logo TourMaG  




Vols domestiques : pourquoi Volotea survole la concurrence" 🔑

Interview de Paul Chiambaretto, le directeur de la Chaire Pégase


Au milieu de l'Ă©tĂ©, le ciel français a connu une dĂ©tonation. Volotea a pour la premiĂšre fois dĂ©trĂŽnĂ© Air France en exploitant 61 lignes sur le rĂ©seau domestique français, contre 58 pour Air France et 46 pour easyJet. Nous ne parlons pas lĂ  du trafic, mais cette nouvelle interroge, aussi bien sur la raison d'ĂȘtre de la compagnie nationale et la place grandissante des low cost. Demain, toutes low cost ? Nous avons Ă©changĂ© avec Paul Chiambaretto, le directeur de la Chaire PĂ©gase.


Rédigé par le Vendredi 25 Août 2023 à 00:05

"La part de marché des low cost en France est amenée à augmenter" selon Paul Chiambaretto, le directeur de la Chaire Pégase - Crédit photo : RP
"La part de marché des low cost en France est amenée à augmenter" selon Paul Chiambaretto, le directeur de la Chaire Pégase - Crédit photo : RP
TourMaG.com - Il y a quelques jours un évÚnement marquant s'est produit dans le ciel français, puisque Volotea est devenu la premiÚre compagnie en termes de lignes intérieures, dépassant Air France. Qu'est-ce que cela nous dit ?

Paul Chiambaretto : Il y a plusieurs interprétations possibles.

Tout d'abord, cela dĂ©pend des statistiques, car Air France a transfĂ©rĂ© une partie importante de ses lignes domestiques vers Transavia. En faisant la somme des vols des deux compagnies françaises, je ne suis pas sĂ»r que Volotea conserve sa premiĂšre place, ni mĂȘme en comparant le volume du trafic.

Air France s'est peu à peu désengagée sur les lignes intérieures, car elles sont structurellement déficitaires, alors que ses coûts au siÚge kilomÚtre offert (CSKO, ndlr) sont 2 ou 3 fois supérieurs à ceux de Transavia.

A lire : Air France : quel avenir pour le réseau domestique ?

Le meilleur moyen pour le groupe Air France - KLM de pouvoir rester sur le marché des vols courts et moyen-courriers, donc de lutter contre les compagnies low cost et le train, n'est autre que de transférer une partie des activités à Transavia.


"Finalement, Volotea a écrasé la concurrence" en France

TourMaG.com - Nous en avons parlĂ© en juin dernier, mais Air France rĂ©duit de plus en plus son rĂ©seau domestique, mĂȘme ses navettes. Que va-t-il rester Ă  terme de ces lignes ?

Paul Chiambaretto :
Au final, il ne restera quelques lignes rentables et celles qui doivent alimenter les dessertes long-courriers, sur le principe du hub.

A la sortie de la crise sanitaire, nous nous sommes rendu-compte que les routes intĂ©rieures n'ont pas forcĂ©ment retrouvĂ© leur niveau de 2019. D'ailleurs, avant cela, le trafic stagnait, voire mĂȘme baissait.

Cette dynamique s'explique par la concurrence du TGV, puis aussi les changements d'habitude des voyageurs d'affaires. Ainsi, il reste plutĂŽt logique que les radiales baissent un peu.

AprĂšs Volotea a un positionnement intĂ©ressant : elle ouvre des lignes de province Ă  province, sur des routes oĂč le TGV n'est absolument attractif. La compagnie espagnole a eu l'intelligence de ne pas aller en frontal avec le train, surtout que dans le mĂȘme temps Air France n'Ă©tait pas trĂšs bonne sur ces lignes transversales.

Hop n'avait pas une flotte trÚs productive et des coûts assez élevés. Finalement, Volotea a écrasé la concurrence.


TourMaG.com - Est-ce un évÚnement marquant de voir une compagnie espagnole détrÎner Air France ?

Paul Chiambaretto :
Oui bien sûr, cela montre que les acteurs français délaissent le marché domestique, alors que celui-ci reste attractif pour des acteurs étrangers.

Il s'est passĂ© un peu la mĂȘme chose en Angleterre, il y a trĂšs longtemps, avec l'arrivĂ©e de Ryanair et easyJet. Nous avons connu la mĂȘme chose en Italie, oĂč le premier acteur en part de marchĂ© reste Ryanair.

A lire : Aérien : l'avÚnement mondial des low cost ?

Jusque-là, nous étions en France assez bien protégés de la concurrence des compagnies aériennes étrangÚres. En quelque sorte, la France devient un pays normal, comparativement aux autres pays européens.

"Une compagnie nait low cost, mais ne le devient pas"

TourMaG.com - Avec cet exemple, mĂȘme si nous parlons de ligne et non pas de volume, le low cost est vouĂ© Ă  dĂ©trĂŽner les compagnies rĂ©guliĂšres sur ce genre de vols ? Finalement, les majors n'ont-elles pas de business model sur ces lignes ?

Paul Chiambaretto :
Elles n'ont pas de business model sur ce genre de lignes, c'est sûr.

Les compagnies réguliÚres essaient de réduire leurs coûts, mais la conviction que j'ai depuis des années : une compagnie nait low cost, mais ne le devient pas.

Il devient trÚs compliqué de réduire les charges salariales d'un transporteur par exemple. Il est assez peu commun de lire que des salariés ont baissé drastiquement leurs salaires, pour s'adapter au nouveau business modÚle de l'entreprise.

Il existe un certain nombre de facteurs qui fait que la réduction des coûts est trÚs difficile.

La seule alternative et c'est ce que font tous les grands groupes : avoir une filiale low cost, dont ils sont propriétaires. Air France ne déroge pas à la rÚgle, avec Transavia.


TourMaG.com - Est-ce que Transavia peut suffire pour résister à la montée des Volotea ou Ryanair sur les vols domestiques ?

Paul Chiambaretto :
Non, pour vous donner une idée, Transavia avait en 2021 des coûts au siÚge kilomÚtre offert (CSKO) équivalent à ceux de Vueling ou easyJet.

Elle a beau ĂȘtre trĂšs compĂ©titive, elle reste beaucoup plus chĂšre que Ryanair.

Transavia est bien placé dans le middle cost. Elle pourrait venir attaquer Volotea, mais elle ne le fait pas, car ce n'est pas le modÚle de Transavia. De plus, Transavia exploite des avions relativement vieux, avec des Boeing 737, n'ayant pas le meilleur rendement économique.

Le rajeunissement à venir de la flotte pourrait rendre la compagnie plus compétitive sur ce marché domestique.

"La part de marché des low cost en France est amenée à augmenter"

TourMaG.com - Transavia a dĂ©jĂ  rĂ©cupĂ©rĂ© des lignes du marchĂ© intĂ©rieur français. A terme, si elles ne deviennent pas plus rentables, alors les vols pourraient ĂȘtre rĂ©servĂ©s seulement aux compagnies low cost, celles trĂšs agressives sur les coĂ»ts...

Paul Chiambaretto :
C'est une éventualité.

La part de marchĂ© des low cost en France, qui est sensiblement plus basse que dans les autres pays d'Europe, pourrait ĂȘtre amenĂ©e Ă  augmenter. C'est le sens de l'histoire.

D'autant plus, que dans le mĂȘme temps, les offres ferroviaires sont amenĂ©es Ă  se dĂ©velopper. Les acteurs vont devoir se repositionner.

Il est lĂ©gitime de se poser la question : un opĂ©rateur historique français, comme Air France, n'a-t-il pas vocation Ă  desservir d'autres paires de routes en dehors de Paris ? Habitant Ă  Montpellier pour me dĂ©placer, mĂȘme en dehors de la France, le choix est presque restreint Ă  Volotea.


TourMaG.com - Cela peut interpeller alors qu'Air France a reçu des aides massives de l'Etat, durant la crise sanitaire, pour au final abandonner la France...

Paul Chiambaretto :
Elle s'était déjà désengagée, avec Hop.

Vous avez raison, cela interroge, mĂȘme si l'entreprise est privĂ©e, l'Etat y est actionnaire. MĂȘme si l'entreprise subit des pressions politiques, elle a aussi des impĂ©ratifs financiers.

AprÚs la dynamique d'Air France est assez logique. Les modÚles des compagnies aériennes traditionnelles, les legacy, ne reposent plus du tout sur le court et le moyen courrier.

Le long-courrier rapporte de l'argent, elles vont donc s'intéresser seulement aux vols qui alimentent le hub, mais pas au-delà.


TourMaG.com - Avec un seul acteur sur certains axes, les voyageurs pourraient voir les prix flamber. Est-ce une éventualité ?

Paul Chiambaretto :
C'est un risque.

AprĂšs sur les axes domestiques, les alternatives ferroviaires existent, mĂȘme si elles ne sont pas toujours trĂšs attractives, puis il y a aussi le bus ou la voiture.

Si les prix augmentent trop, alors le marchĂ© va devenir trĂšs attractif et d'autres acteurs vont se positionner, donc il n'est pas dans leur intĂ©rĂȘt de proposer des billets Ă  des tarifs trop Ă©levĂ©s. Il faut ĂȘtre gourmand, mais pas trop.

Le low cost a un trĂšs bel avenir devant lui.

Romain Pommier Publié par Romain Pommier Journaliste - TourMaG.com
Voir tous les articles de Romain Pommier
  • picto Facebook
  • picto Linkedin
  • picto email

Lu 6630 fois

Notez

Commentaires

1.Posté par ouimais le 25/08/2023 08:26 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler
Certes mais Ă  quel prix (sans jeu de mots).

Avec V7, on n'est jamais tranquille en raison :
- des retards récurrents
- des annulations de vols fréquentes sans solution alternative pour les passagers
- des bagages non livrés au domicile (quand le bagage n'arrive pas à destination)

On peut féliciter V7 pour son développement et les opportunités données aux voyageurs, mais on doit aussi s'inquiéter des problématiques qu'elle génÚre pour ses passagers et pour nous Agents de Voyages.

Nouveau commentaire :

Tous les commentaires discourtois, injurieux ou diffamatoires seront aussitÎt supprimés par le modérateur.
Signaler un abus








































TourMaG.com
  • Instagram
  • Twitter
  • Facebook
  • YouTube
  • LinkedIn
  • GooglePlay
  • appstore
  • Google News
  • Bing Actus
  • Actus sur WhatsApp
 
Site certifié ACPM, le tiers de confiance - la valeur des médias