Marc Rochet : "l'histoire du gars qui a des idĂ©es tout seul et qui est le gĂ©nie du siĂšcle je nây crois pas trop, en tout cas ce nâest pas mon tempĂ©rament. Il faut au contraire avoir la capacitĂ© d'Ă©couter ceux qui ont des idĂ©es, les trier et les mettre en Ćuvre" - Compte Linkedin Marc Rochet
Ă un journaliste qui, sur un plateau de tĂ©lĂ©vision, parlait de la fin de lâaventure Air CaraĂŻbes et French Bee en Ă©voquant « un livre que lâon referme », Marc Rochet avait immĂ©diatement rectifiĂ© : « Non, une page qui se tourne ».
Certes lâancien patron de compagnies aĂ©riennes Ă largement lâĂąge de prĂ©tendre Ă une retraite, mais ce mot lĂ , chez les gens passionnĂ©s nâexiste pas vraiment.
Et câest bien la passion qui a guidĂ© Marc Rochet toutes ces annĂ©es dans le secteur du transport aĂ©rien. Et câest bien elle, encore, qui lâanime.
Assis au Select Ă Montparnasse oĂč il a ses habitudes, nous avons pu « lâattraper au vol », dans un emploi du temps encore bien chargĂ© pour Ă©voquer le passĂ©, le prĂ©sent⊠et le futur.
En revenant sur sa carriÚre avec TourMaG.com, il donne un éclairage permettant de mieux comprendre 40 ans de transport aérien en France.
Il partage aussi avec nous, sa vision des choses et notamment ce qui, selon lui, devrait changer pour un transport aérien français plus compétitif⊠Et toujours avec des formules bien senties.
Certes lâancien patron de compagnies aĂ©riennes Ă largement lâĂąge de prĂ©tendre Ă une retraite, mais ce mot lĂ , chez les gens passionnĂ©s nâexiste pas vraiment.
Et câest bien la passion qui a guidĂ© Marc Rochet toutes ces annĂ©es dans le secteur du transport aĂ©rien. Et câest bien elle, encore, qui lâanime.
Assis au Select Ă Montparnasse oĂč il a ses habitudes, nous avons pu « lâattraper au vol », dans un emploi du temps encore bien chargĂ© pour Ă©voquer le passĂ©, le prĂ©sent⊠et le futur.
En revenant sur sa carriÚre avec TourMaG.com, il donne un éclairage permettant de mieux comprendre 40 ans de transport aérien en France.
Il partage aussi avec nous, sa vision des choses et notamment ce qui, selon lui, devrait changer pour un transport aérien français plus compétitif⊠Et toujours avec des formules bien senties.
Marc Rochet : Ă la tĂȘte de nombreuses compagnies aĂ©riennes françaises
Marc Rochet : Par passion. Dâabord une passion familiale qui mâa Ă©tĂ© insufflĂ©e par mon pĂšre Ă moi et mes frĂšres.
La volontĂ© aussi, grĂące aux gens qui ont Ă©tĂ© mes patrons, RenĂ© Lapautre, des cadres dâAir France comme AndrĂ© Vignon, dâinnover, et faire sortir cette activitĂ© du dogme Ă©tatique pour en faire une activitĂ© normale. Faire un parcours diffĂ©rent.
Jâaurais pu rester Ă Air Inter et faire une carriĂšre assez correcte avec des promotions rapides qui mâavaient Ă©tĂ© proposĂ©es.
Ăgalement des opportunitĂ©s de carriĂšre chez Air France, mais je voulais ĂȘtre dans un monde plus libĂ©ral, plus prĂšs de la rĂ©alitĂ© des clients, et du compte de rĂ©sultat.
Voilà quel a été mon fil rouge avec je crois de belles réussites.
TourMaG.com - Cette passion pour un monde de lâaĂ©rien libĂ©ral, elle vous emmĂšne en 1988 Ă la direction de la compagnie AĂ©romaritime, filiale dâUTA puis pour rĂ©sumer rapidement AOM-Minerve, TAT, lâAvion et enfin Air CaraĂŻbes et French Bee. Lorsquâon y regarde de plus prĂšs, on se dit que vous avez Ă©tĂ© prĂ©curseur sur certains concepts. Revenons par exemple sur la pĂ©riode aĂ©romaritime en 1988. Vous aviez commercialisĂ© des vols « loisirs» en Europe avec des Boeing 737⊠bien avant Easy Jet ?
Marc Rochet : Je veux rappeler quâen fait le low cost moyen-courrier a Ă©tĂ© inventĂ© par les AmĂ©ricains. Cela sâest exportĂ© ensuite en Europe dans les pays du Nord jouissant d'une Ă©conomie libĂ©rale.
Ă cette Ă©poque, RenĂ© Lapautre, le PrĂ©sident dâUTA et grĂące Ă lâouverture des paquets de libĂ©ralisation europĂ©ens a cru Ă cette Ă©volution du transport aĂ©rien, contre lâavis de beaucoup de gens y compris les dirigeants dâAir France qui disaient que ça ne marcherait pas.
On a vu comment ils se sont dramatiquement trompés.
"Je ne suis pas pour le One Man Show"
TourMaG.com - On peut aussi Ă©voquer lâidĂ©e dâune compagnie avec une cabine « tout classe affaires vers New York » avec un avion de taille moyenne et des prix moins chers que les legacy. Aujourdâhui « La Compagnie » est positionnĂ©e sur ce marchĂ©, mais vous avez dirigĂ© « Lâavion » qui a en quelque sorte inventĂ© ce concept et câĂ©tait il y a une vingtaine dâannĂ©es...
Marc Rochet : Oui, mais je dois prĂ©ciser une chose. On met souvent la lumiĂšre sur "Marc Rochet, Le PrĂ©sident, le Patron" mais jâai toujours attachĂ© beaucoup dâimportance au travail en Ă©quipe, Ă lâĂ©coute des gens et certaines des idĂ©es nâĂ©taient pas forcĂ©ment les miennes mĂȘme si câest Ă moi quâon a demandĂ© de les mettre en Ćuvre.
Beaucoup de gens sâarrogent la crĂ©ation dâun concept, par exemple avec le fameux « bleu blanc rouge » dâAir Inter. La rĂ©alitĂ© câest que câest toujours un travail dâĂ©quipe. Des gens qui donnent une idĂ©e, puis deux, puis trois.
Vous me parlez de « Lâavion ». Ce nâest pas mon idĂ©e, câest celle de Frantz Yvelin qui a aussi eu la capacitĂ© de combattre pour la dĂ©fendre. Nos chemins se sont croisĂ©s.
Je vous le dis franchement jâĂ©tais un peu sceptique sur ce concept, mais par honnĂȘtetĂ© intellectuelle nous lâavons travaillĂ© et analysĂ©.
Un opĂ©rateur financier de poids, la compagnie financiĂšre Edmond Rothschild a alors dĂ©cidĂ© dâaccompagner le projet sous rĂ©serve que je le valide et que je mây engage ce qui signifiait une prise de risque en commun.
Je lâai fait et ensuite cela a Ă©tĂ© un travail dâĂ©quipe avec des femmes et des hommes tels que Frantz, Jean-Charles Perrino, Muriel Assouline.
Donc lâhistoire du gars qui a des idĂ©es tout seul et qui est le gĂ©nie du siĂšcle je nây crois pas trop, en tout cas ce nâest pas mon tempĂ©rament. Il faut au contraire avoir la capacitĂ© d'Ă©couter ceux qui ont des idĂ©es, les trier et les mettre en Ćuvre. Câest cela ma marque de fabrique.
TourMaG.com - Lâaventure AOM câest aussi comme cela quâelle a dĂ©marrĂ© ?
Marc Rochet : Oui AOM câest une belle histoire.
Ă lâorigine, RenĂ© Micaud avait créé Air Outre-Mer, une entreprise vite devenue invivable et Gilbert Trigano dont on peut dire que lâaĂ©rien nâĂ©tait pas forcĂ©ment dans son champ de compĂ©tences Ă©tait prĂ©sident de la compagnie Minerve elle aussi en difficultĂ©.
Câest Ă ce moment que le patron du CrĂ©dit Lyonnais mâa demandĂ© si cela mâintĂ©ressait dâessayer de redresser cela. LĂ aussi, je lâai fait en Ă©quipe en Ă©tant le porteur des idĂ©es de chacun.
TourMaG.com - Avec pour vous en 1991, aprĂšs que les deux compagnies aient fusionnĂ© pour devenir AOM, une envie de conquĂȘte et de dĂ©veloppement ?
Marc Rochet : Oui puisqu'AOM a Ă©tĂ© jusquâĂ avoir dans sa flotte 15 DC10 et 15 MD83. Câest-Ă -dire une compagnie schĂ©matiquement deux fois plus grosse que la compagnie UTA.
Et entre parenthĂšses câest aussi le cas dâAir CaraĂŻbes et French Bee. Une petite compagnie rĂ©gionale, qui, grĂące Ă Jean-Paul Dubreuil et au travail dâĂ©quipe, jâinsiste, est devenue une compagnie majeure. Je ne suis pas pour le One Man Show.
TourMaG.com - Câest cependant Ă vous qu'on tend souvent le micro.
Marc Rochet : Oui, jâĂ©tais un acteur un peu plus sollicitĂ© que les autres et puis il faut aussi avoir du leadership. Jâen ai sans doute, mais câest avant tout des parcours collectifs.
Marc Rochet : Oui, mais je dois prĂ©ciser une chose. On met souvent la lumiĂšre sur "Marc Rochet, Le PrĂ©sident, le Patron" mais jâai toujours attachĂ© beaucoup dâimportance au travail en Ă©quipe, Ă lâĂ©coute des gens et certaines des idĂ©es nâĂ©taient pas forcĂ©ment les miennes mĂȘme si câest Ă moi quâon a demandĂ© de les mettre en Ćuvre.
Beaucoup de gens sâarrogent la crĂ©ation dâun concept, par exemple avec le fameux « bleu blanc rouge » dâAir Inter. La rĂ©alitĂ© câest que câest toujours un travail dâĂ©quipe. Des gens qui donnent une idĂ©e, puis deux, puis trois.
Vous me parlez de « Lâavion ». Ce nâest pas mon idĂ©e, câest celle de Frantz Yvelin qui a aussi eu la capacitĂ© de combattre pour la dĂ©fendre. Nos chemins se sont croisĂ©s.
Je vous le dis franchement jâĂ©tais un peu sceptique sur ce concept, mais par honnĂȘtetĂ© intellectuelle nous lâavons travaillĂ© et analysĂ©.
Un opĂ©rateur financier de poids, la compagnie financiĂšre Edmond Rothschild a alors dĂ©cidĂ© dâaccompagner le projet sous rĂ©serve que je le valide et que je mây engage ce qui signifiait une prise de risque en commun.
Je lâai fait et ensuite cela a Ă©tĂ© un travail dâĂ©quipe avec des femmes et des hommes tels que Frantz, Jean-Charles Perrino, Muriel Assouline.
Donc lâhistoire du gars qui a des idĂ©es tout seul et qui est le gĂ©nie du siĂšcle je nây crois pas trop, en tout cas ce nâest pas mon tempĂ©rament. Il faut au contraire avoir la capacitĂ© d'Ă©couter ceux qui ont des idĂ©es, les trier et les mettre en Ćuvre. Câest cela ma marque de fabrique.
TourMaG.com - Lâaventure AOM câest aussi comme cela quâelle a dĂ©marrĂ© ?
Marc Rochet : Oui AOM câest une belle histoire.
Ă lâorigine, RenĂ© Micaud avait créé Air Outre-Mer, une entreprise vite devenue invivable et Gilbert Trigano dont on peut dire que lâaĂ©rien nâĂ©tait pas forcĂ©ment dans son champ de compĂ©tences Ă©tait prĂ©sident de la compagnie Minerve elle aussi en difficultĂ©.
Câest Ă ce moment que le patron du CrĂ©dit Lyonnais mâa demandĂ© si cela mâintĂ©ressait dâessayer de redresser cela. LĂ aussi, je lâai fait en Ă©quipe en Ă©tant le porteur des idĂ©es de chacun.
TourMaG.com - Avec pour vous en 1991, aprĂšs que les deux compagnies aient fusionnĂ© pour devenir AOM, une envie de conquĂȘte et de dĂ©veloppement ?
Marc Rochet : Oui puisqu'AOM a Ă©tĂ© jusquâĂ avoir dans sa flotte 15 DC10 et 15 MD83. Câest-Ă -dire une compagnie schĂ©matiquement deux fois plus grosse que la compagnie UTA.
Et entre parenthĂšses câest aussi le cas dâAir CaraĂŻbes et French Bee. Une petite compagnie rĂ©gionale, qui, grĂące Ă Jean-Paul Dubreuil et au travail dâĂ©quipe, jâinsiste, est devenue une compagnie majeure. Je ne suis pas pour le One Man Show.
TourMaG.com - Câest cependant Ă vous qu'on tend souvent le micro.
Marc Rochet : Oui, jâĂ©tais un acteur un peu plus sollicitĂ© que les autres et puis il faut aussi avoir du leadership. Jâen ai sans doute, mais câest avant tout des parcours collectifs.
Des fiertĂ©sâŠ
TourMaG.com - Dans toute cette grande aventure au sein du transport aĂ©rien quels ont Ă©tĂ© les moments qui vous ont le plus marquĂ©. Nous Ă©voquions AOM dont lâaventure sâest mal terminĂ©e.
Marc Rochet : Attention le drame social dâAOM ce nâest pas le mien. Il y a deux porteurs de ce drame : Monsieur Couvelaire et Monsieur Corbet.
TourMaG.com - Vous aviez dâailleurs proposĂ© un plan de reprise pour sauver la compagnie ?
Marc Rochet : Oui, avec un discours de vérité.
On aurait pu faire quelque chose, mais lĂ aussi le tribunal de commerce de CrĂ©teil semblait plus prĂ©occupĂ© par la politique quâautre chose.
Pour revenir Ă des moments qui mâont marquĂ©, je vais dire trois choses.
Il faut ĂȘtre prudent avec ce sujet, mais lâaĂ©rien câest quand mĂȘme comme prioritĂ© absolue sur tout le reste, la problĂ©matique de la sĂ©curitĂ© des vols.
Câest une responsabilitĂ© que jâai portĂ©e et je suis « soulagĂ© » et fier de ce que mes Ă©quipes ont fait sur ce point.
Quand on fait presque quarante ans dans lâaĂ©rien, on a un soulagement de se dire que rien de grave nâest jamais arrivĂ© quand cela s'arrĂȘte.
DeuxiĂšmement des moments marquants, jâen ai vĂ©cu beaucoup.
Tout Ă lâheure, quelquâun qui travaille dans un aĂ©roport mâa rappelĂ© quâun beau matin il avait vu un avion avec peint en gros sur sa carlingue « je veux rester Ă Orly Ouest » il a Ă©tĂ© vĂ©ritablement scotchĂ©.*
LĂ aussi ce nâest pas mon idĂ©e, mais celle d'Olivier Moracchini. Câest important de citer ceux qui sont Ă lâorigine des idĂ©es.
Ensuite lĂ aussi; nous avons a tous travaillĂ© sur lâidĂ©e et câest moi qui ai assumĂ© de la valider et dây aller.
Souvenirs marquants également : les missions spéciales et évacuations.
Toutes les compagnies que jâai dirigĂ©es avaient lâimmatriculation « F » pour France.
Jâai toujours considĂ©rĂ© quâune entreprise de transport aĂ©rien, et quand on fait ce mĂ©tier, on se doit dâaller secourir les personnes. Dâavoir un engagement citoyen, que l'on soit compagnie nationale ou pas.
Trois souvenirs me reviennent en tĂȘte Ă ce sujet.
Avec AĂ©romaritime au moment de la guerre du Golfe oĂč il fallait Ă©vacuer des familles bloquĂ©es Ă BahreĂŻn, avec un de nos Boeing 747 et des Ă©quipages volontaires, et lĂ oĂč il nây avait pas grand monde pour accepter la mission, nous avons « fait le boulot ».
Cela mâa valu une lettre de remerciement signĂ© du PrĂ©sident des Ătats-Unis. Un plaisir que jâai partagĂ© avec les Ă©quipes.
Un deuxiĂšme souvenir, passionnant et intĂ©ressant lorsque je dirigeais AOM : aprĂšs le drame de lâavion dâAir France dĂ©tournĂ© sur lâaĂ©roport dâAlger, le pavillon national Ă©tait exposĂ©, mais il fallait lĂ aussi faire le boulot câest-Ă -dire maintenir une liaison aĂ©rienne avec Alger pour des besoins diplomatiques entre autres.
Avec François Hersen,Charles Pellegrini et nos équipages, nous avons repeint un de nos avions en blanc en quelques jours et nous avons, pendant un an, toutes les semaines, relié Alger avec la protection du GIGN.
Ces vols Ă©taient indispensables, il fallait les faire et nous avons considĂ©rĂ© que câĂ©tait notre mission et je veux encore remercier tous ceux y compris les Ă©quipages qui ont jouĂ© le jeu. Un jeu risquĂ©, mais nous considĂ©rions quâil fallait y aller avec cependant les mesures nĂ©cessaires. Avec le GIGN nous Ă©tions protĂ©gĂ©s et je veux aussi les saluer.
Et puis un troisiÚme souvenir, pendant le Covid : aprÚs avoir évacué, en métropole les patients de la région Est, le professeur Lamhaut a sollicité les compagnies aériennes pour évacuer des patients en danger de mort depuis l'Outre-mer.
Notre réponse a été rapide. Nous ne nous sommes pas demandés si on allait le faire, mais quand nous pourrions le faire et le plus rapidement possible.
En seulement quelques jours nous avons préparé nos avions créer des procédures pour transporter beaucoup de malades avec des besoins constants en oxygÚne, protéger les accompagnants, les équipages, installer des civiÚres.
Au final, une réussite humaine fabuleuse.
Quand on partage ces évÚnements, on crée des liens qui dépassent tout : le métier la rémunération.
On est lĂ pour faire le job parce quâon porte les couleurs de la France. Et tout ça, je le redis, en Ă©quipe. Tout seul je nâaurais rien fait.
Marc Rochet : Attention le drame social dâAOM ce nâest pas le mien. Il y a deux porteurs de ce drame : Monsieur Couvelaire et Monsieur Corbet.
TourMaG.com - Vous aviez dâailleurs proposĂ© un plan de reprise pour sauver la compagnie ?
Marc Rochet : Oui, avec un discours de vérité.
On aurait pu faire quelque chose, mais lĂ aussi le tribunal de commerce de CrĂ©teil semblait plus prĂ©occupĂ© par la politique quâautre chose.
Pour revenir Ă des moments qui mâont marquĂ©, je vais dire trois choses.
Il faut ĂȘtre prudent avec ce sujet, mais lâaĂ©rien câest quand mĂȘme comme prioritĂ© absolue sur tout le reste, la problĂ©matique de la sĂ©curitĂ© des vols.
Câest une responsabilitĂ© que jâai portĂ©e et je suis « soulagĂ© » et fier de ce que mes Ă©quipes ont fait sur ce point.
Quand on fait presque quarante ans dans lâaĂ©rien, on a un soulagement de se dire que rien de grave nâest jamais arrivĂ© quand cela s'arrĂȘte.
DeuxiĂšmement des moments marquants, jâen ai vĂ©cu beaucoup.
Tout Ă lâheure, quelquâun qui travaille dans un aĂ©roport mâa rappelĂ© quâun beau matin il avait vu un avion avec peint en gros sur sa carlingue « je veux rester Ă Orly Ouest » il a Ă©tĂ© vĂ©ritablement scotchĂ©.*
LĂ aussi ce nâest pas mon idĂ©e, mais celle d'Olivier Moracchini. Câest important de citer ceux qui sont Ă lâorigine des idĂ©es.
Ensuite lĂ aussi; nous avons a tous travaillĂ© sur lâidĂ©e et câest moi qui ai assumĂ© de la valider et dây aller.
Souvenirs marquants également : les missions spéciales et évacuations.
Toutes les compagnies que jâai dirigĂ©es avaient lâimmatriculation « F » pour France.
Jâai toujours considĂ©rĂ© quâune entreprise de transport aĂ©rien, et quand on fait ce mĂ©tier, on se doit dâaller secourir les personnes. Dâavoir un engagement citoyen, que l'on soit compagnie nationale ou pas.
Trois souvenirs me reviennent en tĂȘte Ă ce sujet.
Avec AĂ©romaritime au moment de la guerre du Golfe oĂč il fallait Ă©vacuer des familles bloquĂ©es Ă BahreĂŻn, avec un de nos Boeing 747 et des Ă©quipages volontaires, et lĂ oĂč il nây avait pas grand monde pour accepter la mission, nous avons « fait le boulot ».
Cela mâa valu une lettre de remerciement signĂ© du PrĂ©sident des Ătats-Unis. Un plaisir que jâai partagĂ© avec les Ă©quipes.
Un deuxiĂšme souvenir, passionnant et intĂ©ressant lorsque je dirigeais AOM : aprĂšs le drame de lâavion dâAir France dĂ©tournĂ© sur lâaĂ©roport dâAlger, le pavillon national Ă©tait exposĂ©, mais il fallait lĂ aussi faire le boulot câest-Ă -dire maintenir une liaison aĂ©rienne avec Alger pour des besoins diplomatiques entre autres.
Avec François Hersen,Charles Pellegrini et nos équipages, nous avons repeint un de nos avions en blanc en quelques jours et nous avons, pendant un an, toutes les semaines, relié Alger avec la protection du GIGN.
Ces vols Ă©taient indispensables, il fallait les faire et nous avons considĂ©rĂ© que câĂ©tait notre mission et je veux encore remercier tous ceux y compris les Ă©quipages qui ont jouĂ© le jeu. Un jeu risquĂ©, mais nous considĂ©rions quâil fallait y aller avec cependant les mesures nĂ©cessaires. Avec le GIGN nous Ă©tions protĂ©gĂ©s et je veux aussi les saluer.
Et puis un troisiÚme souvenir, pendant le Covid : aprÚs avoir évacué, en métropole les patients de la région Est, le professeur Lamhaut a sollicité les compagnies aériennes pour évacuer des patients en danger de mort depuis l'Outre-mer.
Notre réponse a été rapide. Nous ne nous sommes pas demandés si on allait le faire, mais quand nous pourrions le faire et le plus rapidement possible.
En seulement quelques jours nous avons préparé nos avions créer des procédures pour transporter beaucoup de malades avec des besoins constants en oxygÚne, protéger les accompagnants, les équipages, installer des civiÚres.
Au final, une réussite humaine fabuleuse.
Quand on partage ces évÚnements, on crée des liens qui dépassent tout : le métier la rémunération.
On est lĂ pour faire le job parce quâon porte les couleurs de la France. Et tout ça, je le redis, en Ă©quipe. Tout seul je nâaurais rien fait.
Et des regrets
TourMaG.com - Dans cette carriĂšre des regrets aussi ? Un particuliĂšrement ?
Marc Rochet : Tout le monde sait que jâai un jugement assez amer sur la politique du transport aĂ©rien. Jâen ai fait en quelque sorte ma religion.
On nâa jamais Ă©tĂ© dans le registre de lâhonnĂȘtetĂ© intellectuelle ni mĂȘme de lâintĂ©rĂȘt de la France et de son transport aĂ©rien, ĂŽ combien important, dans un pays comme la France et jâen ai des regrets.
Je me suis fait dĂ©barquer dâAOM pour avoir voulu mâopposer au transfert des vols AOM dâOrly Ouest Ă Orly Sud et pour des raisons purement politiques et qui nâavaient rien Ă voir avec ce que nous avions fait avec mes Ă©quipes de cette compagnie qui je vous le rappelle a gagnĂ© de lâargent.
Une amertume donc de voir un état qui pour des prétextes politiques et de communication ne prend pas la bonne direction.
Notre pays pourrait ĂȘtre beaucoup plus fort sur le plan aĂ©rien malgrĂ© la pression Ă©cologique et environnementale qui est une rĂ©alitĂ©. Mais on a toujours peur de tout.
TourMaG.com - Au moins chez Air Caraïbes, groupe familial privé, vous vous sentiez plus libre ?
Marc Rochet : Oui. J'aurais pu rejoindre une entreprise publique dans le transport et jâai toujours refusĂ©, car je ne voulais pas avoir lâĂtat comme actionnaire.
Je considĂšre que dans ce domaine-lĂ , lâĂtat nâest pas un actionnaire digne.
Le dernier ministre des Transports, celui qui vient de sortir, nâĂ©tait pas en fait le ministre des Transports, mais plutĂŽt le directeur stratĂ©gique et financier de la SNCF. Il cherchait par tous les moyens Ă pomper le contribuable avec des montants colossaux dont on ne sait pas trĂšs bien Ă quoi ils servent.
Marc Rochet : Tout le monde sait que jâai un jugement assez amer sur la politique du transport aĂ©rien. Jâen ai fait en quelque sorte ma religion.
On nâa jamais Ă©tĂ© dans le registre de lâhonnĂȘtetĂ© intellectuelle ni mĂȘme de lâintĂ©rĂȘt de la France et de son transport aĂ©rien, ĂŽ combien important, dans un pays comme la France et jâen ai des regrets.
Je me suis fait dĂ©barquer dâAOM pour avoir voulu mâopposer au transfert des vols AOM dâOrly Ouest Ă Orly Sud et pour des raisons purement politiques et qui nâavaient rien Ă voir avec ce que nous avions fait avec mes Ă©quipes de cette compagnie qui je vous le rappelle a gagnĂ© de lâargent.
Une amertume donc de voir un état qui pour des prétextes politiques et de communication ne prend pas la bonne direction.
Notre pays pourrait ĂȘtre beaucoup plus fort sur le plan aĂ©rien malgrĂ© la pression Ă©cologique et environnementale qui est une rĂ©alitĂ©. Mais on a toujours peur de tout.
TourMaG.com - Au moins chez Air Caraïbes, groupe familial privé, vous vous sentiez plus libre ?
Marc Rochet : Oui. J'aurais pu rejoindre une entreprise publique dans le transport et jâai toujours refusĂ©, car je ne voulais pas avoir lâĂtat comme actionnaire.
Je considĂšre que dans ce domaine-lĂ , lâĂtat nâest pas un actionnaire digne.
Le dernier ministre des Transports, celui qui vient de sortir, nâĂ©tait pas en fait le ministre des Transports, mais plutĂŽt le directeur stratĂ©gique et financier de la SNCF. Il cherchait par tous les moyens Ă pomper le contribuable avec des montants colossaux dont on ne sait pas trĂšs bien Ă quoi ils servent.
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A venir dans TourMaG la deuxiĂšme partie de l'interview de Marc Rochet.
* En 1995, AOM est contrainte de déménager (sous la pression d'Air France et des Aéroports De Paris) ses vols depuis l'aérogare d'Orly-Ouest remis à neuf vers celle d'Orly-Sud, plus vétuste. AOM résistera avec, peint sur la carlingue de ses avions, le slogan : « Je veux rester à Orly Ouest ! » En vain.
* En 1995, AOM est contrainte de déménager (sous la pression d'Air France et des Aéroports De Paris) ses vols depuis l'aérogare d'Orly-Ouest remis à neuf vers celle d'Orly-Sud, plus vétuste. AOM résistera avec, peint sur la carlingue de ses avions, le slogan : « Je veux rester à Orly Ouest ! » En vain.
Publié par Christophe Hardin Journaliste AirMaG - TourMaG.com Voir tous les articles de Christophe Hardin






















