exploitation des technologies Ă©mergentes, le dĂ©veloppement et la mise en Ćuvre de solutions d'aviation durables ».
Titulaire de diplÎmes d'ingénieur de l'Université américaine de Beyrouth et de l'Université du Colorado, Badr Mohammed Al Meer occupait précédemment le poste de Directeur des Opérations de l'Aéroport international Hamad.
CrĂ©ditĂ© dâun bon leadership et ayant bien rĂ©ussi le dĂ©fi historique de la Coupe du monde de la FIFA 2022 qui a permis Ă l'aĂ©roport d'accueillir plus d'un million de visiteurs, ce nouveau PDG incarne bien la volontĂ© du Qatar Ă mettre en place une nouvelle gĂ©nĂ©ration de dirigeants.
Tout indique au travers de ses premiÚres déclarations que son style sera surement plus policé que celui de son prédécesseur.
Qatar Airways : un changement de culture
Changement de style, changement de ton, mais le plus important dans cette nomination outre les aspects relevant de la forme, c'est ce qui devrait se passer sur le fond quant au management de lâentreprise.
Avec ce nouveau dirigeant, Qatar Airways veut faire Ă©voluer la culture dâentreprise en se rapprochant des standards occidentaux.
Ce n'est pas demain que les syndicats vont débouler au siÚge à Doha, cependant le nouveau PDG est trÚs clair, souhaitant : « faire évoluer le groupe Qatar Airways » et le « faire entrer dans une nouvelle Úre, dans laquelle une culture de confiance et de responsabilisation sera le fondement de notre réussite commune »
DĂ©jĂ , du cĂŽtĂ© des hĂŽtesses et des stewards, les choses semblent Ă©voluer. Le site Aerotime.aero rapporte qu'ils auraient Ă©tĂ© avisĂ©s il y a quelques jours que les rĂšgles qui leur imposent de rester obligatoirement chez eux avant un vol allaient ĂȘtre assouplies.
Une sorte de couvre-feu qui nâexiste pas dans les compagnies occidentales et peu apprĂ©ciĂ© des navigants dont beaucoup considĂ©raient quâil sâagissait dâune grave entrave Ă la vie privĂ©e.
Pour la compagnie qatari, les enjeux liĂ©s Ă son attractivitĂ© en tant quâemployeur sont Ă©normes au vu de la forte croissance du transport aĂ©rien dans les annĂ©es qui viennent.
Il y a quelques annĂ©es les opportunitĂ©s dâemplois dans les compagnies aĂ©riennes Ă©taient rares sauf dans les pays du Golfe oĂč se pressaient de trĂšs nombreux candidats. Depuis la fin de la pandĂ©mie, les choses ont changĂ© et les compagnies du monde entier recherchent des collaborateurs et particuliĂšrement des navigants.
Lâoffre devient supĂ©rieure Ă la demande. Salaires, conditions de travail et de vie, mais aussi culture dâentreprise seront des critĂšres dĂ©terminants pour choisir son employeur ce que semble avoir bien compris Qatar Airways.
Une page se tourne donc. Dans les communiquĂ©s de la compagnie, le nom du PDG nâest plus prĂ©cĂ©dĂ© de « son excellence » mais dâun simple M.
Dans lâhommage quâil lui a rendu, Badr Mohammed Al Meer a dĂ©clarĂ© Ă propos de son prĂ©dĂ©cesseur : « Son excellence M. Akbar Al Baker a laissĂ© une empreinte inoubliable sur cette organisation, ayant construit Qatar Airways depuis ses dĂ©buts pour en faire une compagnie aĂ©rienne de classe mondiale⊠»
Cette excellence est effectivement Ă mettre au crĂ©dit d'Akbar Al Baker. Nous lâavions rencontrĂ© il y a quelques mois au salon du Bourget.
Lâhomme, ce jour-lĂ , Ă©tait souriant, charmant avec tout le monde avec mĂȘme de lâhumour. Des traits de personnalitĂ© quâil nâaffichait pas souvent, entretenant plutĂŽt lâidĂ©e dâun homme autoritaire et cassant.
Un portrait qui ne semble plus ĂȘtre conforme Ă lâimage que Qatar Airways veut donner de ses dirigeants.
*Organisation de l'aviation civile internationale
Avec ce nouveau dirigeant, Qatar Airways veut faire Ă©voluer la culture dâentreprise en se rapprochant des standards occidentaux.
Ce n'est pas demain que les syndicats vont débouler au siÚge à Doha, cependant le nouveau PDG est trÚs clair, souhaitant : « faire évoluer le groupe Qatar Airways » et le « faire entrer dans une nouvelle Úre, dans laquelle une culture de confiance et de responsabilisation sera le fondement de notre réussite commune »
DĂ©jĂ , du cĂŽtĂ© des hĂŽtesses et des stewards, les choses semblent Ă©voluer. Le site Aerotime.aero rapporte qu'ils auraient Ă©tĂ© avisĂ©s il y a quelques jours que les rĂšgles qui leur imposent de rester obligatoirement chez eux avant un vol allaient ĂȘtre assouplies.
Une sorte de couvre-feu qui nâexiste pas dans les compagnies occidentales et peu apprĂ©ciĂ© des navigants dont beaucoup considĂ©raient quâil sâagissait dâune grave entrave Ă la vie privĂ©e.
Pour la compagnie qatari, les enjeux liĂ©s Ă son attractivitĂ© en tant quâemployeur sont Ă©normes au vu de la forte croissance du transport aĂ©rien dans les annĂ©es qui viennent.
Il y a quelques annĂ©es les opportunitĂ©s dâemplois dans les compagnies aĂ©riennes Ă©taient rares sauf dans les pays du Golfe oĂč se pressaient de trĂšs nombreux candidats. Depuis la fin de la pandĂ©mie, les choses ont changĂ© et les compagnies du monde entier recherchent des collaborateurs et particuliĂšrement des navigants.
Lâoffre devient supĂ©rieure Ă la demande. Salaires, conditions de travail et de vie, mais aussi culture dâentreprise seront des critĂšres dĂ©terminants pour choisir son employeur ce que semble avoir bien compris Qatar Airways.
Une page se tourne donc. Dans les communiquĂ©s de la compagnie, le nom du PDG nâest plus prĂ©cĂ©dĂ© de « son excellence » mais dâun simple M.
Dans lâhommage quâil lui a rendu, Badr Mohammed Al Meer a dĂ©clarĂ© Ă propos de son prĂ©dĂ©cesseur : « Son excellence M. Akbar Al Baker a laissĂ© une empreinte inoubliable sur cette organisation, ayant construit Qatar Airways depuis ses dĂ©buts pour en faire une compagnie aĂ©rienne de classe mondiale⊠»
Cette excellence est effectivement Ă mettre au crĂ©dit d'Akbar Al Baker. Nous lâavions rencontrĂ© il y a quelques mois au salon du Bourget.
Lâhomme, ce jour-lĂ , Ă©tait souriant, charmant avec tout le monde avec mĂȘme de lâhumour. Des traits de personnalitĂ© quâil nâaffichait pas souvent, entretenant plutĂŽt lâidĂ©e dâun homme autoritaire et cassant.
Un portrait qui ne semble plus ĂȘtre conforme Ă lâimage que Qatar Airways veut donner de ses dirigeants.
*Organisation de l'aviation civile internationale
Publié par Christophe Hardin Journaliste AirMaG - TourMaG.com Voir tous les articles de Christophe Hardin






















