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PSE Misterfly : "Nous sommes en train de tuer durablement l’industrie...", selon N. Brumelot

Interview de Nicolas Brumelot, cofondateur de Misterfly



Après l’annonce du plan de sauvegarde, concernant 56 salariés sur les 307 que compte le groupe, Nicolas Brumelot, le cofondateur de Misterfly a bien voulu répondre à nos questions. Entre consternation et volonté d’aller de l’avant, le dirigeant souhaite aussi tirer la sonnette d’alarme auprès d’un gouvernement qui ne paraît plus en lien avec la réalité et l’urgence du terrain.


Rédigé par le Vendredi 25 Septembre 2020

« Dans 6 mois beaucoup d’entreprises ne passeront pas le cap si des mesures économiques de soutien fortes ne sont pas prises, » selon Nicolas Brumelot - Crédit photo : Misterfly
« Dans 6 mois beaucoup d’entreprises ne passeront pas le cap si des mesures économiques de soutien fortes ne sont pas prises, » selon Nicolas Brumelot - Crédit photo : Misterfly
TourMaG.com - Nous venons d’apprendre votre projet de Plan de Sauvegarde de l’Emploi. Quel message souhaiteriez-vous adresser à vos salariés et à l’ensemble de la profession ?

Nicolas Brumelot :
Ma première pensée va à nos collaborateurs.

Nous n’avons pas créé une entreprise pour vivre cela. Jusqu’à présent nous n’avions avec Carlos Da Silva connu que des créations de postes, plus de 1 000 emplois sur l’ensemble de nos entreprises.

Ce PSE nous affecte énormément, ce sont des gens qui ont beaucoup donné, que nous respectons et qui ne sont pour rien dans ce qu’il se passe.
Il est d’autant plus difficile de licencier des gens parce que nous sommes touchés par une crise inouïe.

Nous ne sommes pas l’arbre qui cache la forêt.

Quand vous voyez les annonces de l’ensemble des transporteurs aériens, les hôteliers ou nos confrères à l’étranger, que ce soit Expedia ou Booking.com.

Toute notre industrie connait une période dramatique. Autant la première période, nous avons pu y faire face en mettant en place des PGE (Prêt garanti par l'Etat) ou encore le chômage partiel, mais cela n’avait de sens que sur une courte période.

Malheureusement après un début de reprise plutôt positive, les restrictions qui sévissent partout dans le monde, nous plongent en alerte rouge.
Nous sommes en train de tuer durablement l’industrie au sens large avec toutes ces restrictions au voyage.

Le président de British Airways a dernièrement déclaré que la priorité de la compagnie était de passer l’hiver. Cela m’a interpellé.

Son homologue d’Air France est lui revenu à la charge en disant que les fonds obtenus par l’Etat ne lui permettront pas de tenir plus de 12 mois.
Le gouvernement est face à une importante hécatombe. Nous avons pris une décision de gestion, pour faire en sorte de passer cette crise.

Nous avons redéfini notre stratégie pour nous adapter à notre environnement qui a durablement changé.

La phase trois de la crise, plonge tout le monde dans le noir. Cette décision, nous devions absolument la prendre, ne pas le faire aurait été une erreur. Cela nous crève le cœur.

L’entreprise a un projet et il sera différent de celui écoulé. Il doit être efficace et pérenne. Aujourd’hui, le solde du chômage partiel pris en charge par les entreprises, n’est pas du tout adapté à la réalité du marché et de ce que nous pouvons entrevoir pour les prochains mois.

Il faut être réaliste.

« Sans mesures fortes, dans 6 mois beaucoup d’entreprises ne passeront pas le cap »

TourMaG.com - Pourriez-vous nous dévoiler ce nouveau projet ?

Nicolas Brumelot :
La réorientation de notre stratégie consiste à allouer nos ressources essentiellement technologiques sur l’efficience des processus.
Nous devons rendre automatique ou automatisable le plus grand nombre d’éléments de la chaîne de traitement.

Aujourd’hui la vie d’un billet d’avion est extrêmement complexe du fait des processus et règles différentes selon les compagnies. Nous allons nous attacher à mettre l’ensemble de nos forces sur cet objectif.

A la sortie de la crise nous aurons des outils, tellement performants que nos agents pourront faire des taches ayant une vraie valeur ajoutée. Ce modèle pérenne sera donc plus efficace et il apportera une meilleure satisfaction de la part de nos clients.

Nous allons opérer un recentrage sur nos deux marchés sources, que sont la France et la Belgique. L’internationalisation n’est plus du tout à l’ordre du jour.

Nous concentrerons nos efforts sur la technologie sans rogner sur nos typologies de clients que ce soit BtoC ou BtoB. Les agences de voyages restent nos partenaires.

Nous regarderons au passage les lignes de produits complémentaires que nous pourrons alors apporter à nos clients. Nous gardons un œil ouvert à de possibles rapprochements pour enrichir notre plateforme.

TourMaG.com - Pourquoi avez-vous pris cette décision de mettre en place un PSE ?

Nicolas Brumelot :
Nous avons un taux de chômage partiel extrêmement bas chez Misterfly de l’ordre de 20%.

Je ne pense pas que nos confrères aient un taux si bas. Cela s'explique car nous avons dû gérer depuis le mois de mars les remboursement avec les process parfois opaques des compagnies aériennes.

Nous avons eu une masse phénoménale de traitements, juste pour gérer toutes les annulations. Nous recevons encore aujourd’hui des débuts de remboursements, pour des vols annulés en mars 2020.

WestJet a annoncé seulement cette semaine qu’elle procéderait aux remboursements. Face à cela, notre service client travaille à 100% depuis plusieurs mois.

Nous ne vendons pas et nous avons une gestion très importante à faire. Nous l’assumons, nous n’avons pas tiré rideau et nous ne sommes pas mis en couveuse.

Pour les salariés qui sont depuis 6 mois au chômage partiel à 100%, si nous n’avons pas besoin d’eux, ce n’est pas possible pour nous de les garder.
Malheureusement, il y a beaucoup de choses que nous ne savons pas sur le dispositif de chômage partiel qui s’appliquera à l’avenir.

Des chefs d’entreprise du secteur appellent nos instances à agiter le drapeau rouge à ce niveau. Dans 6 mois, beaucoup d’entreprises ne passeront pas le cap si des mesures économiques de soutien fortes ne sont pas prises.

Etat Français doit agir maintenant et dépenser sans compter

TourMaG.com - Le gouvernement a déjà mis des mesures en place, vous lui demandez ouvertement d’aller plus loin sous peine d’assister à une hécatombe dans le secteur ?

Nicolas Brumelot :
Le montant qu’il a mis sur la table est certes très élevé, mais s’il se retrouve avec des plans sociaux en masse, pour des centaines de milliers d’employés, alors les conséquences seront nettement plus dramatiques.

Il faut peser le pour et le contre, sauver les entreprises qui sont encore en vie et arrêter avec les demi-mesures.

Aujourd’hui la priorité reste de sauver l’économie, alors que partout nous ne parlons que de mesures sanitaires.

Je l’avais dit dans chacune de mes lettres ouvertes, nous risquons d’assister à un chaos et une violence sociale si rien n’est fait. Nous allons tout droit vers cette catastrophe, donc nous devons agir maintenant et dépenser sans compter.

Il est urgent de soutenir toutes les filières du tourisme pour éviter tout retour du bâton. Nous sommes tous arrivés au point que nous devons négocier avec les banques pour étaler le plan d’amortissement mis en place initialement.

Nous voyons qu’il y a une déconnexion entre les décisions prises par l’Etat et la réalité de leurs applications sur le terrain. Il y a de multiples réunions, des tergiversations, c’est trop lent.

TourMaG.com - A quoi ressemble la réalité économique de Misterfly au 24 septembre 2020, par rapport aux années précédentes ?

Nicolas Brumelot :
Nous faisons partie des mieux lotis, puisque nous faisons 25% de l’activité de l’an dernier.

C’est honorable, par rapport aux autres, mais cela ne suffit absolument pas. Nous sommes convaincus que ce niveau de vente risque de durer et que la reprise sera lente. C'est pourquoi nous n’avons pas eu d’autres choix que de nous adapter.

Nous avons pris des décisions, plutôt que d’attendre que le mur se présente.

La crise sanitaire sévit depuis maintenant six mois, nous avions déjà pris plusieurs mesures en fermant notre bureau de Barcelone, comprenant 45 personnes.

La demande ne repartira pas avant l’année prochaine, c’est une certitude. Nous ne pouvons pas nous permettre de ne pas prendre de décision.

« Nous sommes dans un flou artistique économique et administratif qui n’est pas tenable »

TourMaG.com - Le gouvernement a dévoilé de nouvelles annonces mercredi 23 septembre 2020 qui concernent le plan sanitaire . Craignez-vous l’hiver qui arrive ?

Nicolas Brumelot :
Pour nous non, car nous nous sommes fait une idée de ce à quoi ressemblera l’hiver.

Nous sommes en ordre de marche pour faire face à un faible niveau, par rapport à l’an dernier, du même acabit que l’activité prévue par les compagnies aériennes.

La situation pourrait difficilement être pire. Aucune reprise n’est attendue avant 2021. Aujourd’hui plus personne n’a envie ou ne peut voyager.

Nous sommes dans un flou artistique économique et administratif qui n’est pas tenable pour de nombreuses entreprises de notre industrie.

TourMaG.com - Allez-vous faire appel à vos actionnaires ou à d’autres partenaires pour passer ce cap ?

Nicolas Brumelot :
Nous avons des projets de construction pour enrichir notre plateforme. Et dans cette optique, si des rapprochements ou des partenariats sont possibles alors nous regarderons.

Nous avons le soutien de nos actionnaires, si notre modèle reste pérenne.

S’il y avait besoin je suis confiant quant à leur aide, mais il est compliqué de demander à un actionnaire de juste combler nos pertes. Nos actionnaires ont les moyens de nous soutenir pour un vrai projet ayant du sens.

Romain Pommier Publié par Romain Pommier Journaliste - TourMaG.com
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Commentaires

1.Posté par Clarisse Lemoine le 25/09/2020 09:22
Quelle situation dramatique.... Des années de croissance balayées en quelques mois... courage dans cette épreuve, je repense à fin 2014 ou vous créiez Abala Travel..

2.Posté par Pierre le 25/09/2020 09:37
25 % de l’activité en ce moment alors que toutes les frontières sont fermées depuis des mois et que celles en Europe se referment pour les français , c’est Byzance !
On aimerait connaître le pourcentage apporté par les agences physiques pour voir la réalité du désastre des agences ayant pignon sur rue !

3.Posté par patrick BUCAILLE le 25/09/2020 10:24
bonjour, à tout le monde.
La situation est dramatique, pour soit disant des besoins de santé publique les gouvernement de tous les pays sacrifient l'économie. Merci de laisser les peuples vivre en prenant des précautions. et non pas en sacrifiant l'économie.

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