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Michel de Blust (Ectaa) : "Indirectement, IATA va se passer des agences de voyages"

L'Ectaa est fortement remontée contre les nouvelles règles de l'IATA



Les temps sont durs pour la distribution. Alors que le nouveau BSP doit entrer en service à partir du 1er janvier 2019, IATA semble décidée à se passer des agences de voyages... A la fin du mois d'octobre 2018, lors de la conférence des agences passagers à Genève, l'association des compagnies aériennes a décidé d'imposer ses conditions aux distributeurs sans leur demander leur avis, ce qui n'est pas vraiment du goût de l'association européenne des agents de voyages et tour-opérateurs (ECTAA). Michel de Blust, le secrétaire général de l'ECTAA, réagit sur TourMaG.com.


Rédigé par le Dimanche 11 Novembre 2018

"Indirectement IATA...va se passer des agences de voyages" Michel de Blust (Ectaa) - Crédit photo : Depositphotos @JohanH
"Indirectement IATA...va se passer des agences de voyages" Michel de Blust (Ectaa) - Crédit photo : Depositphotos @JohanH
TourMaG.com - L'association internationale du transport aérien (IATA) a profité de la dernière conférence des agences passagers pour opérer unilatéralement des modifications au programme des agences. Pouvez-vous revenir dessus et nous expliquer ?

Michel de Blust :
La première modification porte sur l'APJC (conseil conjoint du programme d'agence) et les critères financiers locaux d'accréditation.

Pour mémoire, dans chaque pays européen, il existe un conseil, qui s'appelle l'APJC, composé paritairement de représentants de compagnies aériennes et d'agences de voyages. Cette instance a pour rôle de déterminer ou de modifier les critères financiers d'accréditation, qui sont les conditions qu'une agence doit satisfaire pour devenir IATA ou pour maintenir son accréditation.

Il ne faut pas perdre de vue que les règles comptables sont pas les mêmes d'un pays européen à l'autre. Cela donne encore plus d'importance aux critères financiers locaux.

Sauf qu'il a été décidé que, lorsque IATA constatera que les critères financiers d'accréditation ne sont plus adaptés à la situation, les compagnies pourront demander à une identité tierce, une société d'audit, de proposer de nouvelles conditions.

Cette décision annonce la fin de la consultation et des négociations entre les compagnies et les agences de voyages.

En d'autres termes, l'IATA pourra faire ce qu'elle voudra pour définir les conditions applicables aux agents. Sans cette fonction, les APJC ne servent plus à rien.

TourMaG.com - Quelle autre modification notable au programme des agences passagers avez-vous relevé ?

Michel de Blust :
Il s'agit de la capacité des agents à recourir à un médiateur. Le programme d'accréditation IATA est un programme d'adhésion, donc les agences ne peuvent pas bilatéralement, avec IATA, décider des règles qui s'appliquent à celui-ci.

Il est prévu dans ce programme qu'en cas de litige entre l'association de représentation des compagnies et les agences, ces dernières peuvent porter l'affaire auprès d'un commissaire aux agents de voyages.

Celui-ci, qui est désigné paritairement entre les deux parties, analyse le dossier et rend une décision.

La proposition faite par IATA consiste à modifier des résolutions qui régissent l'intervention du commissaire : elles restreignent l'autonomie et l'indépendance du médiateur.

Pour comparer, imaginez que si vous dépassez la vitesse maximale sur autoroute, la police vous flashe, mais doit vous demander la permission de vous infliger une amende. Voici en quelque sorte ce que veut faire l'association.

TourMaG.com - Qu'a donc décidé IATA et dans quels cas le médiateur est-il saisi ?

Michel de Blust :
IATA estime que pour toute une série de questions, le commissaire devra demander d'abord la permission auprès des représentants des compagnies d'instruire le dossier.

Cela met à mal l'indépendance des commissaires. Nous nous y opposons bien évidemment et ces modifications doivent absolument être approuvées par l'APJC, qui est l'organe paritaire international de consultation entre les agences de voyages et les compagnies aériennes.

Pour revenir au médiateur, il a été saisi dans plus de 150 cas en 2017, pour une soixantaine de décisions. La plupart du temps, ce sont des erreurs administratives du centre des services de IATA à Madrid, il arrive aussi parfois qu'un agent soit suspendu pour s'être trompé de 20 euros sur un paiement de 300 000 euros, etc. Voici quelques exemples de cas.

Pour les litiges commerciaux entre une agence et l'association des compagnies aériennes, le médiateur est incompétent.

TourMaG.com - Quel est l'intérêt de IATA à établir de telles règles ?

Michel de Blust :
Renforcer les règles de contrôle des agences, permettre à IATA de prendre toute une série de décisions unilatérales qui ne vont jamais dans l'intérêt des voyagistes.

On peut parfois se demander si elles vont dans l'intérêt des compagnies aériennes... Parce que je constate que le programme IATA perd, dans tous les pays européens, entre 5 et 10% d'affiliés.

Imaginez un commerce qui perd tous les ans 10% de clients, vous pouvez vous poser des questions quant à la pérennité de ce commerce. IATA ne semble pas convaincue qu'il faille réfléchir à de nouvelles règles pour rendre la licence plus attractive auprès des agences de voyages.

Il résulte de cette politique, une désertion des agences dans le programme IATA. Elles achètent de plus en plus leurs billets via des consolidateurs.

Au lieu de se retrouver avec plusieurs agences accréditées, bientôt IATA n'en aura plus que 50 qui seront toutes des agrégateurs, OTAs ou des grandes agences de business travel.

Cette concentration augmente le risque d'insolvabilité des compagnies aériennes, en cas de faillite d'un détenteur de licence.

TourMaG.com - Les décisions de l'association sont-elles prises pour faire passer les agences de voyages en direct avec les compagnies aériennes ?

Michel de Blust :
Si les agences passent en direct, elles ne passeront plus par le BSP. Elles devront passer par des accords bilatéraux avec chaque compagnie, et donc faire les règlements directement avec les transporteurs.

Cette situation n'est pas le but du BSP, qui est d'avoir un système de compensation pour l'ensemble des compagnies aériennes sur un marché et cela simplifie la vie de tout le monde.

D'une façon indirecte, cela encourage les agences à basculer sur des plateformes opérant sous le standard NDC.

Encore une fois, pour les deux parties, je ne vois pas l'intérêt de ce genre de décisions.

TourMaG.com - Dernièrement, lors d'une discussion avec un responsable d'un agrégateur en France, ce dernier m'avouait que la complexification des règles faisait leur jeu. Qu'en pensez-vous ?

Michel de Blust :
Bien entendu, les consolidateurs aériens se frottent les mains, je m'étonnerais qu'ils l'admettent publiquement, mais chaque jour les agences de voyages rejoignant leurs rangs sont plus plus nombreuses.

Ces dernières arrêtent le programme IATA en raison des coûts et du fait que cela devient trop compliqué.

Quand vous travaillez avec un agrégateur, vous ne vous embarrassez plus des règles, aucun risque de suspension pour 15, 20 ou 30 euros.

Je ne dis pas que la relation commerciale avec ce genre d'acteur est toujours simple, mais elle est clairement beaucoup moins complexe que les conditions pour obtenir l'agrément IATA.

TourMaG.com - En résumé, on a l'impression que l'association internationale du transport aérien veut passer outre la distribution des billets par les agences de voyages ?

Michel de Blust :
A ce stade, je n'irais peut-être pas jusque-là, mais indirectement les conséquences de ces décisions font que cela va se produire.

Indirectement, le comportement de IATA va pousser les agences à renoncer à leur licence, à opérer leurs transactions de billetterie aérienne via les consolidateurs.




Romain Pommier Publié par Romain Pommier Journaliste - TourMaG.com
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1.Posté par Heta Gilchrist le 14/11/2018 18:29 | Alerter
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Alors quel avenir pour etudient en administration d'agence de voyage?

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