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Tourisme : "il faut aménager la réforme chômage pour les saisonniers !" 🔑

Interview d'Alex Nicola, le président de la Fédération Française des employeurs du Tourisme et des Vacances (FFTV)



Pendant que les ministres réfléchissent à une stratégie de lutte contre la fulgurante 5e vague, les professionnels du tourisme phosphorent quant à leur avenir. Alors que la Fédération Française des employeurs du Tourisme et des Vacances (FFTV) devient, pour la première fois, représentative de la branche du tourisme social et familial (TSF), elle a aussi des propositions à faire pour redorer le blason d'une industrie délaissée par ses forces vives. Pour Alex Nicola, le président de la FFTV, la réforme chômage doit être aménagée pour créer un statut spécifique aux saisonniers. Pourquoi ce statut saisonnier ? Eléments de réponses ici.


Rédigé par le Mardi 7 Décembre 2021

Interview d'Alex Nicola, le président de la FFTV qui réclame la création d'un statut saisonnier, dans le tourisme - DR
Interview d'Alex Nicola, le président de la FFTV qui réclame la création d'un statut saisonnier, dans le tourisme - DR
TourMaG.com - Depuis le 15 novembre 2021, la Fédération Française des employeurs du Tourisme et des Vacances (FFTV) devient, pour la première fois, représentative de la branche du tourisme familial (TSF). Qu'est-ce que cela représente ?

Alex Nicola :
Nous avons créé, cette fédération pour avoir un poids patronal plus fort dans notre branche professionnelle.

Il y a quelques années, nous étions à la veille d'une réduction des branches professionnelles. En France, vous comptez plus de 600 branches, le gouvernement voulait les réduire à 60.



Pour atteindre ce cap, il fallait fusionner des petites branches comme les nôtres, pour avoir une vraie cohérence.

Dans le secteur du tourisme 4 banches ont émergé : CHR, restauration rapide, restauration collective et la 4e autour du "tourisme et des loisirs". Dans cette dernière, vous y trouverez tous les pans de l'activité touristique.

Nous nous sommes alors dit que si nous nous retrouvions dans ce pot-pourri, nous ne serions jamais assez gros pour que notre point de vue pèse dans les débats.

Voici pourquoi cette reconnaissance est importante.

Tourisme : "nous ne savons plus accueillir décemment les saisonniers"

TourMaG.com - Quel est le poids de la FFTV ?

Alex Nicola :
En tant que président de la FFTV, je prends la présidence de la branche professionnelle, à la demande des plus gros opérateurs du secteur.

La Fédération Française des employeurs du Tourisme et des Vacances (FFTV), un syndicat employeur unique, regroupant le Groupement Syndical des Organismes du Tourisme Familial (GSOTF) et de Cap France.

Au niveau de la représentativité, sur 146 entreprises du secteur, la FFTV représente 103 entreprises, pour 6 100 employés équivalent temps plein. Nous représentons essentiellement les villages-vacances du tourisme social et familial.

Notre objectif étant de donner voix au chapitre, aux petits employeurs.

TourMaG.com - Une fois cette fusion de ces branches, quel message souhaiteriez-vous délivrer avec la FFTV ?

Alex Nicola :
L'idée étant surtout d'avoir un poids suffisant pour être entendu, face aux organisations syndicales des salariés.

Après il est clair que la vision de l'emploi entre le tourisme social et le HCR n'est pas vraiment la même. Dans les années 2000, les associations du tourisme social ont été fiscalisées, via le rapport Goulard.

Aujourd'hui, nous pensons qu'il est indispensable de réguler le coût de l'emploi dans notre secteur d'activité.

TourMaG.com - Quel est le problème avec le coût de l'emploi ?

Alex Nicola :
Nous avons d'énormes problèmes à recruter, ce constat vaut pour toute l'industrie touristique.

Les fermetures administratives ont entraîné une stigmatisation de notre secteur. Comment voulez-vous échafauder une vision d'emploi dans un secteur qui est considéré comme non utile ? Ce n'est pas évident.

Jean Castex a déclaré qu'un important travail de communication, mais ce n'est pas tout. Il est important de revaloriser le tourisme et l'emploi dans notre secteur.

En plus de la diabolisation, la réforme du chômage nous pénalise. Nous devons permettre à nos saisonniers de conserver leur dignité.

"Nous demandons la création d'un statut spécifique du chômage pour les saisonniers"

TourMaG.com - Vous parlez du fait que pour accéder à l'indemnisation chômage, il faille travailler 4 mois consécutivement ?.

Alex Nicola : Exactement, déjà en temps normal, il est rare de voir des structures à la montagne ouverte 6 mois d'affilés.

La grande partie du temps, le personnel d'appoint rejoint les structures du 15 juin au 15 septembre. Aujourd'hui, nous avons du mal à recruter.

Entre les fermetures durant de nombreux mois, la pénibilité qui est souvent pointé du doigt, nous avons un véritable problème. Nous sommes demandeurs d'un statut spécifique du chômage pour les saisonniers.

Il doit prendre en compte l'intersaisonnalité, qu'elle soit mono ou bi-saison.

Avec un vrai statut, cela permettrait aussi de redéployer des services publics, de refaire revivre des vallées. Pour cela, nous devons permettre aux saisonniers d'accéder à l’emprunt.

Ce nouveau statut permettrait de sédentariser des personnes, pour éviter les déserts touristiques hors saisons.

TourMaG.com - Vous appelez à une réforme de l'assurance chômage ?

Alex Nicola :
Je ne remets pas en cause la réforme de l'assurance-chômage, mais j'appelle à un aménagement pour les saisonniers.

Il est indispensable de permettre aux salariés de capitaliser sur leur travail. Nous aimerions parler avec les ministères en question et mettre en place des tables de travail.

Je ne parle pas d'un contrat de travail à durée indéterminée intermittent, cela priverait la personne d'aides spécifiques.

L'une des problématiques majeures du secteur pour l'emploi, c'est que nous ne savons plus accueillir décemment les saisonniers.

"Dans les stations touristiques, la mise à disposition ou la construction de logements collectifs"

TourMaG.com - C'est-à- dire ?

Alex Nicola :
Quand nous avons créé les stations de ski, nous étions à 40h de travail par semaine, puis il n'y avait pas pléthore de services comme aujourd'hui.

Le ménage était fait par les voyageurs qui venaient eux-mêmes avec leurs draps. Les animations étaient succinctes. Sauf que depuis, le tourisme et les villages vacances ont créé des services qui requièrent de la force de travail.

Sauf que cette force de travail, nous ne savons pas la loger.

TourMaG.com - Comment faire pour résoudre ce problème ?

Alex Nicola :
Une partie de la solution peut venir par les collectivités.

Il est indispensable de rendre obligatoire, dans les stations touristiques, la mise à disposition ou la construction de logements collectifs. De plus, les employeurs pourraient libérer une partie du dispositif 1% au logement, pour participer à une construction d'immeubles.

Il est possible de construire des logements à bas coûts, mais les collectivités doivent nous aider, en nous donnant des terrains. Nous devons pas avoir la double peine, en achetant du terrain et en construisant l'immeuble.

Pour loger une personne dans un logement social, cette dernière doit avoir un contrat à durée indéterminée. Pendant ce temps, vous avez des saisonniers qui dorment dans leurs voitures ou dans des appartements loués sur Airbnb à des tarifs monstres.

Dans certaines stations balnéaires, alors que la location peut atteindre 1 000 euros par semaine, vous vous doutez bien que le salarié ne va pas louer l'appartement 500 euros.

"Je préconise la création d'un ticket transport saisonnier"

TourMaG.com - Dans ces conditions, il est indispensable de mieux traiter les salariés du tourisme, sous peine de ne pas pouvoir attirer de nouveaux profils.

Alex Nicola :
Regardz en montagne, pour compléter nos staffs de permanents, nous devons aller chercher des personnes aux quatre coins de la France.

Qui prend en charge ces voyages ? Le saisonnier ! Avant d'avoir commencé, le saisonnier a déjà déboursé plusieurs centaines d'euros.

Je préconise la création d'un ticket transport saisonnier, permettant aux personnes qui vont travailler à plus de 300 km de chez eux, de pouvoir traverser notre pays, sans trop mettre la main à la poche.

Pourquoi les employeurs ne payeraient pas ? Tout simplement, parce qu'ils sortent une personne du chômage, donc c'est un deal gagnant gagnant. Puis une fois que le salarié est sur place, nous nous efforçons de rendre son poste pérenne.

Il faut mettre en place des parcours de formations en phase avec les parcours professionnels. Nous devons dire qu'il est possible de faire carrière dans le tourisme.

Le fait d'évoluer et de former permet de sortir de la précarité.

J'ai commencé ma carrière en 1972, comme plongeur-barman, dans un VVF. 25 ans plus tard, j'étais le patron des Villages Clubs du Soleil, une entreprise comptabilisant 20 adresses. Une entreprise que j'ai fait passer de 15 à 70 millions d'euros de chiffres d'affaires.


Ma réussite professionnelle repose sur les formations que j'ai reçues à chaque étape de ma carrière, pour capitaliser mes actifs du terrain.

Romain Pommier Publié par Romain Pommier Journaliste - TourMaG.com
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