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Voyager Vrai : le coup de gueule d'une start-up du tourisme contre l'oubli de la Martinique

Des séjours personnalisés et sur-mesure en Martinique et Guadeloupe



Depuis que le coronavirus a cloué tous les avions au sol et enfermé à double tour la moitié de la population mondiale, le temps et l'espace ont changé. Le village global a disparu et les projections lointaines aussi. Si les médias parlent grandement d'un déconfinement qui n'en est pas vraiment un, ils en auraient presque oublié, et nous aussi, nos amis d'outre-mer. Marie-Line Germane-Agricole, la directrice de la start-up Voyager Vrai, veut replacer la Martinique sur la carte de notre monde, mais aussi faire découvrir son île chérie loin des clichés autour du ti-punch et des plages. TourMaG.com vous embarque pour un voyage authentique et culturel dans les Caraïbes.


Rédigé par le Lundi 4 Mai 2020

Pêche traditionnelle en Martinique. Pour Voyager Vrai, la Martinique est à vivre loin des clichés de masse - DR
Pêche traditionnelle en Martinique. Pour Voyager Vrai, la Martinique est à vivre loin des clichés de masse - DR
Le coronavirus a totalement bouleversé notre quotidien, notre économie et notre façon de voir le monde.

Le village global, expression apparue dans les années 60 avec Marshall McLuhan pour qualifier les effets de la mondialisation, est un lointain souvenir.

Cet été, les Français vont devoir se faire à l'idée : les vacances se limiteront aux côtes de l'Hexagone, tout en prenant des rendez-vous pour pouvoir se baigner et ne pas croiser un autre humain.

Pour beaucoup de médias, nous y compris, dont les rédactions sont basées en Métropole, nous oublions un détail d'importance dans le "cet été, partez en France !".

"Tous les journaux parlent de partir en France cet été, mais la France s'arrête où ? Personne ne parle de nous," questionne Marie-Line Germane-Agricole, la fondatrice de l'agence Voyager Vrai, spécialiste de la Martinique.

En effet, pour les non-initiés des traités internationaux, les territoires d'outre-mer ne font pas partie de l'espace Schengen, mais de l'Europe... Un imbroglio qui confine un peu plus ces régions du reste de la France et de notre continent.

Sauf que la Martinique, la Guadeloupe ou encore l'île de la Réunion, ces terres françaises lointaines qui pourraient représenter une merveilleuse alternative aux destinations long-courriers, garderont sans doute portes closes pendant une bonne partie de l'année 2020.

"Nous ne savons rien et la ministre en charge des Outre-Mer ne communique pas dessus.

Même si la période estivale n'est pas nécessairement propice au tourisme, la situation sanitaire est relativement similaire à celle de la métropole,
" déplore la dirigeante.

Elle n'est ni plus, ni moins inquiétante, avec 181 cas confirmés pour 376 000 habitants, 5 patients en réanimation et 14 morts depuis le début de la crise en mars 2020.

Covid-19 : les Martiniquais ont-ils une rancoeur contre les touristes ?

"Le confinement a été transposé à la sauce martiniquaise, avec un peu plus d'indiscipline, mais la maladie semble sous contrôle."

En effet, depuis le début de la semaine, aucun nouveau malade ne s'est présenté, dans des hôpitaux jusque-là épargnés par l'afflux massif de porteurs du Covid-19.

Cette bonne nouvelle permet à l'activité économique de "reprendre petit à petit", même si les habitants doivent obligatoirement porter un masque pour se rendre dans les commerces de l'île.

De plus, alors que les directeurs des écoles de métropole s'arrachent les cheveux pour créer des classes de 15 élèves et respecter la distanciation sociale, de l'autre côté de l'Atlantique, les établissements scolaires ne rouvriront pas avant septembre.

Mis à part la structuration de la vie de tous les jours autour des gestes barrières, le silence étatique et des organisations du tourisme devient de plus en plus pesant, d'autant que les touristes ont été quelque peu vilipendés par la population locale.

"Je ne pense pas qu'il y aura de la rancœur envers le tourisme et les croisiéristes.

Puis les Martiniquais ne sont pas exempts dans l'arrivée du coronavirus sur l'île, en ayant participé à la réunion évangéliste de Mulhouse
", tempère l'agent de voyages. La fameuse réunion qui aurait propagé l'épidémie en France.

Comme pour bon nombre d'acteurs, le Covid-19 a stoppé net l'activité de Voyager Vrai, alors que l'agence en ligne débutait son 3e exercice plein, avec déjà un certain succès.

"J'ai lancé mon activité en juillet 2017, après une année 2018 assez moyenne, 2019 était très bonne et 2020 s'annonçait encore meilleure," souffle avec le sourire Marie-Line Germane-Agricole.

En deux ans, l'entreprise a pris son envol et trouvé son public. Avant de se projeter sur l'après-coronavirus, faisons un petit retour en arrière, pour comprendre ce qu'est Voyager Vrai.

Qu'est-ce que Voyager Vrai ?

Pour Marie-Line le tourisme doit trouver l'équilibre "entre la dimension sociale de l'activité, son impact sur l'environnement et l'économie circulaire" - Crédit photo : Voyager Vrai
Pour Marie-Line le tourisme doit trouver l'équilibre "entre la dimension sociale de l'activité, son impact sur l'environnement et l'économie circulaire" - Crédit photo : Voyager Vrai
Il est loin le temps des carrières linéaires, où à 20 ans, nous rentrions dans une entreprise pour la quitter 40 ans plus tard, au moment de signer ses papiers pour profiter d'une retraite bien méritée.

Si ce mode de vie s'applique encore pour certains, il est de plus en plus rare, surtout depuis l'avènement du statut d'autoentrepreneur et de l'ubérisation de la société moderne.

Et c'est donc logiquement que Marie-Line Germane-Agricole, une Martiniquaise ayant débarqué en métropole au début de l'adolescence, opère dans sa vie professionnelle un virage à 180°, pour s'attaquer au secteur du tourisme.

"A mes 38 ans, j'ai fait une pré-crise de la quarantaine (rire, ndlr). J'ai senti le besoin de devoir me recentrer sur moi-même et de me rapprocher de mon île," se remémore la jeune femme.

Elle quitte alors son travail d'ingénieur en électronique et une carrière toute tracée dans un grand groupe bancaire français, pour exploiter le "potentiel touristique énorme" de la Martinique.

En s'intéressant d'un peu plus près à cette industrie, l'entrepreneuse se rend compte que le tourisme ne génère qu'une faible part du PIB de l'île, car il a été abandonné à une activité de masse.

"Ces opérateurs cherchent continuellement à faire des économies d'échelle, sauf que cette stratégie pousse les entreprises à se détourner des habitants locaux qui sont eux privés des retombées," constate alors la créatrice.

Ayant repris ses études, pour réaliser un MBA pas vraiment axé sur le tourisme, Marie-Line Germane-Agricole sent monter le désir de replacer les Martiniquais et leur culture au centre de l'échiquier touristique.

"Je propose des circuits totalement personnalisés et sur-mesure autour d'une offre de tourisme durable. L'objectif est de générer un impact positif auprès de la population, tout en permettant aux voyageurs de se faire du bien."

Attention, la fondatrice de l'agence ne se veut pas moralisatrice, ni même un ayatollah du développement durable, d'autant plus que pour se rendre dans les Caraïbes la seule solution grand public reste encore... l'avion.

"Je propose des sorties pêche avec un habitant d'un petit village, sauf que sa yole est équipée d'un moteur thermique. Je ne peux pas lui dire de faire la sortie à la rame.

Je cherche toujours l'équilibre entre la dimension sociale de l'activité, son impact sur l'environnement et l'économie circulaire.
"

Car si le voyage naît de l'échange avec l'autre, les retombées financières doivent être dispatchées entre les acteurs de la région.

Comment imaginer l'après-Covid pour Voyager Vrai ?

Ainsi, les grands groupes hôteliers sont abandonnés au détriment des chambres d'hôtes, les sorties en scooter des mers sont remplacées par des randonnées avec une historienne du cru et les verres de ti-punch deviennent une dégustation de cacao martiniquais arrosé de rhum local.

"Mon modèle nécessite que le voyageur soit acteur de son voyage et assez flexible, car nos partenaires sur place sont des personnes avec des contraintes professionnelles."

Ce pari de faire découvrir la culture de la Martinique par les Martiniquais, fonctionnait bien jusqu'à la crise sanitaire mondiale.

En deux ans, la start-up a traité 210 dossiers, avec un panier moyen compris entre 1 800 et 2 100 euros, pour 12 jours sur place, sans les billets d'avion pour se rendre sur l'île.

Contre cette somme, le client reçoit un carnet de bord, avec un circuit détaillé et confectionné en fonction de ses envies, 4 réservations d'hébergements, différentes activités dont le dénominateur commun reste le contact avec la population.

"Pour beaucoup, nos clients sont des couples de retraités, même si nous avons de plus en plus de familles, abonnés aux séjours dans les villages-vacances, mais qui ne veulent plus remettre le pied dans ce genre de structures" rapporte Marie-Line Germane-Agricole.

Et l'attrait pour de tels voyages ne cesse de se confirmer, à tel point que le bureau basé à Fort-de-France devait accueillir une nouvelle employée afin d'assister les voyageurs à destination.

"Cynthia ne pouvait plus être seule sur place. Son rôle est de bichonner nos clients, ce sont en quelque sorte les bonnes copines martiniquaises qui ont les bonnes adresses et donnent des super conseils."

Si le service de conciergerie a trouvé ses marques, la distribution n'a pas été pas évidente. Émerger sur le web nécessite des compétences et des moyens financiers importants.

N'ayant pas la puissance marketing des grands groupes du tourisme, Voyager Vrai a pris le parti d'axer son développement sur celui des agences de voyages traditionnelles et en ligne.

"Elles représentent 80% de mon chiffre d'affaires et nous cherchons toujours d'autres revendeurs, mais il est nécessaire de bien connaître son client."

Afin de répondre du mieux possible aux attentes des voyageurs, il est important de passer du temps avec eux et cerner leurs envies, une proximité qui porte aussi ses fruits dans cette période délicate.

"Certains clients nous ont contactés spontanément, et quasiment tous ont accepté les reports, il y en a même qui ont rajouté des jours puisqu'ils ne pourront pas partir en 2020," témoigne l'agent de voyages.

Aucun changement n'est à prévoir dans la façon de voyager conçue par la fondatrice de Voyager Vrai, puisque les clients sont des individuels, et les groupes lors des activités ne dépassent que rarement 4 participants.

Pour Marie-Line Germane-Agricole, un retour des touristes sur l'île ne se fera pas avant l'automne et l'hiver prochain. En attendant une réflexion s'impose : celle de transposer son concept à la métropole.

"L'offre plait, elle a trouvé son public et nous réfléchissons à d'autres destinations, dont certaines en France métropolitaine, mais ce ne sera pas pour cet été," conclut la responsable de l'agence en ligne.

En attendant, Voyager Vrai rémunère 3 personnes à temps plein, fait travailler 5 indépendants essentiellement sur le cœur de l'offre, et entraîne dans son mouvement une vingtaine de partenaires locaux.

Et si le tourisme post-Covid se trouvait là ? Dans l'humain et la rencontre, pas nécessairement dans un décalage culturel le plus total.

Romain Pommier Publié par Romain Pommier Journaliste - TourMaG.com
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