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Badr Mohammed Al Meer, une nouvelle culture d’entreprise pour Qatar Airways 🔑

départ de son Excellence M. Akbar Al Baker en poste depuis 27 ans


La nomination de Badr Mohammed Al Meer aux commandes de Qatar Airways depuis un mois a mis fin au mandat de son Excellence M. Akbar Al Baker, qui dirigeait la compagnie depuis 27 ans. La mission du nouveau dirigeant est double : maintenir Qatar Airways sur les marches des podiums des meilleurs opérateurs du monde, et surtout faire évoluer la culture de la compagnie avec comme boussole la confiance et la responsabilisation.


Rédigé par le Jeudi 7 Décembre 2023 à 00:05

Badr Mohammed Al Meer aux commandes de Qatar Airways : "une culture de confiance et de responsabilisation sera le fondement de notre réussite commune". Crédit : Qatar Airways
Badr Mohammed Al Meer aux commandes de Qatar Airways : "une culture de confiance et de responsabilisation sera le fondement de notre réussite commune". Crédit : Qatar Airways
Pour beaucoup, le départ de Son Excellence M. Akbar Al Baker a été une surprise.

A 62 ans, soit 12 ans de moins que Tim Clark qui dirige Emirates, l’iconique patron de la compagnie qatarie qui dĂ©clarait en septembre dernier : « nous souhaitons continuer Ă  dĂ©passer toutes les attentes pour Qatar Airways dans les annĂ©es Ă  venir », semblait rĂ©gner en maitre et pour encore longtemps au sein de la compagnie.

Cependant, à y regarder de plus prÚs, on peut émettre quelques hypothÚses sur les causes de son départ soudain, simplement notifié par un simple communiqué.


Al Baker, un caractĂšre particulier

Depuis 1997, annĂ©e de sa nomination Ă  la tĂȘte de la compagnie, Akbar Al Baker a imposĂ© son style et, il faut le dire, ses maniĂšres quelque peu rogues, au monde aĂ©ronautique.

La forte croissance et la rapide notoriĂ©tĂ© de la compagnie que l’on doit mettre Ă  son actif, les moyens presque illimitĂ©s pour acheter des avions lui confĂ©raient une sorte d’immunitĂ©.

Ses colĂšres, ses critiques trĂšs acerbes envers les constructeurs, les institutions du transport aĂ©rien et les concurrents Ă©taient connues et chacun « faisait avec » pour Ă©viter de se mettre Ă  dos, ce gros client, cet important adhĂ©rent, ce puissant collĂšgue ou patron


Jusqu’à ce que n’éclate l’affaire de la peinture des A350.

Une étoile qui pùlit

Constatant que la peinture de ses A350 s’écaillait prĂ©maturĂ©ment, le PDG les avait clouĂ©s au sol en 2021, Ă©voquant la sĂ©curitĂ© et exigeant d'Airbus des indemnisations dĂ©passant le milliard de dollars. Une erreur qui a commencĂ© Ă  faire pĂąlir l’étoile d’Akbar Al Baker.

Airbus Ă  l’époque et contrairement Ă  ce qu’on l’on pouvait attendre n’avait pas acceptĂ© les mises en cause de son appareil.

PlutĂŽt que de faire le dos rond, dans la perspective d’un trĂšs gros contrat Ă  venir, le constructeur avait vigoureusement rĂ©agi et parlĂ© publiquement de « dĂ©clarations inexactes », de « mauvaises interprĂ©tations », et surtout de « menaces sur les protocoles internationaux de sĂ©curitĂ© ».

AprĂšs une bataille juridique devant les tribunaux anglais, Akbar Al Baker avait dĂ» renoncer aux indemnisations, et se rĂ©soudre Ă  un accord Ă  l’amiable.

Plus grave, Airbus, durant cette bataille juridique de plusieurs mois, avait tout bonnement annulĂ© la commande de Qatar Airways de 50 A321neo, privant la compagnie d’un avion clĂ© dans son dĂ©veloppement et pour sa rentabilitĂ©.

Ce « mauvais procÚs » intenté contre le constructeur européen aura finalement nui à la compétitivité de Qatar et terni son image.

Au plus fort de cette crise et selon l’agence Reuters, le PrĂ©sident Emmanuel Macron, sans doute un peu agacĂ©, avait directement Ă©voquĂ© cette affaire avec son homologue l’émir qatari Cheikh Tamim ben Hamad al-Thani.

Rappelons que la compagnie aérienne est entiÚrement détenue par le gouvernement qatari.

Autre « sortie » remarquĂ©e de l’ex-PDG de Qatar, lorsqu’il a exprimĂ© publiquement sa totale incrĂ©dulitĂ© quant aux objectifs fixĂ©s par l’OACI* de supprimer les Ă©missions de carbone d'ici Ă  2050 au sein du secteur aĂ©rien.

Certes, tout dirigeant peut avoir de trĂšs bonnes raisons de douter quant Ă  la rĂ©alisation de cet objectif trĂšs ambitieux et Akbar Al Baker est loin d’ĂȘtre le seul Ă  ĂȘtre pessimiste Ă  ce sujet.

Cependant, alors mĂȘme que le site internet de la compagnie indique « Nous nous engageons Ă  atteindre zĂ©ro Ă©mission carbone d'ici Ă  2050 en tant que compagnie aĂ©rienne » et que sur le site du gouvernement qatari on peut lire que « le Qatar est engagĂ© depuis longtemps Ă  relever les dĂ©fis environnementaux mondiaux. Le Qatar est un partenaire actif dans la campagne de la communautĂ© internationale pour faire face Ă  la crise climatique. », les dĂ©clarations publiques d’Akbar Al Baker ont fait tache et finalement brouillĂ© les messages de la compagnie et du gouvernement.

Badr Mohammed Al Meer, une nouvelle génération

A l’heure oĂč une nouvelle gĂ©nĂ©ration regarde de trĂšs prĂšs les questions d’environnement, les doutes exprimĂ©s par l’ex-dirigeant de Qatar Airways Ă  ce sujet ont surement pesĂ© dans la dĂ©cision du gouvernement qatari de nommer Ă  la tĂȘte de la compagnie un dirigeant plus jeune, plus enthousiaste et affichant plus d’optimisme face aux enjeux de l’environnement.

C’est le cas du nouveau PDG, Badr Mohammed Al Meer qui, Ă  peine nommĂ©, s’est empressĂ© de dĂ©clarer : « Dans cette industrie du voyage dynamique et en constante Ă©volution, je prĂ©vois d'investir dans les prioritĂ©s et les prĂ©occupations de ma gĂ©nĂ©ration, et je mettrai un accent renouvelĂ© sur l'exploitation des technologies Ă©mergentes, le dĂ©veloppement et la mise en Ɠuvre de solutions d'aviation durables ».

Titulaire de diplÎmes d'ingénieur de l'Université américaine de Beyrouth et de l'Université du Colorado, Badr Mohammed Al Meer occupait précédemment le poste de Directeur des Opérations de l'Aéroport international Hamad.

CrĂ©ditĂ© d’un bon leadership et ayant bien rĂ©ussi le dĂ©fi historique de la Coupe du monde de la FIFA 2022 qui a permis Ă  l'aĂ©roport d'accueillir plus d'un million de visiteurs, ce nouveau PDG incarne bien la volontĂ© du Qatar Ă  mettre en place une nouvelle gĂ©nĂ©ration de dirigeants.

Tout indique au travers de ses premiÚres déclarations que son style sera surement plus policé que celui de son prédécesseur.

Qatar Airways : un changement de culture

Changement de style, changement de ton, mais le plus important dans cette nomination outre les aspects relevant de la forme, c'est ce qui devrait se passer sur le fond quant au management de l’entreprise.

Avec ce nouveau dirigeant, Qatar Airways veut faire Ă©voluer la culture d’entreprise en se rapprochant des standards occidentaux.

Ce n'est pas demain que les syndicats vont débouler au siÚge à Doha, cependant le nouveau PDG est trÚs clair, souhaitant : « faire évoluer le groupe Qatar Airways » et le « faire entrer dans une nouvelle Úre, dans laquelle une culture de confiance et de responsabilisation sera le fondement de notre réussite commune »

DĂ©jĂ , du cĂŽtĂ© des hĂŽtesses et des stewards, les choses semblent Ă©voluer. Le site Aerotime.aero rapporte qu'ils auraient Ă©tĂ© avisĂ©s il y a quelques jours que les rĂšgles qui leur imposent de rester obligatoirement chez eux avant un vol allaient ĂȘtre assouplies.

Une sorte de couvre-feu qui n’existe pas dans les compagnies occidentales et peu apprĂ©ciĂ© des navigants dont beaucoup considĂ©raient qu’il s’agissait d’une grave entrave Ă  la vie privĂ©e.

Pour la compagnie qatari, les enjeux liĂ©s Ă  son attractivitĂ© en tant qu’employeur sont Ă©normes au vu de la forte croissance du transport aĂ©rien dans les annĂ©es qui viennent.

Il y a quelques annĂ©es les opportunitĂ©s d’emplois dans les compagnies aĂ©riennes Ă©taient rares sauf dans les pays du Golfe oĂč se pressaient de trĂšs nombreux candidats. Depuis la fin de la pandĂ©mie, les choses ont changĂ© et les compagnies du monde entier recherchent des collaborateurs et particuliĂšrement des navigants.

L’offre devient supĂ©rieure Ă  la demande. Salaires, conditions de travail et de vie, mais aussi culture d’entreprise seront des critĂšres dĂ©terminants pour choisir son employeur ce que semble avoir bien compris Qatar Airways.

Une page se tourne donc. Dans les communiquĂ©s de la compagnie, le nom du PDG n’est plus prĂ©cĂ©dĂ© de « son excellence » mais d’un simple M.

Dans l’hommage qu’il lui a rendu, Badr Mohammed Al Meer a dĂ©clarĂ© Ă  propos de son prĂ©dĂ©cesseur : « Son excellence M. Akbar Al Baker a laissĂ© une empreinte inoubliable sur cette organisation, ayant construit Qatar Airways depuis ses dĂ©buts pour en faire une compagnie aĂ©rienne de classe mondiale
 »

Cette excellence est effectivement Ă  mettre au crĂ©dit d'Akbar Al Baker. Nous l’avions rencontrĂ© il y a quelques mois au salon du Bourget.

L’homme, ce jour-lĂ , Ă©tait souriant, charmant avec tout le monde avec mĂȘme de l’humour. Des traits de personnalitĂ© qu’il n’affichait pas souvent, entretenant plutĂŽt l’idĂ©e d’un homme autoritaire et cassant.

Un portrait qui ne semble plus ĂȘtre conforme Ă  l’image que Qatar Airways veut donner de ses dirigeants.

*Organisation de l'aviation civile internationale


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