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Air France et Transavia en cure de désendettement accéléré ! [ABO]

Les deux compagnies ont connu des recapitalisations records


Les signaux économiques du groupe Air France-KLM sont dans le vert, même si les équilibres demeurent précaires en raison de l’actualité politique et géopolitique. Porté par un pétrole orienté à la baisse et une certaine paix sociale, l’entité en profite pour désendetter ses compagnies, Air France comme Transavia. La fermeture d'Orly ne sera pas neutre pour les finances du transporteur national.


Rédigé par le Vendredi 29 Août 2025

Air France et Transavia ont connu de fortes recapitalisation pour réduire leurs dettes - Depositphotos
Air France et Transavia ont connu de fortes recapitalisation pour réduire leurs dettes - Depositphotos
Après un été plutôt morose pour les agents de voyages et les tour-opérateurs, les compagnies aériennes ont, elles, retrouvé le sourire.

Les capacités sont en hausse et ont dépassé, du moins en Europe, celles de 2019.

Les voyageurs ont répondu présent, même si les centres de contrôle français - notamment Marseille, Brest et Reims - sont épinglés chaque semaine en raison de problèmes de personnel et de capacité.

Dans cette dynamique positive, le groupe Air France-KLM tire son épingle du jeu, ce qui n’était pas toujours le cas auparavant.

Fort d’un repositionnement et d’une gestion plus stricte menée par Ben Smith, l’entité affiche des résultats encourageants, mais qui restent incertains dans une conjoncture peu favorable au tourisme et aux déplacements d’affaires.

"Ce qui m’inquiète le plus, c’est la rentrée, elle s’annonce chaude" nous confiait Yves Verdié, Président de Verdié Voyages dans un article de prospective sur les prochaines semaines.

En effet, deux rendez-vous majeurs s’annoncent : le vote de confiance prévu le 8 septembre et la journée de blocage annoncée le 10.

"L’instabilité est mauvaise conseillère. L’année dernière, cela s’est passé en novembre, et là ça pourrait être en septembre, soit en pleine haute saison des ventes. Ils ne se rendent pas compte de l’impact que cela peut avoir sur l’activité. Cela nuit à l’économie," ajoute-t-il.

Dans ce contexte, le groupe Air France-KLM reconnaissait un fléchissement des réservations sur la deuxième partie de l’année, et il a pourtant profité de cette accalmie pour accélérer le désendettement de ses compagnies.


Air France : un milliard de dettes en moins !

La première à bénéficier de cette cure de désendettement n’est autre qu’Air France.

Grâce à une recapitalisation via le groupe Air France-KLM, à hauteur d’un milliard d’euros, la compagnie française réduit quelque peu la pression sur ses bilans.

Ainsi, le groupe a procédé à une augmentation de capital, afin de faire basculer ce montant dans la trésorerie du transporteur. Une procédure devenue indispensable, car à l’heure actuelle, la dérive financière de la compagnie tricolore ne satisfaisait plus les normes locales.

En juin 2025, les capitaux propres s’établissaient à -569 millions d’euros, tandis que le report à nouveau atteignait -3,108 milliards d’euros. L’opération aura permis de réduire d’un tiers cette dernière ligne.

"Cette opération vise à restaurer les fonds propres d’Air France, qui restent aujourd’hui négatifs. Cette opération est neutre au périmètre du Groupe Air France-KLM, il s’agit d’un transfert interne de trésorerie", nous explique un de ses porte-paroles.

Pour obtenir et maintenir la détention d’une licence d’exploitation de transporteur aérien, la capacité de démontrer que l’entreprise dispose de capitaux propres positifs est indispensable.

En somme, le transporteur français bénéficie d’une exception qui se répercute sur l’ensemble de l’industrie et pénalise en quelque sorte le rôle de contrôle de la DGAC, puisque celle-ci n’est pas en mesure de sanctionner tel ou tel opérateur, alors qu’elle ne le fait pas pour le plus important d’entre eux.

Un désendettement salvateur, qui fait aussi office d’exemple pour le secteur, en vue des prochains investissements destinés à moderniser la flotte et à incorporer davantage de carburant durable.

Air France : la coûteuse fermeture de la base d’Orly

De plus, Air France va aussi devoir composer avec un déménagement qui s’annonce coûteux.

En fermant sa base d’Orly au profit de Transavia, elle n’a pas d’autre choix que de mettre la main à la poche. Après de nombreuses semaines de discussions et de tensions sur le sujet, un accord a finalement été trouvé.

Dans le bilan clôturé le 31 décembre 2024, nous pouvions observer que la direction avait budgétisé des charges à hauteur de 49 millions d’euros pour mener à bien l’opération.

Sept mois plus tard, et après quelques tensions, un accord a été trouvé pour permettre d’opérer la fermeture de la base sans remous sociaux.

Le 25 juillet dernier, toutes les parties prenantes ont ratifié un accord reprenant "les mesures d’accompagnement des mobilités des PNC base planning Orly dans le cadre du déploiement du projet Réseau Domestique".

Pour l’heure, aucune date de fermeture n’a été communiquée. Le document précise que les salariés doivent exprimer leurs vœux de mobilité au plus tard lors de la campagne du 1er janvier au 10 février 2026. Le dossier devrait donc être totalement refermé dans quelques mois, sans doute pas avant le printemps prochain.

En attendant, les quelque 600 personnes concernées par ce redéploiement pourront bénéficier d’un coup de pouce bienvenu, après avoir organisé leur vie autour de l’aéroport situé au sud de Paris.

Les PNC éligibles - ceux dont l’ancienneté est antérieure au 1er janvier 2023 - pourront percevoir une prime de changement de base allant jusqu’à 6 200 €, pour tout trajet supplémentaire de plus de 26 km effectué pour rejoindre leur nouveau lieu d’affectation.

De plus, le déménagement du personnel sera pris en charge par Air France.

Les salariés concernés pourront aussi toucher une aide au logement, comprise entre 11 450 et 11 190 euros (probable inversion de chiffres dans le document), avec des majorations prévues en fonction de la situation familiale de chacun.

Un accord qui garantit la paix sociale, véritable plus-value de l’ère Ben Smith, même si cette décision reste douloureuse pour les syndicats signataires.

"Nos organisations respectives sont profondément attristées par la fermeture d’Orly. C’est une page de l’histoire d’Air France que la direction a décidé de tourner.

Nos trois organisations syndicales SNGAF, SNPNC et UNPNC
veilleront à ce que la mise en œuvre de cet accord se fasse dans la transparence, l’équité et le respect des valeurs humaines.

Des comités de suivi seront régulièrement organisés (…) afin d’assurer un accompagnement attentif et adapté à chaque situation individuelle,
" a commenté l'un des syndicats signataires.

Transavia efface complètement ses dettes

Courant 2026, l'aéroport d'Orly sera entièrement dédié à l’activité de Transavia.

Une compagnie qui se développe à marche forcée, mais qui affiche toujours des comptes dans le rouge. Celle qui a débuté son activité en mai 2007 a certes connu quelques exercices positifs, avant de sombrer dans le rouge écarlate en raison de la crise sanitaire.

L’année dernière, lors de l’IFTM Top Resa, nous avions rencontré Nicolas Henin, alors directeur général adjoint de la low cost - depuis devenu General Manager Amérique du Nord pour Air France-KLM. Il nous expliquait que le retour à la rentabilité devait intervenir le "plus rapidement possible".

"Je ne peux pas communiquer là-dessus tant que les résultats ne sont pas encore publiés, mais l'objectif est d'y arriver très rapidement ! Nous avons mis plein d'actions en marche, pour réussir cet objectif.

Nous avons amélioré notre activité opérationnelle, cela nous permet d'être plus fiables et de fidéliser nos clients, mais aussi de réduire les coûts. Puis sur les revenus, nous avons mis en place des options payantes, à l'image des bagages cabines.

Notre trajectoire suit le cap fixé par la direction (celui de la rentabilité exigé pour 2024, ndlr).
"

Si la compagnie a effectivement enregistré un résultat d’exploitation positif, laissant entendre que les comptes étaient de nouveau positifs, elle n’a malheureusement toujours pas atteint l’équilibre financier.

Le résultat de l’exercice 2024 restait déficitaire de 182 millions d’euros, en aggravation par rapport à 2023 (120 millions). Le report à nouveau - correspondant au cumul des résultats déficitaires et des bénéfices non redistribués sous forme de dividendes - s’élevait alors à près de 850 millions d’euros.

Cette fois-ci, ce n’est pas le groupe Air France - KLM qui a procédé à l’augmentation de capital pour résorber cette situation, mais Air France Finance, la société financière et de trésorerie d’Air France.

Grâce à un apport d’un milliard d’euros, dont 25 % immédiatement versés et les 75 % restants programmés sur les cinq prochaines années, Transavia a pu solder son report à nouveau pour l’établir à 183 982 euros.

Enfin, le capital social est passé de 18,5 millions à 169 millions.

Grâce à ces jeux comptables, le groupe a pu assainir la situation financière de ses deux compagnies, une opération indispensable pour poursuivre son développement et rester compétitif, dans une période charnière pour l’aérien européen marqué par la consolidation.


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