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Marie Allantaz (ESCAET) : « Je n’ai jamais eu envie de faire des concessions... »

L'interview "je ne vous ai rien dit..." par Dominique Gobert



Marie Allantaz. Encore une belle rencontre pour ces entretiens au fil de la plume. Cette jeune femme, qui tient plus de la jeune fille, spontanée, volontaire, déterminée, prouve qu'elle a, dans ce secteur hyper macho du tourisme, seulement toute sa place mais représente aussi un bel avenir dans l’évolution du secteur. Un entretien tout en douceur…


Rédigé par le Mardi 22 Octobre 2019

"Quand on est une fille, jeune, ce n’est pas toujours facile d’être prise au sérieux. Mais je n’en ai jamais voulu à personne, parce que c’est quand même vrai : 24 ans, femme, nommée à la tête de cette école. C’était atypique !" - DR
"Quand on est une fille, jeune, ce n’est pas toujours facile d’être prise au sérieux. Mais je n’en ai jamais voulu à personne, parce que c’est quand même vrai : 24 ans, femme, nommée à la tête de cette école. C’était atypique !" - DR
TourMaG.com - Marie Allantaz, qui êtes-vous ?

Marie Allantaz :
Je suis une femme de 37 ans, maman de trois enfants, qui dirige une école supérieure dans le tourisme depuis 13 ans maintenant. Engagée par ce qu’elle fait et passionnée par ce qu’elle fait aussi.

TourMaG.com - Engagée ? Sur tout…

M. A. :
J’utilise ce terme-là parce que c’est un mot très important pour nous aujourd’hui, avec nos étudiants.

Il s’agit de faire ce que l’on fait avec engagement, mais cela ne concerne pas seulement un engagement vers la planète, puisque c’est assez utilisé en ce moment.

Vous savez, depuis 13 ans que je dirige l’ESCAET, j’ai été engagée dans tout ce que je faisais : engagée pour mes étudiants, engagée pour le développement de cette école…

Et même dans ma carrière précédente, que ce soit chez Otedis ou dans la distribution hôtelière, je me suis toujours engagée dans tout ce que je faisais.

Depuis toute petite, je n’ai jamais fait quelque chose « juste pour voir, en observatrice » !

"Là où l’on trouve le moins de femmes, c’est dans l'entrepreneuriat"

TourMaG.com - Justement, vous êtes particulièrement engagée dans l’Association des Femmes du Tourisme. La femme, dans notre société, est un sujet majeur…

M. A. :
C’est effectivement un sujet qui s’observe avec attention et sur lequel nous avons tous des enjeux importants. Particulièrement dans le tourisme !

Par exemple, à l’ESCAET, 80% de nos étudiants sont des étudiantes. Mais quand on se retrouve dans les différents colloques de notre profession, on se retrouve souvent autour de tables rondes… très masculines !

On trouve aussi essentiellement des hommes à la tête des entreprises. C’est une réalité sur laquelle il faut essayer de ne pas avoir une approche trop médiocre et il faut essayer de l’observer correctement.

Je pense qu’il y a des enjeux dans l’éducation, lorsque vous accompagnez votre fille dans son évolution, quelle qu’elle soit dans la société.

Après il y a aussi des enjeux dans la formation. Je crois que les formations doivent donner un peu plus confiance. Je crois aussi qu’il existe un problème de confiance en soi. Et puis, de rôle à trouver dans la société. Là où l’on trouve le moins de femmes, c’est dans l'entrepreneuriat, dans la création d’entreprise.

Nous en parlons beaucoup avec Laurent Queige, le créateur de l’incubateur Welcome City Lab et puis nous aussi, avec notre incubateur. Mais je crois que les choses sont en train de bouger et ce n’est pas entièrement de la faute des entreprises, ce n’est pas « que » la faute des hommes : les femmes sont aussi responsables !

Souvent je vois l’attitude d’étudiantes qui se mettent un peu en retrait par rapport à la réussite ou par rapport à l'entrepreneuriat. C’est quelque chose qu’elles occultent directement, du moins pour certaines.

C’est sûr, c’est un enjeu pour l’ensemble de la société, mais on sent que les choses sont en train de bouger : il y a de plus en plus de femmes qui n’ont pas envie de faire de conciliation.

Je suis, modestement un peu, cet exemple-là : je veux faire ma carrière tout en étant une maman. C’est quelque chose qui n'est pas très simple.

J’ai trois enfants et quand j’étais enceinte de mon troisième, je pense qu’il n’y a pas une personne qui ne m’a pas dit : « Maintenant, tu vas t’arrêter, tu vas t’occuper de tes enfants » !

"Je n’ai jamais voulu faire de concessions"

TourMaG.com - Des hommes ?

M. A. :
Plus peut-être de la part d’hommes, mais j’ai eu beaucoup de réflexions de la part de femmes !

Pour les gens, c’est presque naturel pour une femme avec trois enfants, de s’arrêter et de faire le choix de la famille.

Or moi, je n’ai jamais voulu faire de concessions. Et je pense qu’il y a de plus en plus de femmes qui ont cette envie. Mais il est sûr que c’est un rythme différent, c’est une énergie à partager entre son boulot, sa famille et le reste. C’est sûr qu’il faut aussi pas mal de volonté.

TourMaG.com - Vous avez des filles, des garçons ?

M. A. :
J’ai une fille et deux garçons.

TourMaG.com - A vos garçons, vous essayez déjà de leur apprendre à être « garçons » et à accepter la société ou vous ressentez ce qui est très courant : les garçons, ce sont les garçons, les filles ce sont les filles ?

M. A. :
Difficile comme question. J’essaie de faire en sorte qu’il y ait le moins de différences possible : garçons, filles, couleur pas couleur, étranger pas étranger, globalement je pense que tout le monde doit être au même niveau.

Mais pourtant on voit quand même la différence entre garçons et filles, ne serait-ce qu’au niveau des cadeaux qu’on leur fait. Par exemple, ma fille est l’aînée : avec l’arrivée des garçons, on s’aperçoit que nous avons à la maison des jeux que nous n’avions pas auparavant !

Est-ce que les garçons sont plus naturellement attirés par les pistolets ou au contraire ce sont les gens qui intègrent cela ? C’est comme le sport, on vous demande naturellement si votre fille fait de la danse… pas du rugby !

Mais c’est difficile, d’autant que nous allons vers une société qui va fonctionner totalement différemment de celle d’aujourd’hui. Il n’est pas facile d’accompagner les enfants vers cette évolution…

Etre une femme a aussi ses avantages...

"J’aimerais que les êtres humains continuent à se parler et à échanger en ayant un peu de respect pour l’autre. Je pense que c’est la clé de la sortie de plein de choses" - DR : DG
"J’aimerais que les êtres humains continuent à se parler et à échanger en ayant un peu de respect pour l’autre. Je pense que c’est la clé de la sortie de plein de choses" - DR : DG
TourMaG.com - Vous êtes chef d’entreprise, femme, jeune, jolie. Est-ce plus difficile, aussi facile, plus compliqué ?

M. A. :
Ce n’est pas simple. Quand je suis arrivée à l’ESCAET pour en prendre la direction, j’avais 24 ans ! Et j’en paraissais 18 ! Cela n’a pas été simple.

Pour beaucoup de gens, l’ancien Directeur, Jean Maurice était assez charismatique, très connu, dans la veine des Trigano, Maillot et donc, pour ces gens, le fait qu’il choisisse une petite jeune de 24 ans, c’était un non-sujet. C’est-à-dire qu’ils pensaient que c’était une erreur ce qu’il faisait et que cela ne durerait pas longtemps !

Il est vrai que durant quelques années, les gens ne m’ont pratiquement pas adressé la parole. Sans être méchants, mais je pense que, pour eux, c’était un non-sujet.

Cependant, le plus dur est venu de la part des anciens de l’école. Cette école est ancienne, elle a plus de vingt ans et tout le monde s’attendait à la nomination de quelqu’un de plus ancien. Je pense que pour eux, cela a été dur d’accepter ça.

Pour l’anecdote, on savait que Jean Maurice allait recruter parmi les anciens. A l’époque, j’étais encore chez Amadeus, mais Jean Maurice m’avait déjà appelée. Au cours d’un dîner avec des camarades de promo, l’un d’entre eux annonce savoir qui serait le prochain patron de l’école.

Bien entendu, je palis, mais il ne savait pas vraiment et a annoncé : « Il fait l’erreur de sa vie. Il a pris une gonzesse (sic) de moins de 30 ans. Il va se planter, c’est sûr et certain » !

Ce sont les mêmes qui disent aujourd’hui que j’étais faite pour y arriver !

Quand on est une fille, jeune, ce n’est pas toujours facile d’être prise au sérieux. Mais je n’en ai jamais voulu à personne, parce que c’est quand même vrai : 24 ans, femme, nommée à la tête de cette école. C’était atypique !

Je me suis dit qu’il ne fallait pas que je tente de convaincre tous ces gens que j’en avais un peu dans la tête, que j’avais de vraies bonnes idées pour cette école et qu’il fallait simplement que je bosse. Et que je le prouve. La meilleure façon de le prouver était de découvrir le niveau des étudiants à la sortie.

J’ai bossé comme une folle les cours, j’ai refait les programmes pour faire évoluer l’école, j’ai écouté le marché, j’ai lu beaucoup. Au fur et à mesure, les gens ont reçu des stagiaires qu’ils ont trouvé pertinents… et j’ai fini par gagner la confiance de la profession.

Mais attention, parfois être une femme a aussi ses avantages…

Le tourisme ? Un hasard...

TourMaG.com - N’est-ce pas injuste de devoir travailler deux fois plus qu’un bonhomme ?

M. A. :
Vaste sujet. Il y a sûrement un petit côté injuste, mais je ne sais pas, si parfois, les hommes n’ont pas aussi besoin de travailler deux fois plus !

Pour les femmes, il faut parfois que l’on prouve que l’on est légitimes…

TourMaG.com - Le secteur du tourisme, c’est quand même un monde dirigé par des hommes et composé de femmes. Vous êtes arrivée dans ce secteur par envie, par hasard ?

M. A. :
Par hasard ! Je voulais être instit’ au départ. Il fallait donc que je fasse une licence.

Dans la licence que je voulais faire, je voulais l’option « STAPS », une filière sportive. Hélas, je me suis bousillé les ligaments croisés en ski juste avant d’entreprendre ces études et je me suis rendue compte que pour ce type de filière, il fallait être en bonne santé et relativement sportive !

Je me suis retournée vers une licence « psy » mais on me l’a fortement déconseillé pour devenir instit’. Ce que je trouve étrange mais c’est ainsi.

Donc, j’ai cherché une nouvelle orientation et je suis tombée sur le BTS Tourisme vraiment par hasard. Lors de l’entretien, la personne qui m’a reçue a trouvé que j’avais d’autres possibilités que de me contenter d’un BTS et m’a admise… à condition que je promette, après l’obtention de ce BTS, de poursuivre encore mes études !

Et m’a fortement conseillée, pour ne pas dire encouragée, à aller à Aix en Provence, à l’ESCAET qui est, selon elle, la meilleure école de tourisme en France.

J’ai dit « D’accord Madame » ! Je ne l’ai plus jamais revue, elle s’est fait virer durant l’été. Cependant, j’ai dit à tout le monde qu’après le BTS, j’irai à l’ESCAET d’Aix en Provence. Je ne savais pas ce que c’était !

Après bien sûr, je me suis renseignée et j’ai eu un vrai coup de cœur pour cette école.

Quand jean Maurice m’a appelé, plus tard, pour me proposer le poste, de pouvoir transmettre à d’autres ce qu’il m’avait transmis, je n’ai pas hésité longtemps.

"Il reste pleins de choses à faire, comme proposer des formations post-bac"

TourMaG.com - Finalement, c’est aussi une façon de revenir à vos envies d’instit’…

M. A. :
Tout à fait. Cette volonté de transmettre et d’accompagner des gens à grandir qui m’anime depuis toujours.

TourMaG.com - Entre temps, vous êtes passé par Amadeus ?

M. A. :
Je me suis intéressée durant mes études à la distribution hôtelière, j’ai fait des stages dans différentes chaînes et je suis entrée dans une boite qui a été rachetée par Amadeus, en 2005, à une époque où Amadeus était très bon dans l’aérien… moins dans l’hôtellerie.

Du coup, j’ai intégré les équipes Amadeus au siège, à Madrid, durant un an, avant que le directeur de l’ESCAET ne m’appelle…

TourMaG.com - Pour cette école, vous considérez qu’il y a encore beaucoup de choses à faire ?

M. A. :
L’ESCAET a toujours formé des « Bac +3, 4, 5 ». Depuis que je suis arrivée, outre les étudiants, nous formons aussi beaucoup de « pros », on fait beaucoup de formation. Je crois que c’est un aspect important à développer.

Vous savez, aujourd’hui, les formations ont plusieurs enjeux, mais il y en a un qui est d’accompagner la jeune génération à comprendre un secteur et de la mettre sur les meilleurs rails possible pour l’employabilité ou la création d’entreprise.

Mais nous avons aussi un enjeu d’accompagner un secteur qui est en train de se transformer et d’aider les entreprises à faire évoluer leurs collaborateurs, les faire monter en compétences…

Nous nous sommes aperçus, à travers la formation d'étudiants et de pros, que l’on avait de plus en plus de gens qui voulaient créer des entreprises !

Parmi eux, il y a deux profils. Ceux qui veulent monter leur petite affaire, tranquille. Et ceux qui ont (ou qui ont l’impression d’avoir) l’idée du siècle et qui veulent aller très vite. Dans ce cas-là, la formation classique, qui consiste à leur faire comprendre le secteur n’est pas suffisante.

C’est pour cette raison que nous avons monté un incubateur pour ajouter des outils d’accompagnement à la création d’entreprise, à l’obtention de subvention. Nous nous sommes adossés à des partenaires.

Ça, c’est l’évolution de l’école.

Mais il reste pleins de choses à faire, ne serait-ce que proposer des formations post-bac, qui n’existent pas.

Un secteur plein d'opportunités...

TourMaG.com - En parlant de transformation du secteur, quel regard y portez-vous ?

M. A. :
C’est un secteur en pleine croissance et qui est plein d’opportunités.

Mais c’est aussi un secteur très mal connu en regard de cette perspective. C’est-à-dire que l’on a une vision du secteur très restrictive, qui est principalement réduite à la distribution et à la production.

En fait, on connait très mal la réalité du secteur que nous traitons, qui est d’intégrer toute la partie hébergement. Celle-ci aujourd’hui n’est plus uniquement l’apanage des écoles hôtelières et touche vraiment le secteur du tourisme, notamment en termes de commercialisation, de distribution.

Toute la partie Transport est aussi en train de bouger considérablement, tant dans l’aérien, le ferroviaire, dans les infrastructures de la mobilité. Y compris la mobilité sur routes : les loueurs de voitures et toutes les nouvelles formes de micro-mobilité. Je crois que les enjeux sont énormes.

Il y a aussi de gros enjeux dans les territoires, afin d’accueillir les clients correctement pour « lutter » un peu contre ces phénomènes de surtourisme dont on parle aujourd’hui.

Il y a aussi des enjeux sur toute la partie événementielle, sur la partie technologie. En fait, nous sommes dans un secteur dont le besoin de connectivité est énorme.

Sans oublier les enjeux « à destination » : toutes les agences réceptives sont en train, elles aussi, de bouger, de se rendre compte qu’Internet leur a permis d’échanger directement avec le client donc ça leur permet de transformer aussi leur métier… Elles n’y étaient pas forcément préparées.

C’est un secteur hyper dynamique sur lequel il y a beaucoup de choses à faire, mais qui renvoie une image d’un secteur assez triste et assez à risques.

Quand on se positionne du point de vue d’un étudiant qui se demande s’il va aller vers le tourisme ou pas, il a souvent l’image accolée à celle d’une agence de voyages qui a pignon sur rue. Un peu vieillissante… Alors que je trouve que c’est un secteur passionnant ! Mais c’est dommage qu’on ne le sache pas suffisamment.

Nous y travaillons cependant avec des institutions, telles l’Institut Français du Tourisme, afin de faire bouger le politique là-dessus et leur faire prendre conscience des enjeux de notre secteur.

'Il fallait accompagner les créateurs d’entreprise différemment"

TourMaG.com - Vous m’avez parlé d’un incubateur…

M. A. :
Oui nous avons un incubateur depuis deux ans et demi…

TourMaG.com - C’est vous qui en avez eu l’idée ?

M. A. :
C’est moi… et un concours de circonstances.

Avec nos équipes, je faisais le constat que nous avions de plus en plus des créateurs d’entreprises qu’il fallait accompagner différemment et pas juste à travers une formation.

Parallèlement à ça, Laurent Queige, du Welcome City Lab, avait été mandaté par la DGE pour accompagner des structures à se développer sur le territoire national et créer un réseau d’incubateurs. Il m’a appelé et m’a demandé de créer un « écho » du Welcome City Lab dans le sud.

Parallèlement à ça, il y avait une réflexion au niveau de notre département et le bras armé tourisme du département, notre ADT, avait été missionné pour mener une étude sur la faisabilité et la nécessité d’un incubateur sur le territoire.

En discutant tous ensemble, nous avons constaté un vrai « alignement des planètes » et nous nous sommes lancés.

Nous attaquons notre troisième promo de start-up, nous sommes accompagnés par la Région et faisons partie de France Tourisme Lab, le réseau national créé par la DGE.

Il y a un côté assez intéressant là-dedans parce que nous n’étions pas vraiment ancrés dans la région. Ce qui nous permet d’être à la fois présents sur le territoire national et également de participer à l’évolution économique de notre région.

TourMaG.com - Travaillez-vous avec les instances professionnelles ?

M. A.
: Oui, nous travaillons énormément avec l’OPCA (Organisme paritaire collecteur agréé) Transports et avec les EdV. Nous avons développé un programme de formation qui a un « CQP » (Certificat de Qualification Professionnelle) pour les responsables d’agences de voyages.

Ce qui est assez triste c’est qu’aujourd’hui, le CQP existe mais n’est pas du tout suivi par qui que ce soit dans la profession.

Alors que si on regarde dans d’autres branches, plus institutionnelles comme les Offices de tourisme ou autres, on a un CQP « Chef de Projet/i-Tourisme » qui a déjà formé 600 ou 700 personnes.

Il y a un vrai enjeu de qualifier les gens dans ce secteur.

J’ai aussi travaillé avec le Seto (Syndicat des entreprises du tour-operating) sur le sujet de la Charte Qualité.

Un travail de longue haleine qui a fini par payer

TourMaG.com - Il y a 4 ou 5 ans, Marie Allantaz, on ne la connaissait pas dans le milieu… ou très peu. Comment expliquez-vous cette « reconnaissance » ?

M. A. :
Je pense que c’est un travail de longue haleine qui a fini par payer. J’ai compris que cela n’allait pas se faire tout seul et que personne ne m’ouvrirait les portes. Et je me suis dit qu’il fallait que je prouve par la qualité de ce que je fais !

J’ai beaucoup bossé avec toute l’équipe pour refaire les programmes afin qu'ils soient très adaptés, et que les étudiants soient en adéquation avec les besoins du marché.

J’ai beaucoup travaillé avec les entreprises, afin de créer des « cas d’entreprises » et que nos étudiants puissent y travailler.

En fait, en développant la formation professionnelle, nous sommes rentrés dans le cœur des entreprises. Nous avons par exemple, formé l’année dernière 80 personnes de la SNCF.

Nous sommes actuellement en train de former 160 responsables d’agences chez Thomas Cook ! Et dans ce cas précis, on prend particulièrement le pouls de l’entreprise ! *

Et nous avons la responsabilité d’accompagner les gens… là-dedans !

J’ai toujours essayé de comprendre le secteur, ses enjeux et ensuite d’essayer de développer des outils qui me semblaient correspondre. Je pense que c’est ce qui fait qu’aujourd’hui, on parle beaucoup de l’ESCAET. Les gens ont compris que nous tentions de répondre à plusieurs types de problématiques de façon concrète.

Nous construisons de vraies relations avec les pros, avec les étudiants, avec le marché : nous sommes tous engagés là-dedans !

* (Ndlr) A l’époque de cet entretien, Thomas Cook France n’avait pas encore déposé le bilan !

"Personne ne m'ouvrirait les portes..."

TourMaG.com - C’est quoi une journée type de Marie ?

M. A. :
C’est variable. Mais souvent, c’est prendre le train de 5h40 pour venir à Paris et y être à 9 heures pour honorer mes rendez-vous.

Mais ça peut être aussi de ne prendre que le « 9h17 » parce qu’il faut qu’avant, Marie emmène ses enfants à l’école et à la crèche.

Et dans les rendez-vous parisiens, c’est soit pour nouer des partenariats avec différents professionnels, soit pour monter un programme de formation pro, soit pour nouer des partenariats avec d’autres écoles…

Ou encore pour travailler dans les commissions de l’IFT ou de la CFET afin d’essayer d’apporter notre petite pierre à l’édifice ou et d’essayer de faire en sorte que le sujet tourisme soit de plus en plus intégré dans la tête de nos dirigeants.

Ou alors, ça va être une journée où je vais arriver à l’ESCAET à 8h30 !

Il y a deux périodes à l’école : celle de juin à octobre où il n’y a pas d’étudiants et où nous allons avoir le temps de beaucoup réfléchir au niveau de l’équipe et de repenser nos programmes, de repenser notre façon d’amener nos étudiants à une meilleure compréhension du secteur et à la construction de leur projet.

Après il y a la période d’octobre à mai/juin où là, tous nos étudiants sont dans les couloirs, ça grouille de partout et où l’on ne sait jamais sur quoi on va tomber !

Ça peut être une journée classique… ou moins classique !

TourMaG.com - Vous voyagez beaucoup ?

M. A. :
Assez, notamment sur beaucoup de conventions de la profession. Surtout pour être proche du marché et bien comprendre, savoir comment s’adapter.

A titre perso, ayant des enfants en bas âge, ces dernières années, je suis plutôt sur des voyages « France ».

"Le tourisme, c'est aussi un moment d’ouverture dans le business"

TourMaG.com - Vous avez envie de faire découvrir le monde à vos enfants ?

M. A. : Oui, bien sûr. Mais, mon aînée ayant 7 ans, je crois qu’il faut attendre que les souvenirs restent, afin de construire une conscience autour du voyage : respecter les pays que l’on va découvrir, les appréhender correctement…

TourMaG.com - C’est quoi le tourisme, pour Marie ?

M. A. :
C’est une très bonne question… (rire). J’ai du mal à dissocier mes déformations professionnelles, à isoler le tourisme uniquement.

Pour moi, le tourisme est aussi « voyage » et j’intègre le voyage d’affaires. Donc, c’est une nécessité d’ouverture sur le monde, vers d’autres cultures.

C’est aussi une nécessité pour se retrouver entre soi dans les moments où l’on n’a plus le temps de rien. C’est un moment où l’on peut se retrouver en famille ou avec des amis pour vivre un bon moment. Pas forcément de faire de la rencontre ou de la visite vers l’extérieur.

C’est aussi un moment d’ouverture dans le business, parce que lorsque l’on se déplace pour un sujet « pro », on se déplace parce que l’on va rencontrer un partenaire, on va assister à une conférence, on va signer un partenariat et c’est toujours une ouverture sur soi… et sur les autres !

TourMaG.com - Marie, quand vous êtes à l’étranger, qu’est-ce qui vous motive le plus : le paysage, la culture, les habitants… ? De plus, vous avez racheté Strategos et ses Pionniers du tourisme, dont la dernière édition s’est tenue en République Dominicaine.

M. A. :
Au plus profond de moi, ce sont les autres, les gens, les habitants… Vous savez, l’année dernière, le Forum se tenait à Bahreïn et cette année en République Dominicaine. Il y a une différence notable entre les gens qui avaient envie de nous rencontrer ici… et là !

Je crois que ce qui m’attire le plus quand je me déplace, mais aussi quand je ne me déplace pas, c’est de voir chez l’autre son envie d’échanger avec moi, de partager et d’en apprendre de l’autre. Je suis très sensible à cette notion.

Je suis également très sensible aux odeurs et aux couleurs, pas seulement dans les paysages. J’ai par exemple, trouvé la République Dominicaine beaucoup plus colorée, beaucoup plus chaleureuse…

"J'essaie de ne pas culpabiliser"

TourMaG.com - Quand on est une maman, jeune maman, avec une vie de famille, et qu'on part assez souvent, comment on gère ?

M. A : J’essaye déjà de ne pas culpabiliser, parce que, encore une fois, je crois que je n’aurais pas pu me construire uniquement en tant que maman, même si cela reste mon rôle principal et celui qui me fait certainement le plus évoluer, me remettre en question…

Je n’ai jamais eu envie de faire des concessions, et je me suis toujours dit que j’allais pouvoir réussir à la fois ma vie de maman, ma vie de couple, ma vie familiale, ma vie professionnelle.

Donc j’arrive assez bien, finalement, en me déculpabilisant, en me disant que ce que je vis, je le vis à 100% !

Quand je suis là, je suis là, et je fais confiance à la vie en me disant que mes enfants sont avec leur nounou, avec leur papa, ils sont bien pris en charge et ils évoluent en tant que personnes pas uniquement avec moi.

Et quand je suis avec eux, c’est aussi mon rôle. C’est mon moment. Mais j’évite de me tordre la tête sans arrêt.

C’est pas simple, mais sincèrement, j’ai l’impression d’y arriver mieux que d’autres. Je ne me pose pas 10 000 questions, j’essaye de faire confiance à la vie. Je suis mon intuition et je me dis que si mes choix m’amènent ici, c’est que, a priori, cela doit être juste !

En même temps, j’ai laissé ce matin mon fils en pleurs au centre aéré et l’on ne peut pas s’empêcher de se poser des questions… Mais je me dis que lui aussi doit se construire.

Vous savez, parfois je me demande si les gens s’épanouissent qu’en tant que parents, surtout les femmes… Je me demande si l’on n’en met pas un peu trop sur les enfants.

On leur demande de donner quelque chose alors qu’ils ne sont pas nés pour ça, ils ne sont pas nés pour vous rendre heureux…

Finalement, je suis assez contente d’avoir aussi mon développement à moi, pour ne pas trop leur imposer qu’ils ont la mission de me rendre heureuse. Je pense que parfois, certaines personnes se trompent sur ce sujet.

TourMaG.com - La vie de couple ?

M. A. :
J’ai un mari qui se déplace assez souvent. Nous avons un équilibre qui est beaucoup plus facile à gérer que dans des situations familiales où il n’y en a qu’un qui part souvent, tandis que l’autre reste en permanence à la maison.

Finalement, entre mon mari et moi, il y a un équilibre qui fait que l’on n’en veut pas à l’autre, que l’on est content que l’autre s’épanouisse dans son boulot et que l’on est hyper contents de se retrouver.

Les moments que nous vivons sont beaucoup plus riches. Et malgré le fait que l’on se voie parfois moins que d’autres, nos échanges sont très riches. Et ça fait un équilibre plutôt pas mal…

"Je fais confiance à la vie"

TourMaG.com - Vous avez dit : je fais confiance à la vie. Mais c’est quoi la vie, pour vous ?

M. A. :
Les questions sont de plus en plus dures ! Une formidable histoire, faite de hauts, de bas, un ascenseur émotionnel dingue.

Et quand on a des enfants, l’ascenseur émotionnel monte et descend à une vitesse incroyable.

Je trouve que nous avons une chance dingue de vivre la vie quand on la vit un peu en confiance.

Ça ne veut pas dire que l’on a confiance en soi, simplement en se disant que la vie va vous amener à un moment ou à un autre quelque part et que je vais me laisser porter par les gens que je vais rencontrer ou les expériences que je vais vivre. C’est une belle aventure à vivre !

TourMaG.com - Si vous aviez un message à passer à toutes les dames du tourisme, que leur diriez-vous ?

M. A. :
Qu’elles soient fières de ce qu’elles sont. Je pense qu’il faut que l’on arrive davantage à être naturellement ce que l’on est et à ne pas avoir besoin de prouver plus que les autres, plus que les hommes parfois, que nous avons une place légitime.

Ce qui est un peu challenging dans les Femmes du Tourisme, du moins c’est ce que je crois, c’est qu’il ne faut pas associer ça à un combat. J’aimerais plutôt que ce soit une évolution naturelle, que les choses se rééquilibrent entre les hommes et les femmes.

J’ai toujours du mal à comprendre qui a mis autant de différences entre les hommes et les femmes !

Comment en est-on arrivé à mettre autant de différences alors qu’il n’y en a que très peu : hommes, femmes, nous avons des peurs, hommes, femmes, nous avons confiance en certaines choses… je pense que j’aimerais que nous soyons naturellement ce que nous sommes ! Ce qui n’est malheureusement pas le cas.

Nous devons, nous femmes, en faire dix fois plus et ne pas être réellement nous-mêmes…

"J’ai toujours voulu rester authentique"

TourMaG.com - Et vis-à-vis des hommes du tourisme ?

M. A. :
J’aurais tendance à dire la même chose. Je crois qu’il y en a qui jouent un rôle d’homme, le cliché du macho, du « fort » alors qu’ils ne le sont pas du tout !

On le perçoit ainsi dans le secteur, alors qu’en discutant avec eux, ils ne sont pas du tout ainsi. Ils seraient un peu plus naturels, ce serait parfait.

En fait, j’ai toujours voulu rester authentique et si j’ai un conseil à donner c’est de garder cette authenticité. Essayer également de faire des choses dans notre secteur avec un peu de conscience…

TourMaG.com - Ce sera ma dernière question, vous avez un rêve ?

M. A. :
(hésitation). Je ne sais pas si je suis une grand rêveuse. J’ai plein d’idées, qui sont encore à réaliser. Mais, comme j’ai l’impression que, si l’on ne se met pas de limites, tout peut être accessible, je ne sais pas si j’ai vraiment des rêves.

Je me dis que j’avance et je fais le vœu que tout aille bien, dans ma vie perso. Mais, même quand ça ne va pas, ce sont des épreuves qui forgent et permettent de construire.

Peut-être, j’aimerais que les êtres humains continuent à se parler et à échanger en ayant un peu de respect pour l’autre. Je pense que c’est la clé de la sortie de plein de choses…

TourMaG.com - Pas de limites ?

M. A. :
Non, bien que nous ayons tous nos limites. Mais je pense que si l’on travaille sans frustration, la limite n’en est pas une.

A un moment, ce que vous ne voulez pas faire, vous ne le faites pas. Mais à partir du moment où vous avez envie de faire quelque chose, vous vous donnerez forcément les moyens de le faire !

Retrouvez toutes les interviews "Je ne vous ai rien dit..." par Dominique Gobert en cliquant sur ce lien.

Dominique Gobert Publié par Dominique Gobert Editorialiste - TourMaG.com
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