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Pascal de Izaguirre (FNAM) plaide pour "une stratégie nationale du transport aérien portée par un état stratège" 🔑

l'interview de Pascal de Izaguirre futur président de la FNAM



Pascal de Izaguirre, PDG de Corsair élu à la tête de la FNAM et qui prendra ses fonctions en novembre prochain, nous fait part de sa vision et de des priorités à mettre en place pour le secteur du transport aérien. Voici les premiers mots du futur président de la FNAM.


Rédigé par le Mardi 14 Juin 2022

Pascal de Izaguirre - PDG Corsair et futur président de la FNAM : "Tous nous devons avoir une approche concertée pour faire valoir nos intérêts mais bien sûr en convergence et en cohérence avec les intérêts de la planète et les ambitions de décarbonation que nous soutenons.  Voila de grands sujets qu’il sera bon de porter. Je souhaite une stratégie nationale du transport aérien portée par un état stratège mais pour l’instant il n'y a rien !" - Photo Julie Fortun
Pascal de Izaguirre - PDG Corsair et futur président de la FNAM : "Tous nous devons avoir une approche concertée pour faire valoir nos intérêts mais bien sûr en convergence et en cohérence avec les intérêts de la planète et les ambitions de décarbonation que nous soutenons. Voila de grands sujets qu’il sera bon de porter. Je souhaite une stratégie nationale du transport aérien portée par un état stratège mais pour l’instant il n'y a rien !" - Photo Julie Fortun
TourMag : Lors du congrès de la FNAM et en conclusion des débats vous aviez commencé a définir une feuille de route, des objectifs et notamment en prévision d’une période que vous qualifiez de « risquée ». Faire bloc en rassemblant la FNAM, la construction aéronautique, les entreprises du voyage, le syndicat des tours opérateurs sera donc votre priorité ?

Pascal de Izaguirre :
Il y aura deux priorités. Il y a d’abord ce qui relève de l’économie et surtout de la compétitivité. C’est un problème dont on parle depuis des années.

La compétitivité du transport aérien français jusqu’à la période covid a connu une continuelle dégradation à raison d’un point par année depuis vingt ans au profit du pavillon étranger et donc de l’emploi étranger.

Je rappelle que 97% des emplois du transport aérien français sont localisés en France. Or les compagnies françaises sortent exsangues de la crise covid pour rentrer dans une nouvelle crise économique qui se matérialise par une hausse considérable de nos couts de production et du premier d’entre eux le kérosène.

Pour vous donner un exemple au sein de notre entreprise Corsair, notre hypothèse budgétaire en octobre 2021 qui était tout à fait raisonnable à l’époque était de 630 dollars la tonne, or il y a quelque jours on était déjà à 1400 dollars.

Le prix a plus que doublé et comme vous le savez également nous payons beaucoup de choses : les loyers des avions, les assurances, la maintenance en dollar face auquel l’euro se dégrade.

Nous sommes donc très durement impactés.

Le deuxième sujet, c’est bien sûr la transition énergétique. C’est un enjeu majeur pour la planète, pour l’humanité et le secteur aérien et il faut savoir comment nous nous y engageons.

Nous transport aérien, nous sommes très proactifs et déterminés. Les compagnies aériennes fournissent un effort considérable en matière de modernisation des flottes, cependant vous noterez que nous sommes en bout de chaine.

Nous dépendons des constructeurs et des motoristes. Il y a donc un sujet de R&D et également un très gros sujet concernant le bio fuel. Le chemin vers la décarbonation le plus rapide, le plus efficace c’est d’augmenter la quantité des bio fuel dans notre consommation mais nous avons actuellement un problème de production.

Nous avons absolument besoin d’une filière de production. On entend des voix qui plaident pour la décroissance du secteur aérien. Ca ne serait ni bon pour les compagnies, ni pour les constructeurs, ni pour les entreprises du voyage dont je connais bien les dirigeants.

Tous nous devons avoir une approche concertée pour faire valoir nos intérêts mais bien sûr en convergence et en cohérence avec les intérêts de la planète et les ambitions de décarbonation que nous soutenons.

Voila de grands sujets qu’il sera bon de porter. Je souhaite une stratégie nationale du transport aérien portée par un état stratège mais pour l’instant il n'y a rien !


"Nous attendons tous la nomination d’un(e) ministre des transports"

TourMaG : Justement, quel interlocuteur avez-vous au gouvernement ? Savez-vous si un ministre des transports sera nommé et quand ?

Pascal de Izaguirre :
Pour l’instant nous attendons tous la nomination d’un(e) ministre des transports.

TourMaG : Vous avez reçu des assurances de ce côté-là ?

Pascal de Izaguirre :
Oui on nous a dit qu’à priori cela pourrait avoir lieu après le deuxième tour et nous sommes donc dans l’expectative.

Pour nous, compagnies aériennes, au regard du vaste périmètre de la transition écologique il nous faut un interlocuteur spécifique.


TourMaG : Quelle forme peut prendre ce « front commun » de tous les acteurs de l’aérien, les compagnies, les aéroports, les voyagistes, le Gifas peut être ?

Pascal de Izaguirre :
C’est encore trop tôt pour l’instant. C’est une idée que je mets sur la table car il me semble que nos intérêts à tous sont liés et que nous avons une problématique commune.

Il faut aussi travailler en concertation avec les pouvoirs publics pour élaborer cette stratégie nationale. Il faut de la cohérence. Il y a des objectifs à échéance 2030 voire 2050, cela nécessite une vision, un plan, une stratégie !

Les guerres à la "Clochemerle" ne m’intéressent pas

TourMaG : Dans cette période difficile, regrettez-vous de ne pas avoir toutes les entreprises du transport aérien sous une même bannière puisque certaines sont regroupées ailleurs au SCARA ?

Pascal de Izaguirre :
L’union fait la force ! Je suis donc un partisan de l’unité. C’est pour cela d’ailleurs qu’il y a quelques année j’avais quitté le SCARA, considérant qu’il était plus utile de rejoindre la FNAM qui est la principale fédération. Il y a au sein de la FNAM tout le groupe Air France, le groupe Dubreuil et les principales compagnies aériennes.

Les guerres à la "Clochemerle" ne m’intéressent pas, je suis partisan de l’unité et de la cohésion. J’espère que la raison va l’emporter au vu des enjeux.


TourMaG : Avec les pouvoirs publics, n'y a-t-il pas un risque selon vous et comme nous l’avons vu dans le passé de repartir sur un format du type « Assises du transport aérien » sans résultats concrets avec comme dit Alain Battisti des conclusions sous forme de rapports qui ne serviront qu’à caler les armoires ?

Pascal de Izaguirre :
Je ne suis pas du tout pour des assises ou des grands raouts de cette nature. Je veux de l’action cohérente et structurée et je vous fais remarquer que la FNAM a élaboré une feuille de route pour les élections présidentielles que j’ai eu la charge de coordonner.

La feuille de route du transport aérien français est donc connue. Ce que je demande c’est d’ouvrir une concertation avec les pouvoirs publics et, dans un esprit coopératif que nous apportions notre contribution à la stratégie nationale.

Nous voulons convaincre les pouvoirs publics que nous souhaitons aller vers la décarbonation mais ca ne peut pas se faire tout seul, il faut une feuille de route pour les décennies à venir.

Et je rappelle que les enjeux sont très importants. Il s’agit de l’indépendance énergétique de la France. S’il n’y a pas de filières françaises devrons-nous importer le bio fuel de l’étranger ?

C’est donc aussi un sujet de souveraineté nationale et d’emplois. Cette filière pourrait créer de très nombreux emplois au profit de la France. Il faudra donc une action publique, volontariste et construite.

Pas de bonne visibilité

TourMaG : Revenons sur vos craintes et celles de bon nombre d’opérateurs du transport aérien, exprimées lors du denier congrès de la FNAM. Craigniez-vous que l’été avec ses bons remplissages et son activité soutenue ne soit qu’un feu de paille ?

Pascal de Izaguirre :
Oui c’est une préoccupation de tous effectivement. Est-ce un feu de paille ou est ce le signal d’une reprise durable ?

Feu de paille c’est la théorie où l’on observe une frustration accumulée pendant 2 ans et donc un phénomène de compensation, de rattrapage en été puis un ralentissement à la fin des vacances qui pourrait nous affecter.

A lire aussi : Malgré la reprise, vers une année compliquée pour le transport aérien ? 🔑

Ou alors, après ces deux années, la dynamique interrompue par la crise sanitaire reprend.

Nous observons des engagements qui se font plus tardivement en ce moment, ce qui ne nous permet pas d’avoir une bonne visibilité.

Apaiser le débat avec la SNCF

TourMaG : Avec Alain Battisti, Marc Rochet, Thomas Juin vous avez piqué la semaine dernière au Paris Air Forum une grosse colère contre la SNCF qui à travers ses publicités désigne toujours l’avion comme pollueur. Etes-vous apaisé ?

Pascal de Izaguirre :
La SNCF ne nous épargne pas ! Je suis très attentif à l’intérêt national et je trouve très regrettable qu’un grand groupe public s'attaque à ses concurrents français, qui défendent l’emploi et le pavillon français. Ce n’est pas au niveau.

Je préfèrerais qu'avec la SNCF on parle de façon plus constructive de l’intermodalité. Nous avons des intérêts communs à défendre et notamment sur le plan de la concurrence. Et la concurrence, la SNCF va apprendre ce que c’est... après une situation de monopole pendant des décennies.

A lire aussi : Train vertueux contre avion pollueur : le coup de colère de l'aérien français

Je suis un client et un partisan du Train + Air et je n’hésite pas comme vous l’avez vu sur le site de Corsair à faire la promotion de la complémentarité et de l’intermodalité « train et aérien ».

Au lieu d’abaisser le débat, il faut se concentrer sur les grands enjeux ensemble.

Taxation du kérosène aux Antilles : "une décision à courte vue prise dans la panique et l’urgence "

TourMaG : Autre point qui pourrait vous mettre en colère, la décision prise par les préfets de taxer le kérosène aux Antilles. Comment réagissez-vous, mal j’imagine ?

b[Pascal de Izaguirre :
Oui mal, très mal ! Nous sommes vent debout contre cette mesure. Une fois de plus pour pouvoir bloquer le prix de l’essence à la pompe on n’a rien trouvé de mieux que de crier « haro sur le baudet » le transport aérien qui est déjà surchargé de taxes, de redevances, de charges, de règlementations.

Cette solution simpliste démontre un manque total de politique. Encore et toujours la taxation !

A lire aussi : Outre-mer : l'Etat fait payer le carburant des Antillais aux compagnies aériennes ! 🔑

On s’attaque aux compagnies aériennes mais je veux vous rappeler que le transport aérien en Outre-Mer n’est pas un produit de luxe, ce n’est pas du superflu, c’est un produit de première nécessité, c’est vital.

Notre préoccupation est de garder des prix compétitifs pour nos compatriotes ultramarins.

Par ailleurs, personne ne s’interroge sur le fait que cette hausse est initiée par un groupe pétrolier en situation de monopole qui fait des profits exorbitants durant cette crise dont sont victime tous les autres secteurs de l’économie.

Nous, compagnies aériennes avons fait d’énormes efforts de restructuration. Quels sont les efforts consentis par la SARA (Société anonyme de la raffinerie des Antilles) pour réduire ses coûts et améliorer de façon endogène sa compétitivité ?

Oui nous sommes donc très remontés contre cette décision que nous n’hésiterons pas à contester en justice.


TourMaG : Quel serait la parade ? Prendre plus de kérosène au départ de Paris ou aller en faire ailleurs ?

Pascal de Izaguirre :
S’il le faut oui mais avec quel impact environnemental ?

Vous voyez bien que là aussi on a une décision à courte vue prise dans la panique et l’urgence qui finalement va entraîner des conséquences très négatives.

Sous prétexte de vouloir éteindre un incendie que l’on voit se profiler, on va en allumer un autre ! Là aussi, il y a un manque de cohérence, et manque de vision.

Air France, groupe Dubreuil : une vision partagée

TourMaG : Quand on est le président de la FNAM et en même temps Président d’une compagnie concurrente d’Air France très influente à la FNAM on fait comment ?

Pascal de Izaguirre :
Zéro problème ! Et pour une raison très simple, c’est le cas de toutes les fédérations professionnelles. Prenez celle de l’automobile, ou de n’importe quel secteur vous avez des gens regroupés et qui sont concurrents.

TourMaG : Avec quand même dans l’aérien ce géant qu’est Air France-KLM...

Pascal de Izaguirre :
Quand j’ai pris la décision de quitter le SCARA, il y a déjà longtemps, pour rejoindre la FNAM il y avait déjà Air France-KLM. Nous sommes concurrents avec Air France mais également avec le groupe Dubreuil. Cela ne nous empêche pas du tout de se retrouver dans cette fédération où il faut prendre de la hauteur de vue et défendre l’intérêt général de la profession.

Nous avons tous des problématiques communes et des intérêts communs et c’est bien là l’objectif d’une fédération : mettre ensemble des acteurs qui sont concurrents et les faire se rejoindre et se retrouver dans un intérêt général de la profession et de leur entreprise. Je suis dans cet état d’esprit.

Nous continuerons d’être très concurrents mais nous serons capables de nous retrouver sur des enjeux vitaux comme la transition énergétique, la compétitivité du transport aérien français.

Je remarque que j’ai été élu à l’unanimité avec le soutien du groupe Air France et du groupe Dubreuil, c’est donc bien que ma vision est partagée.

Dossier Air Austral : Je souhaite un plein succès à Air Austral

TourMaG : Le fonds d'investissement Tikehau Ace Capital a jeté l'éponge, dans le projet de rapprochement capitalistique entre Corsair et Air Austral où en est-on ? Ce projet vous y croyez toujours, vous le voulez ?

Pascal de Izaguirre :
Je vais vous répondre par une formule que j’ai déjà utilisée : pour convoler il faut être deux ! Si la Région Réunion ne croit pas dans ce projet, du moins ne le soutient pas, ce projet ne peut pas exister. On ne va pas faire un mariage forcé !

Le fonds ACE s’est retiré en l’absence d’une volonté commune et partagée par toutes les parties.

A partir du moment où la volonté de la Région Réunion est de favoriser une approche « stand alone » pour Air Austral, ce qui est respectable bien sûr, alors il ne peut plus y avoir un projet de rapprochement.


TourMaG : N’est-ce pas pour la Région la peur de la perte d’une identité réunionnaise qui bloque ?

Pascal de Izaguirre :
Il faut leur poser la question. Ils ont surement la volonté de préserver un ancrage réunionnais très fort mais sur ce point nous aurions pu trouver les garanties nécessaires.

Maintenant c’est à la Région Réunion de se prononcer, je ne peux pas parler pour elle. Je constate aujourd’hui que ce projet est mort-né.


TourMaG : Vous êtes toujours disponible ?

Pascal de Izaguirre :
Oui ! Et ma position est claire. La consolidation du secteur aérien français, à coté d’Air France, c’est une très bonne chose et je crois que c’est indispensable.

Dans le transport aérien il y a des notions clé de taille critique, de synergie, d’économies d’échelle et de combinatoire de réseaux qui en font quelque chose de très pertinent sur le plan industriel. Je n’ai pas changé d’avis.


TourMaG : (Nous n’avons réalisé l'interview avant l'annonce de la privatisation d’Air Austral. Nous avons demandé à Pascal de Izaguirre un commentaire supplémentaire ndlr) : Que pensez-vous de l’issue du dossier Air Austral ?

Pascal de Izaguirre :
Je souhaite un plein succès à Air Austral.

A.330neo : un bilan très positif

TourMaG : Enfin dernière question qui concerne Corsair, pouvez-vous déjà tirer un bilan quant à l’intégration dans votre flotte des A330neo ?

Pascal de Izaguirre :
Le bilan est très positif. Nous avons intégré ces cinq avions entre avril 2021 et mai 2022.

Nous sommes très satisfaits. Cela correspond à la performance économique que nous attendions avec un réel impact commercial et marketing auprès de la clientèle notamment sur l’Océan Indien.

Nous avons pu mesurer un réelle attractivité pour cet appareil et compte tenu des enjeux que nous avons évoqué, on ne peut aller que vers ces avions de dernières générations avec de meilleures performances environnementales.



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