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EXCLUSIF - Faillite FTI : Certares est-il fautif ? 🔑

Certares a été décrié sur la gestion du dossier FTI Touristik


Il ne fait pas bon ĂȘtre un gĂ©ant aux pieds d'argile dans le tourisme. AprĂšs le sauvetage ratĂ© de Thomas Cook, FTI Touristik a connu les mĂȘmes mĂ©saventures. En mars, le fonds d'investissement annonçait le rachat du numĂ©ro 3 allemand et europĂ©en. Deux mois plus tard, FTI se dĂ©clarait en faillite. Certains professionnels français ont fustigĂ© la gestion du dossier et le revirement de derniĂšre minute, mais qui est rĂ©ellement fautif ? Une enquĂȘte exclusive sur le rachat ratĂ© de FTI Touristik.


Rédigé par le Jeudi 13 Juin 2024 à 00:05

Certares a été décrié sur la gestion du dossier FTI Touristik, mais à qui la faute ? - Crédit photo : Depositphotos @spyrakot
Certares a été décrié sur la gestion du dossier FTI Touristik, mais à qui la faute ? - Crédit photo : Depositphotos @spyrakot
Il est des habitudes dans le tourisme, dont il est difficile de se défaire.

Alors que les compagnies aériennes agonisent longtemps et se crashent en septembre, les caisses vidées par la saison estivale, les géants du voyage, eux, ont la fùcheuse habitude de baisser brutalement leurs rideaux... le lundi ! (sic)

Ce fut le cas pour Thomas Cook, le 23 septembre 2019, mais aussi pour FTI Touristik.

Ce ne sont pas les seules similitudes : dans les deux situations les sauveurs se sont rétractés à la derniÚre minute, que ce soit Fosun, ou Certares pour FTI.

Dans le cas de ce dernier, certains professionnels français se sont interrogés sur ce revirement, fustigeant le fonds d'investissement et se demandant comment il a "pu se planter à ce point,", surtout compte tenu de son expertise et de son activité quasi exclusivement dédiée au voyage.

Outre-Rhin l'explication repose sur la forte baisse des réservations en raison des articles publiés à la fin de l'hiver. En réalité, la raison serait plus complexe...

AprÚs quelques coups de fil nous en savons avantage sur les raisons de ce retournement brutal et catastrophique pour l'industrie européenne du tourisme, mais aussi le bassin méditerranéen.


FTI Touristik : comment en est-on arrivé à la faillite ?

Petit flash back sur l'histoire du sauvetage raté du paquebot FTI.

En janvier 2023, un journal allemand annonçait que DER Touristik, filiale du Groupe REWE, était en négociations avancées en vue de la reprise de FTI Group. Une acquisition qui, nous le savons maintenant, capotera quelques mois plus tard.

En proie Ă  une lourde dette hĂ©ritĂ©e de la crise sanitaire, (600 millions de prĂȘts d'Etat), le voyagiste d'outre-Rhin cherchait Ă  soulager sa trĂ©sorerie exsangue. Il recherchait de nouveaux actionnaires. Une annonce devait avoir lieu en dĂ©cembre dernier.

"Mais rien de cela ne s'est produit. DÚs que quelqu'un posait une question sur le sujet, elle était immédiatement écartée car il fallait rassurer les salariés.

Des bruits ont laissé entendre qu'un des 2 investisseurs potentiels s'était retiré, mais aucune communication interne n'a eu lieu sur le sujet,
" selon un observateur suisse.

Puis en mars dernier, la publication des comptes de l'exercice 2022 faisait l'effet d'une bombe.

Le commissaire aux comptes alertait sur la situation et mettait en cause mĂȘme la pĂ©rennitĂ© de l'entreprise. En interne, la direction a dĂ©dramatisĂ© et confiĂ© Ă  TourMag"vous n'avez pas Ă  vous inquiĂ©ter, ni vous, ni les clients français".

A l'époque, les dirigeants étaient quasiment sûrs de signer avec un consortium, mené par Certares.

D'aprÚs nos informations, les premiers contacts ont été noués en novembre 2023. La proposition du fonds d'investissement américain a été retenue en mars dernier. Elle prévoyait un investissement de 125 millions d'euros et une reprise de la dette.

D'aprÚs nos confrÚres allemands de Business Insider, une premiÚre tranche de 50 millions d'euros aurait été versée, avant que le consortium se rétracte pour le versement complémentaire, entraßnant alors FTI dans la tourmente.

FTI Touristik : FTI a fait face à des problÚmes de liquidité à court terme

Selon une source proche du dossier avec laquelle, nous avons pu échanger, Certares n'aurait pas eu un problÚme de lecture des comptes, contrairement à ce que certains commentaires laissaient penser.

"Il y avait un accord d'investissement sur la base de certaines donnĂ©es et bilans financiers. Tout le monde savait que la situation Ă©tait grave, mais le fonds Ă©tait prĂȘt Ă  y aller, car le risque Ă©tait maĂźtrisĂ©," nous explique cet observateur de l'industrie touristique.

Une source proche du TO allemand, nous informe que malgré l'accord, le géant fait face à des problÚmes de liquidité. Il doit trouver rapidement de l'argent.

Si ces trous ne sont pas compensés rapidement, on parle alors de plusieurs dizaines voire centaines de millions d'euros, par un apport d'argent frais, l'entreprise n'aura d'autre choix que de se déclarer en faillite.

La situation est tellement désastreuse, que nul n'est vraiment sûr du montant dont a besoin le tour-opérateur pour assurer ses besoins à court terme. Rien ne dit alors que d'autres cadavres ne sont pas enfermés dans le coffre-fort munichois.

Le n°3 allemand, également d'agences de voyages, n'est plus en mesure de répondre aux conditions prévues par l'accord d'investissement, signé par le consortium.

L'arrangement définitif n'était pas encore signé, puis nous apprenons subitement, le 3 juin que Certares et les autres acteurs en lice ont décidé de se rétracter.

"Quand les dirigeants reprennent contact avec les futurs investisseurs, il faut bien comprendre que les informations n'étaient pas bonnes du tout.

Comme les engagements ne pouvaient plus ĂȘtre remplis, FTI n'a pas eu d'autre solution que de dĂ©poser le bilan,
" résume notre informateur.

La situation était éloignée de celle prévue par l'accord d'investissement, ce dernier devient de fait automatiquement caduc.

L'accord tombant à l'eau, aucun euro n'aurait été versé.

FTI : "Le but du consortium n'était pas de remplir les trous de demain"

Ce revirement intervient alors que les équipes du consortium travaillaient pour restructurer le TO et ses filiales dans le monde, dont la France.

L'un des principaux enjeux était alors d'assurer une présence efficace sur le digital, pour faire basculer la marque orange dans l'industrie touristique du XXIe siÚcle.

Et pour que nos lecteurs se rendent compte de la soudaineté de la chose, les dossiers avaient été envoyés à la direction générale de la concurrence de la Commission européenne, pour que celle-ci étudie la conformité du rachat.

L'actionnaire de Marietton Développement et de Voyageurs du Monde n'a pas daigné nous répondre.

Un peu à l'image d'un Emmanuel Macron sonné dimanche dernier, le regret et la frustration sont compréhensibles, alors qu'ils pouvaient acquérir un mastodonte pour une somme modique.

Le 3e acteur du tourisme allemand pesait pas moins de 4 milliards d'euros de chiffre d'affaires, répartis dans une centaine de filiales employant 11 000 salariés à travers le monde.

L'achat aurait fiĂšre allure sur l'Ă©tagĂšre des bureaux de Madison Avenue, Ă  New York. Sauf que pour notre observateur, le consortium n'est pas un mĂ©cĂšne. Il n'est pas question de voler au secours d'une entreprise sans regarder Ă  la dĂ©pense et brĂ»ler bĂȘtement du cash.

"Le but des investisseurs n'Ă©tait pas de remplir les trous de demain, mais de travailler sur le long terme et de rendre FTI viable dans le temps long," nous explique la mĂȘme source.

Le regroupement d'investisseurs est pris au dépourvu et se retrouve face à une situation financiÚre qu'il n'avait pas imaginé. La data room consultée durant le processus de rachat n'avait pas révélé une situation financiÚre aussi sombre.

Cela rappelle les derniÚres heures de Thomas Cook, avec Fosun qui devait soi-disant injecter 900 millions, avant de se rétracter dans le week-end.

FTI : La faute au management allemand ?

Cette décision inexpliquée avait terni l'image du conglomérat.

Finalement, le consortium n'aurait pas eu un problÚme de lecture des comptes mais bel et bien, exhumé des cadavres imprévus.

Nous ne parlons pas des dettes contractĂ©es auprĂšs du gouvernement, pour environ 600 millions d'euros, puisque le consortium disait avoir trouvĂ© une solution, via la souscription de prĂȘts et autres outils financiers.

"La data room est une procédure standard, il serait incorrect de dire que cela n'est pas transparent.

Par contre, il y a eu une trÚs grande différence entre ce que la compagnie a présenté au moment de l'accord et le closing définitif,
" explique notre observateur.

La procédure aurait été respectée et ne serait donc pas à remettre en cause, pas plus que le travail effectué par Jefferies Group, la banque en charge de trouver des actionnaires.

La faute serait donc plutÎt à chercher du cÎté du management de FTI Group, qui justifie la baisse spectaculaire des réservations par les articles de mars alertant sur l'état des comptes de l'entreprise.

Sauf que cette version est contestée par notre source.

Selon elle, le consortium chargé de régler l'addition n'espérait pas un redressement miracle, il tablait plutÎt sur une trajectoire au long cours.

Un business plan avait été élaboré pour relancer la machine, mais il ne sera jamais appliqué. Mis en faillite, FTI Group a-t-il encore une chance de s'en sortir ?

Pour l'heure seul le mandataire judiciaire connait la réponse. Rien ne dit non plus que Certares ou DER Touristik en cas de vente à la découpe ne participeront pas aux enchÚres...


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