Si au 3e trimestre 2023, le nombre de défaillances augmente de 23% par rapport à 2022, pour la premiÚre fois depuis janvier 2022, la hausse générale ralentit - Depositphotos, Jesadaphorn
TourMaG - Avec 10 979 procĂ©dures ouvertes entre le 1er juillet et le 30 septembre 2023, le nombre de dĂ©faillances augmente de 23% par rapport au 3e trimestre 2022. Mais pour la premiĂšre fois depuis janvier 2022, la hausse gĂ©nĂ©rale ralentit. Câest une bonne nouvelle ?
Thierry Millon : Une bonne nouvelle, oui, mais ce nâest pas une surprise. Ce chiffre correspond Ă nos prĂ©visions. Ce qui est un bon signal car cela veut dire que les entreprises tiennent dâabord parce que les acteurs auxquels elles doivent de lâargent acceptent de poursuivre lâeffort de bienveillance.
Dans tous les secteurs, et encore plus dans ceux qui concentrent de petits acteurs, nous avons des dĂ©fauts en nombre important, avec des tendances qui ralentissent uniquement parce que ceux de lâan dernier Ă©taient Ă©levĂ©s.
La baisse montre que nous nous rapprochons dâun plafond, dâun point dâatterrissage. Câest une bonne nouvelle ! Nous revenons Ă une situation dâavant Covid. En 2019, nous avions enregistrĂ© 52 000 dĂ©faillances.
TourMaG - Quelles sont les perspectives pour la fin dâannĂ©e ?
Thierry Millon : En dĂ©but dâannĂ©e, Altares avait prĂ©vu 55 000 faillites en 2023. A ce stade, nous sommes au point dâĂ©tape. Pas dâaccĂ©lĂ©ration, ni de dĂ©gradation.
Les faillites vont continuer Ă augmenter en 2024. EspĂ©rons que ce soit sur une tendance plus marquĂ©e sur le premier semestre que le second. Nous attendons du S2 quâil nous confirme lâamĂ©lioration. Si nous pouvions avoir un plafond Ă lâĂ©tĂ© 2024, ce serait une belle et bonne surprise.
Si ça devait ĂȘtre le cas, nous pouvons imaginer passer de 55 000 faillites en 2023 Ă entre 57 000 Ă 58 000 faillites en 2024.
Nous sommes non seulement sous les 70 000 parfois évoquées par les politiques, mais aussi sous les 60 000 qui est la barre de référence de la période de la crise financiÚre de 2008, période pendant laquelle nous avions dépassé ce seuil de 60 000 faillites. Il a fallu attendre 2016 pour redescendre en dessous.
Nous ne sommes pas sur des chiffres catastrophiques. Contrairement aux choses surprenantes que je peux lire sur le sujet de la faillite, laissant Ă penser que 2024 sera une annĂ©e avec Ă©normĂ©ment de faillites. Mais gardons Ă lâesprit que nous entrons en pĂ©riode de campagne Ă©lectorale.
Thierry Millon : Une bonne nouvelle, oui, mais ce nâest pas une surprise. Ce chiffre correspond Ă nos prĂ©visions. Ce qui est un bon signal car cela veut dire que les entreprises tiennent dâabord parce que les acteurs auxquels elles doivent de lâargent acceptent de poursuivre lâeffort de bienveillance.
Dans tous les secteurs, et encore plus dans ceux qui concentrent de petits acteurs, nous avons des dĂ©fauts en nombre important, avec des tendances qui ralentissent uniquement parce que ceux de lâan dernier Ă©taient Ă©levĂ©s.
La baisse montre que nous nous rapprochons dâun plafond, dâun point dâatterrissage. Câest une bonne nouvelle ! Nous revenons Ă une situation dâavant Covid. En 2019, nous avions enregistrĂ© 52 000 dĂ©faillances.
TourMaG - Quelles sont les perspectives pour la fin dâannĂ©e ?
Thierry Millon : En dĂ©but dâannĂ©e, Altares avait prĂ©vu 55 000 faillites en 2023. A ce stade, nous sommes au point dâĂ©tape. Pas dâaccĂ©lĂ©ration, ni de dĂ©gradation.
Les faillites vont continuer Ă augmenter en 2024. EspĂ©rons que ce soit sur une tendance plus marquĂ©e sur le premier semestre que le second. Nous attendons du S2 quâil nous confirme lâamĂ©lioration. Si nous pouvions avoir un plafond Ă lâĂ©tĂ© 2024, ce serait une belle et bonne surprise.
Si ça devait ĂȘtre le cas, nous pouvons imaginer passer de 55 000 faillites en 2023 Ă entre 57 000 Ă 58 000 faillites en 2024.
Nous sommes non seulement sous les 70 000 parfois évoquées par les politiques, mais aussi sous les 60 000 qui est la barre de référence de la période de la crise financiÚre de 2008, période pendant laquelle nous avions dépassé ce seuil de 60 000 faillites. Il a fallu attendre 2016 pour redescendre en dessous.
Nous ne sommes pas sur des chiffres catastrophiques. Contrairement aux choses surprenantes que je peux lire sur le sujet de la faillite, laissant Ă penser que 2024 sera une annĂ©e avec Ă©normĂ©ment de faillites. Mais gardons Ă lâesprit que nous entrons en pĂ©riode de campagne Ă©lectorale.
Faillite des PME : "Lâeffet domino est inquiĂ©tant"
Thierry Millon : Les PME-ETI, dont font partie les agence de voyages, suscitent une attention particuliĂšre.
TrĂšs fragilisĂ©es dĂšs 2022, elles reprĂ©sentent dĂ©sormais 8,2% des dĂ©fauts. C'est 2% de plus qu'Ă lâĂ©tĂ© 2019 et c'est aussi le taux le plus Ă©levĂ© depuis la crise financiĂšre. Câest une menace pour lâemploi.
Dans ces conditions, le nombre d'emplois menacés au 3e trimestre repasse la barre des 37 000 pour la premiÚre fois depuis sept ans.
La fragilitĂ© des PME a Ă©tĂ© largement commentĂ©e quand il sâagissait de lâhabillement et de la chaussure, car ces enseignes sont trĂšs nombreuses Ă ĂȘtre tombĂ©es.
Mais cela ne doit pas faire oublier que dâautres secteurs Ă destination du consommateur sont concernĂ©s comme la restauration et le B2B.
Quand ces employeurs de proximitĂ© dĂ©posent le bilan sur un territoire, cela impacte immĂ©diatement lâactivitĂ© de lâentreprise, mais aussi des sous-traitants, des fournisseurs et mĂȘme des activitĂ©s annexes. Les salariĂ©s qui ont perdu leur emploi ne vont pas consommer. Lâeffet domino est inquiĂ©tant.
La croissance attendue lâan prochain est bien moins importante comparĂ©e Ă celle que nous avons eu cette annĂ©e, qui Ă©tait elle-mĂȘme infĂ©rieure Ă 2022. Ce sera pareil en 2025.
En fin de quinquennat, il ne se passe plus grand-chose, lâĂ©conomie internationale pourrait porter le business mais nous ne sommes pas sur cette dynamique. La Chine se cherche, et nos voisins immĂ©diats, Allemands et Italiens, sont en difficultĂ©. Seule lâEspagne ressemble Ă un Ăźlot de verdure.
Tout cela nous amĂšne Ă ne pas ĂȘtre rassurĂ©s sur la capacitĂ© des PME Ă tenir, pour autant elles ont tellement fait dâefforts jusquâĂ maintenant que ça nous permet de penser que lâon va rester sur un trend dĂ©licat, mais pas de dĂ©faillances brutales.
Lâinverse donnerait un mauvais signal pour le reste de lâĂ©conomie.
PGE : "La deuxiÚme moitié ne sera pas remboursée aussi facilement"
TourMaG - Les PME sont également sous le coup des PGE...
Thierry Millon : Fin juin 2023, la moitiĂ© du montant des PGE, soit un peu moins de 70 000 milliards dâeuros, ont Ă©tĂ© remboursĂ©s.
Cette premiĂšre moitiĂ© de remboursement sâest bien passĂ©e car les entreprises disposaient de niveaux de liquiditĂ©s forts post-Covid, justement parce quâelles avaient les aides, dans un contexte conjoncturel trĂšs favorable, avec une croissance trĂšs forte en 2021.
En 2022, la rĂ©sistance Ă©tait encore forte en dĂ©pit des contraintes internationales : Guerre en Ukraine, une politique zĂ©ro Covid en Chine encore extrĂȘmement perturbante au premier semestre 2022.
Le second semestre 2022 a marquĂ© une belle reprise, qui sâest confirmĂ©e en 2023. Aujourdâhui, on voit que la conjoncture a Ă©tĂ© fragilisĂ©e par lâaugmentation des taux dâintĂ©rĂȘt, lĂ pour contraindre lâinflation.
A un moment, le B2B est Ă son tour rattrapĂ© par les difficultĂ©s qui jusquâĂ maintenant Ă©taient concentrĂ©es sur le B2C. Nous y sommes.
Cette deuxiĂšme moitiĂ© de PGE, soit 70 000 milliards dâeuros, ne sera pas remboursĂ©e aussi facilement que la premiĂšre. Nous devons ĂȘtre attentifs, car si ces PME qui ont des PGE ne parviennent pas Ă les rembourser, cela va peser sur le budget de lâEtat, qui aura encore moins de marge de manĆuvre pour accompagner les trous dâair Ă©conomiques, des tensions gĂ©opolitiques ou une nouvelle Ă©pidĂ©mie.
TourMaG - Quid du tourisme ?
Thierry Millon : Les entreprises souffrent car elles sont petites face Ă un consommateur qui nâest pas au rendez-vous. Mais le point de satisfaction ou dâencouragement c'est que dĂšs quâon travaille avec le particulier, dĂšs quâil y a un retournement de situation, le secteur en profite. Câest le cas de lâindustrie du voyage.
TourMaG - MalgrĂ© tout, lâinflation, les crises gĂ©opolitiques⊠sont des freins ?
Thierry Millon : Lâinflation, le pouvoir dâachat, les contraintes gĂ©opolitiques, celles liĂ©es Ă lâenvironnement, la peur de lâattentat⊠peuvent ĂȘtre favorables au tourisme de proximitĂ©, mais pĂšsent sur le tourisme Ă destination de lâĂ©tranger et donc des agences, qui sont des structures de petites tailles.
La diffĂ©rence entre une entreprise qui va bien et une qui va moins bien est souvent de quelques milliers dâeuros de chiffre dâaffaires et non de millions.
Aujourdâhui, les chiffres ne sont pas encore noirs, ils ne sont pas catastrophiques. Dans certains secteurs comme la construction, poids lourd de lâĂ©conomie, ils sont mĂȘmes bons.
Sauf que dans ce secteur, lâinvestissement recule sur le particulier, qui nâachĂšte pas car le bien coĂ»te trop cher et le taux dâintĂ©rĂȘt est prohibitif. Les taux dâendettement ne le permettent pas.
Thierry Millon : Fin juin 2023, la moitiĂ© du montant des PGE, soit un peu moins de 70 000 milliards dâeuros, ont Ă©tĂ© remboursĂ©s.
Cette premiĂšre moitiĂ© de remboursement sâest bien passĂ©e car les entreprises disposaient de niveaux de liquiditĂ©s forts post-Covid, justement parce quâelles avaient les aides, dans un contexte conjoncturel trĂšs favorable, avec une croissance trĂšs forte en 2021.
En 2022, la rĂ©sistance Ă©tait encore forte en dĂ©pit des contraintes internationales : Guerre en Ukraine, une politique zĂ©ro Covid en Chine encore extrĂȘmement perturbante au premier semestre 2022.
Le second semestre 2022 a marquĂ© une belle reprise, qui sâest confirmĂ©e en 2023. Aujourdâhui, on voit que la conjoncture a Ă©tĂ© fragilisĂ©e par lâaugmentation des taux dâintĂ©rĂȘt, lĂ pour contraindre lâinflation.
A un moment, le B2B est Ă son tour rattrapĂ© par les difficultĂ©s qui jusquâĂ maintenant Ă©taient concentrĂ©es sur le B2C. Nous y sommes.
Cette deuxiĂšme moitiĂ© de PGE, soit 70 000 milliards dâeuros, ne sera pas remboursĂ©e aussi facilement que la premiĂšre. Nous devons ĂȘtre attentifs, car si ces PME qui ont des PGE ne parviennent pas Ă les rembourser, cela va peser sur le budget de lâEtat, qui aura encore moins de marge de manĆuvre pour accompagner les trous dâair Ă©conomiques, des tensions gĂ©opolitiques ou une nouvelle Ă©pidĂ©mie.
TourMaG - Quid du tourisme ?
Thierry Millon : Les entreprises souffrent car elles sont petites face Ă un consommateur qui nâest pas au rendez-vous. Mais le point de satisfaction ou dâencouragement c'est que dĂšs quâon travaille avec le particulier, dĂšs quâil y a un retournement de situation, le secteur en profite. Câest le cas de lâindustrie du voyage.
TourMaG - MalgrĂ© tout, lâinflation, les crises gĂ©opolitiques⊠sont des freins ?
Thierry Millon : Lâinflation, le pouvoir dâachat, les contraintes gĂ©opolitiques, celles liĂ©es Ă lâenvironnement, la peur de lâattentat⊠peuvent ĂȘtre favorables au tourisme de proximitĂ©, mais pĂšsent sur le tourisme Ă destination de lâĂ©tranger et donc des agences, qui sont des structures de petites tailles.
La diffĂ©rence entre une entreprise qui va bien et une qui va moins bien est souvent de quelques milliers dâeuros de chiffre dâaffaires et non de millions.
Aujourdâhui, les chiffres ne sont pas encore noirs, ils ne sont pas catastrophiques. Dans certains secteurs comme la construction, poids lourd de lâĂ©conomie, ils sont mĂȘmes bons.
Sauf que dans ce secteur, lâinvestissement recule sur le particulier, qui nâachĂšte pas car le bien coĂ»te trop cher et le taux dâintĂ©rĂȘt est prohibitif. Les taux dâendettement ne le permettent pas.
2024 : "Nous avons plutÎt le sentiment (...) que le nombre de défaillances va baisser"
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TourMaG - Quel est le poids de lâUrssaf ?
Thierry Millon : Aujourdâhui, le taux dâimpayĂ©s est un peu au-dessus de 1%. A titre de comparaison, pendant la pire pĂ©riode, celle du Covid, il Ă©tait de 24%. Avant la crise sanitaire, ce taux Ă©tait de 0,8%.
Pour autant, nous sommes en dessous de la pĂ©riode directe post Covid, 2021/2022, oĂč nous sommes montĂ©s Ă prĂšs de 4%.
En octobre, les entrepreneurs font les budgets de 2024. Il y a une incertitude, quand on sait que lâon doit encore de lâargent aux Urssaf. LâinquiĂ©tude est quâils viennent la rĂ©clamer de façon plus ferme. Rien ne nous permet dâanticiper des augmentations brutales dâassignations.
Octobre est aussi le mois des rappels Ă cotisations. A la fin du mois, nous aurons une vision assez claire sur la capacitĂ© des secteurs et des entreprises Ă aller au bout de lâannĂ©e.
TourMaG - Comment se profile 2024 ?
Thierry Millon : La fin 2023 va dans son sillage donner le signal dâactivitĂ© du dĂ©but d'annĂ©e 2024.
Notre pays ne connait pas à ce stade de craintes de récession. Par conséquent, tous les acteurs vont en profiter, dont la consommation des ménages.
Ce sont autant dâactivitĂ©s qui peuvent revenir aux loisirs et donc au voyage. Nous lâavons vu sur lâĂ©tĂ©. Nous savions quâil nây avait pas de budget, mais nous savions surtout que les Français nâallaient pas faire des Ă©conomies sur le tourisme.
NoĂ«l est la prochaine Ă©chĂ©ance majeure. Si le rendez-vous est ratĂ©, on pourra se dire que câest autant dâargent pour les soldes, et donc le commerce, ou alors que la situation est plus tendue quâon lâimaginait.
Rien nâest gagnĂ©, mais Ă ce stade, nous avons plutĂŽt le sentiment que lâon se rapproche du plafond, donc que le nombre de dĂ©faillances va baisser.
Thierry Millon : Aujourdâhui, le taux dâimpayĂ©s est un peu au-dessus de 1%. A titre de comparaison, pendant la pire pĂ©riode, celle du Covid, il Ă©tait de 24%. Avant la crise sanitaire, ce taux Ă©tait de 0,8%.
Pour autant, nous sommes en dessous de la pĂ©riode directe post Covid, 2021/2022, oĂč nous sommes montĂ©s Ă prĂšs de 4%.
En octobre, les entrepreneurs font les budgets de 2024. Il y a une incertitude, quand on sait que lâon doit encore de lâargent aux Urssaf. LâinquiĂ©tude est quâils viennent la rĂ©clamer de façon plus ferme. Rien ne nous permet dâanticiper des augmentations brutales dâassignations.
Octobre est aussi le mois des rappels Ă cotisations. A la fin du mois, nous aurons une vision assez claire sur la capacitĂ© des secteurs et des entreprises Ă aller au bout de lâannĂ©e.
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Thierry Millon : La fin 2023 va dans son sillage donner le signal dâactivitĂ© du dĂ©but d'annĂ©e 2024.
Notre pays ne connait pas à ce stade de craintes de récession. Par conséquent, tous les acteurs vont en profiter, dont la consommation des ménages.
Ce sont autant dâactivitĂ©s qui peuvent revenir aux loisirs et donc au voyage. Nous lâavons vu sur lâĂ©tĂ©. Nous savions quâil nây avait pas de budget, mais nous savions surtout que les Français nâallaient pas faire des Ă©conomies sur le tourisme.
NoĂ«l est la prochaine Ă©chĂ©ance majeure. Si le rendez-vous est ratĂ©, on pourra se dire que câest autant dâargent pour les soldes, et donc le commerce, ou alors que la situation est plus tendue quâon lâimaginait.
Rien nâest gagnĂ©, mais Ă ce stade, nous avons plutĂŽt le sentiment que lâon se rapproche du plafond, donc que le nombre de dĂ©faillances va baisser.






Publié par Caroline Lelievre 















